Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 338 Avril 2022 Mis en ligne le 20/04/2022

Viande ovine

Commerce tardif mais réussi pour Pâques

Les tendances observées début 2022 se prolongent : les abattages sont en recul en France, mais dynamiques en Irlande, au Royaume-Uni, et en Espagne. Le retour de l’inflation, qui s’est aggravé depuis mars, pourrait peser sur les achats des ménages.

Ceux-ci ont toutefois été fermes à l’approche de Pâques et en plein Ramadan, même si les commandes ont été tardives. Les abatteurs préparés bien avant ont su y répondre et la cotation a alors pris de la hauteur.

En Nouvelle-Zélande, le variant Omicron perturbe à la fois la production et les envois.

Viande ovine » France »

La cotation décolle à une semaine de Pâques

Les achats se sont dynamisés tardivement cette année, à seulement une semaine de Pâques. Certains abatteurs ont jusque-là rencontré quelques difficultés à écouler leurs produits et ainsi vider leurs frigos, ce qui s’est ressenti sur la cotation de l’agneau. Tout semble néanmoins rentrer dans l’ordre à quelques jours des festivités. Malgré l’inflation, le prix élevé de l’agneau ne semble pas freiner les commandes.

Malgré l’inflation, les Français ont acheté le traditionnel agneau pascal

Dans un contexte de retour de l’inflation en mars (invasion russe en Ukraine) et de tension du pouvoir d’achat des Français, les ventes d’agneau – viande parmi les plus chères – étaient quelque peu en difficulté et la cotation française s’est ainsi rapprochée de ses niveaux de l’an passé. Le décalage des dates de Pâques, (de S13 en 2021 à S15 en 2022), explique aussi ce phénomène. Face aux incertitudes de plus en plus prégnantes (pandémie puis guerre), les boucheries comme les GMS ont attendu pour passer commande.

La situation s’est débloquée la semaine avant Pâques et la cotation entrée abattoir a alors bondi de 26 cents entre les semaines 13 et 14, à 7,93 €/kg éc, soit +0,28 € /2021 et +1,75 € /2020. La hausse devrait se poursuivre jusqu’à la veille de Pâques. On s’attend à un nouveau regain de la demande en semaine 17 pour l’Aïd el-Fitr, qui célèbre la fin du Ramadan.

Attention toutefois, la flambée des charges nuance ces niveaux de prix. Déjà importante, elle s’est accentuée depuis le début de la guerre en Ukraine. Les ménages français consacrent moins de budget à l’alimentation et le risque serait que l’agneau s’efface des rayons, une fois Pâques passé. En février 2022, l’IPAMPA ovin viande a atteint 124,2 points (+14,9 points /2021), surtout en raison de la flambée des indices énergie et lubrifiants (+43% /2021) et aliments achetés (+11%).

Des abattages bien lancés pour Pâques

En février, les achats de viande ovine ont été modestes et, selon Agreste, la production abattue de viande ovine a alors perdu -1% d’une année sur l’autre, à 6 300 téc. 288 000 agneaux ont été abattus en février, soit 4% de moins qu’en 2021. Et les réformes ont aussi reculé, de -5% à 37 000 têtes.

Face à des difficultés pour écouler les volumes abattus, les sorties ont été ralenties, si bien que les agneaux se sont franchement alourdis : leur poids de carcasse est passé de 17,7 à 18,5 kg.éc. entre février 2021 et 2022. Le  poids moyen des réformes s’est à à l’inverse allégé, de 27,3 à 26,9 kg.éc.

Depuis le début de l’année les effectifs abattus ont évolué entre les niveaux de 2020 et de 2021, et au moins jusqu’à la semaine 12 selon Ovinfos. En effet, les bouchers auraient effectué moins de réservations (de gigots) pour Pâques et auraient attendu pour passer commande auprès des abatteurs, d’où un retard dans le démarrage des abattages pour Pâques.

En semaine 13, les abattages ont finalement décollé. Les volumes produits s’annoncent haussiers en semaine 14, 15 (météo au beau fixe pour le week-end de Pâques) et 16 (commandes pour remplir les rayons vidés après Pâques).

Les informations sur les échanges extérieurs de viande ovine et d’ovins vifs pour 2022 sont indisponibles à ce jour suite à un changement de méthode dans la collecte des données douanières. Leur publication est retardée pour cause d’analyse de leur fiabilité.

Viande ovine » UE et monde »

La hausse de l’offre a contenu les cours jusqu’au regain de la demande

Au Royaume-Uni la hausse des disponibilités a pesé face à une modeste demande, si bien que la cotation a baissé au lieu de croître de façon traditionnelle. Celle-ci s’est doucement redressée à une semaine de Pâques. En Irlande, où l’offre est aussi dynamique depuis le début d’année, la hausse du cours a été plus modérée qu’en 2021. En Nouvelle-Zélande, le variant Omicron perturbe depuis mars les chaînes d’abattage et la logistique pour l’export..

Royaume-Uni : léger redressement de la cotation une semaine avant Pâques

En février 2022, la dynamique était toujours à la hausse et la production de viande ovine britannique a ainsi bondi de +14% /2021, à 21 000 t, grâce à l’augmentation conjointe des abattages d’agneaux (+10% /2021 à 865 000 têtes), et de réformes (+10% à 96 000 têtes) ; le tout conjugué à la forte hausse du poids moyen des carcasses (+0,8 kg / février 2021).

Face à ce disponible accru, les exportations britanniques de viande ovine ont repris (+13% en janvier) par rapport au niveau exceptionnellement bas enregistré en 2021, selon le HMRC. A 4 250 téc, les volumes exportés sont toutefois nettement inférieurs à ceux de 2020 (année pré-Brexit). Les importations ont dans le même temps progressé de +12% /2021, à 4 950 téc, venant compléter le disponible.

La cotation britannique a chuté, de -0,27 € /2021, à 6,88 €/kg en semaine 14, au lieu d’entamer sa traditionnelle hausse saisonnière jusqu’à Pâques. Toutefois, elle se situe encore à des niveaux historiquement élevés, supérieure de +1,86 € à celle de Pâques 2020, dans un contexte de marchés perturbés par la pandémie et le confinement.

Irlande : la cotation croît mais reste sous son niveau de 2021

En Irlande, face à une demande dynamisée, la cotation de l’agneau lourd a augmenté début mars, à quelques semaines du Ramadan et de Pâques. A 7,40 €/kg en semaine 14, elle était proche de son niveau de Pâques 2021 (- 0,20 €/kg), mais très élevée par rapport au creux de 2020 (+2,0 €/kg).

De janvier à début avril, les abattages d’Hoggets étaient abondants, en hausse de +14% /2021. Ceux des brebis réformées étaient à l’inverse 4% en-dessous des niveaux de 2021. Des agnelles sont aussi venues compléter les approvisionnements peu avant les pics de demande. Les flux d’agneaux nord-irlandais vers le sud de l’île se sont améliorés comparé à leurs bas niveaux du 1ersemestre 2021, totalisant 71 700 agneaux, soit +28% /2021. Les premiers agneaux de nouvelle saison ont été abattus.

Dans les semaines à venir, Bord Bia prévoit une bonne adéquation de l’offre à la demande.

Espagne : pas de hausse des cours à l’approche de Pâques

En Espagne, la cotation de l’agneau lourd est au beau fixe bien qu’elle n’ait pas progressé à l’approche de Pâques, faute d’exportations suffisantes. La demande en France, 1er client en viande ovine, est demeurée modeste ; les ventes sont plutôt encouragées vers les pays tiers, avec le Ramadan du 2 avril au 2 mai. Les envois de vifs espagnols seraient par ailleurs en forte hausse, surtout vers la Jordanie. Ils auraient toutefois diminué vers les pays arabes une fois le Ramadan commencé. La consommation intérieure a été jusque-là discrète (inflation + météo défavorable), mais elle devrait s’activer pour Pâques.

A 6,88 €/kg en semaine 13, la cotation espagnole se situe toutefois nettement au-dessus du niveau des années précédentes : +0,61 € /2021 et +0,92 € /2020.

La production de viande ovine est demeurée dynamique jusqu’à Pâques, en hausse de +11% /2021, à 7 948 téc, selon le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation (MAPA).

La filière ovine espagnole est dynamique : elle souhaite à la fois un développement à l’international, avec la naissance de la marque « Beef & Lamb from Spain », mais aussi s’améliorer sur divers axes (alimentation, bien-être, etc.) avec la création du centre d’innovation ovin de Zamora.

Nouvelle-Zélande : perturbations logistiques dues à Omicron

En Nouvelle-Zélande, le variant Omicron du Covid-19 a atteint son apogée début mars, au pic de production d’agneaux. Les abattoirs sont confrontés à des pénuries de personnel qui ralentissent les abattages et allongent les files d’attente et les stocks en élevage. Les sorties sont ainsi retardées et la campagne d’abattages s’allonge, avec un décalage de près de 11 semaines pour les élevages de l’île du Sud (sorties jusqu’à la mi-juillet).

Parallèlement, la disponibilité réduite en conteneurs réfrigérés limite d’autant plus les capacités à l’export. De plus, le nombre de ports où faire escale a presque diminué de moitié.

En février 2022, la production abattue en Nouvelle-Zélande a ainsi de nouveau chuté, de -13% /2021, à 47 420 téc. Les exportations de viande ovine ont en conséquence diminué de -12% d’une année sur l’autre, pour tomber à 44 640 téc en février 2022. Les envois ont de nouveau baissé vers la Chine (- 25%) comme vers le Royaume-Uni (-7%), tandis qu’ils ont rebondi vers l’UE à 27 (+23%). Les expéditions vers l’Amérique du Nord, jusqu’alors plutôt dynamiques, ont diminué de -14%.