Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 341 Juillet/août 2022

Viande ovine

L’offre mondiale se redresse légèrement

Les abattages sont toujours en recul en France tandis qu’ils ont progressé en Espagne et en Nouvelle-Zélande et restent dynamiques en Irlande ainsi qu’au Royaume-Uni. Le retour de l’inflation semble peser sur les achats des ménages, même pour la consommation festive de l’Aïd el-Kébir.

Viande ovine » France »

Le cours français toujours historiquement élevé

Le cours de l’agneau français a atteint un nouveau record pour l’Aïd el-Kébir, après avoir évolué en dents de scie plusieurs semaines au lieu d’entamer une franche et traditionnelle baisse saisonnière. Comme pour Pâques, dans un contexte actuel assez incertain, les commandes ont été particulièrement tardives pour cette fête musulmane.

Une cotation record pour l’Aïd

Après s’être maintenue durant six semaines consécutives au-dessus des 8,0 €/kg suivant Pâques, la cotation de l’agneau lourd entrée abattoir évolue depuis en dents de scie. Un frémissement du marché a eu lieu en semaine 25, mais c’est deux semaines plus tard, lors de l’Aïd el-Kébi, que la cotation a atteint un niveau record : à 8,12 €/kg, elle surpassait ainsi de +1,06 €/kg son niveau de l’Aïd 2021.

Comme à Pâques, les commandes ont été très tardives : la majorité a été passée durant les derniers jours avant le début des festivités religieuses. Les ventes ont été en conséquence modérées. La baisse du pouvoir d’achat, couplée au prix de l’agneau a probablement freiné des acheteurs … Toutefois les commandes auraient été supérieures aux disponibilités au vu de la cotation.

Déjà exceptionnellement élevées, les charges ont continué de progresser en mai où l’IPAMPA ovin viande a atteint 134,4 points (+23,2 points /2021) du fait de la forte hausse des indices énergie et lubrifiants (+56% /2021), engrais et amendements (x 2), mais aussi aliments achetés (+27%).

Léger recul de la production abattue sur 5 mois

Selon Agreste, les abattages de viande ovine ont chuté de -11% d’une année sur l’autre en mai, à 7 000 téc. 310 000 agneaux ont été abattus, en repli de -10% /2021. Les réformes ont quant à elles régressé de -7%, à 51 000 têtes.

De janvier à mai, la production abattue s’est repliée de -2% /2021, à 36 000 téc, du fait d’effectifs d’agneaux comme de réformes abattus en repli.

Selon Ovinfos, les abattages seraient demeurés modestes en semaine 26 (fin juin), qui a précédé celle de la fête de l’Aïd el-Kébir. Le contexte actuel très incertain a incité les acheteurs à retarder leurs commandes.

La crainte des éleveurs est de devoir repousser des agneaux déjà lourds (autour de 23 kg pour l’Aïd), face à une demande plus modeste que prévue.

Les sorties françaises sont complétées par des importations d’agneaux vivants qui se maintiennent à de bons niveaux en 2022 (-18% /2021 sur 4 mois, mais comparativement à des effectifs élevés en 2021). Les envois sont stables d’une année sur l’autre, à des niveaux plutôt modestes.

Les importations se redressent mais restent modestes

De janvier à avril, les importations françaises de viande ovine étaient en légère hausse d’une année sur l’autre, de +3% à 26 500 téc, mais leur niveau reste relativement faible, en recul de -13% /2019.

Les achats en provenance du Royaume-Uni ont continué de se redresser en avril, si bien que sur 4 mois, le recul n’est plus que de -3% /2021. Ils sont toujours ralentis en provenance d’Espagne (-30% /2021 sur 4 mois), tandis qu’ils continuent de se redresser en provenance de Nouvelle-Zélande (+31% /2021) et d’Irlande (+27%).

Le disponible français se redresse, mais reste modéré

Les abattages français suivent une tendance baissière depuis le début de l’année tandis que les importations, bien qu’en légère reprise d’une année sur l’autre, restent inférieures à leurs niveaux de 2019. Cela affecte d’autant le disponible français, en hausse de +2% /2021 sur quatre mois, mais en repli de -13% / 2019.

Viande ovine » UE et monde »

Léger regain des disponibilités de viande ovine

Au Royaume-Uni, comme en Irlande, en Espagne et en Nouvelle-Zélande, l’offre s’est étoffée au 1er semestre 2022 et a permis une reprise des exportations de viande ovine. Malgré cela, les disponibilités sont demeurées inférieures à la demande et ont en conséquence soutenu les cours déjà élevés des agneaux. Dans le même temps, la hausse des charges a impacté de nombreux producteurs.

Royaume-Uni : L’offre britannique continue de s’étoffer

Sur une bonne lancée depuis le début d’année, la production de viande ovine britannique a de nouveau bondi en mai 2022, de +15% /2021, à 21 400 t, grâce à la hausse conjointe des abattages d’agneaux (+15% /2021 à 924 000 têtes) et de réformes (+3% à 83 000 têtes), le tout conjugué à une légère hausse du poids moyen des carcasses (+1% /mai 2021).

Face à ce disponible accru, en avril, les envois britanniques se sont redressés (+35% /2021, à 7 400 tonnes) et ont progressé vers les principaux clients (France, Allemagne, Belgique, Italie).

Sur 4 mois 2022, les exportations, portées à 26 000 t, ont augmenté de +24% /2021 (+1 900 t).

Les importations ont dans le même temps progressé plus fortement, de +36% /2021, à 26 000 téc, venant compléter le disponible. Celles en provenance d’Irlande et d’Australie ont gagné du terrain tandis que les volumes de viande néozélandaise ont de nouveau reculé.

Face à l’accélération saisonnière des abattages d’agneaux, la cotation britannique a baissé en semaine 26, de -2% d’une semaine à l’autre, à 7,54 €/kg. Elle a surpassé toutefois de +24% son niveau de 2021 (soit +1,48 €/kg).

Irlande : le cours de l’agneau de nouvelle saison a entamé une franche baisse saisonnière

Après son pic pour Pâques, la cotation irlandaise des agneaux de la nouvelle saison a stagné à un niveau élevé puis a tardivement amorcé sa traditionnelle baisse. En semaine 26, à 7,50 €/kg, elle surpassait son niveau de 2021 de + 1,15 €/kg et celui de 2020 de +1,98 €/kg.

De janvier à juin, les abattages d’ovins irlandais ont été abondants, en hausse de +12% /2021. Ceux des agneaux ont progressé de +13% à 1,2 million de têtes tandis que les réformes étaient à l’inverse en recul de -3% leur niveau de 2021, à 82 000 têtes.

Sur 4 mois 2022, les exportations irlandaises de viande ovine ont ainsi gagné +24% /2021, à 20 000 téc, dont +43% vers le Royaume-Uni et +28% vers la France.

Espagne : la cotation reste élevée, soutenue par des exports dynamiques

A 6,78 €/kg en semaine 26, la cotation de l’agneau lourd espagnol se maintenait nettement au-dessus du niveau des années précédentes : +0,45 € /2021 et +1,61 € /2020. La traditionnelle diminution des abattages estivaux et la réactivation de la demande en HORECA ainsi qu’à l’export, à l’approche de l’Aïd, expliquent la fermeté des cours.

La production de viande ovine a légèrement progressé sur 4 mois, de +2% /2021, à 39 000 téc. Les effectifs d’agneaux abattus ont régressé de -4% en têtes et de -5% en tonnes (baisse des poids de carcasse), tandis que les réformes ont gagné +33% en têtes contre +37% en poids (alourdissement des carcasses).

Les exportations de viande ovine ont conjointement reculé de -11% /2021, à 17 000 téc, malgré un redressement en avril (+27%). A contrario, les envois d’ovins vifs ont augmenté de +57% sur la même période, à 683 000 têtes, via une demande particulièrement dynamique sur le marché jordanien.

Nouvelle-Zélande : des envois quasiment stables en mai

La production de viande ovine en Nouvelle-Zélande a progressé en mai, de +25% d’une année sur l’autre, à 41 000 téc, grâce à une hausse des effectifs d’agneaux abattus, de +22% /2021  à 1,8 million de têtes, et des réformes, de +29% à 277 000 têtes.

Le recul des exportations de viande ovine s’est alors tassé, celles-ci totalisant 40 000 téc en mai, soit -1% /2021.

Sur 5 mois, les volumes exportés ont alors baissé de -14% d’une année sur l’autre, avec un repli vers la Chine (-33%), tandis que ceux vers le Royaume-Uni ont doucement repris (+5% /2021), vers l’UE-27 se sont redressés (+14%) et ceux vers les Etats-Unis sont restés dynamiques (+11%).