Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

Le marché français du petit veau laitier est morose du fait d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, récurrent à cette période de l’année. Le pic automnal des naissances est passé. En décembre, les mises en place sont souvent plus modérées dans les ateliers de veaux de boucherie français, en prévision d’une consommation de viande de veau qui diminue avec l’arrivée des beaux jours. La demande des engraisseurs espagnols pour le jeune veau reste forte malgré la hausse des coûts alimentaires.

Les débouchés français rétrécis

Comme chaque année, les ventes de veaux mâles laitiers sont compliquées depuis le début de l’automne. Les difficultés à trouver des débouchés sur le marché français durant la période de pic des naissances laitières a affecté les prix.

A 54 €/tête en semaine 1 de 2022, le cours du veau mâle de type lait de 45-50 kg vif stagne au même niveau faible que celui des années précédentes (+2 € /2021 et -1 € /2020). La cotation du mâle laitier de 50-60 kg s’est un peu appréciée : à 78 €/tête en semaine 1, elle est supérieure au prix très dégradé de 2021 (+11 €) et au prix de 2020 (+3 €). Ces cotations sont représentatives des prix pratiqués sur les marchés aux bestiaux.

Des naissances de veaux croisés en hausse

En novembre 2021 comme en octobre, les naissances de veaux de mère laitière ont reculé, cette fois-ci de -2,2% /2020 (-7 000 têtes) et de -5,2% /2019 avec un total de 313 000 naissances d’après SPIE-BDNI. Le pic automnal des naissances a été un peu moins marqué en 2021 que l’année précédente : -20 000 naissances de juillet à novembre.

Au 1erdécembre 2021, 3 519 000 vaches laitières étaient présentes dans les élevages, soit -1,8% /2020 (-65 000 têtes).

En cumul depuis janvier 2021, les naissances issues de mère laitière ont totalisé 3,05 millions de têtes, en retrait de -1,2% /2020 et de -1,5% /2019. Ce recul cache des disparités entre les types raciaux : les naissances cumulées de veaux de race laitière pure et croisés lait reculent à 2,35 millions de têtes (-3,0% /2020), alors que les naissances de veaux croisés viande progressent de +4,5% /2020 (699 000 têtes).

Toujours plus de veaux vers l’Espagne

Les exportations de veaux laitiers ont encore augmenté ces derniers mois. Sur les semaines 44 à 47 (mois de novembre) 35 000 veaux de mère laitière ont été exportés, soit +13% /2020 (+4 000 têtes) et +16% /2019. En cumul sur les semaines 1 à 50, 339 000 petits veaux ont été exportés, soit une hausse de +9% /2020 et de +18% /2019. Cette hausse des exportations est destinée au marché espagnol qui capte environ 90% des veaux laitiers français exportés.

La demande des engraisseurs espagnols est soutenue dans un contexte de hausse des cours européens de la viande. Sur les 9 premiers mois de l’année, les importations espagnoles de bovins vivants (broutards et veaux) toutes origines confondues, ont progressé de +17% /2020 d’après Eurostat.

Néanmoins, la hausse du prix des matières premières et de l’énergie pèse sur les coûts de production. D’après les données Eurostat, les importations espagnoles de bovins maigres (broutards et veaux) ont reculé de -14% /2020 au 3ème trimestre 2021. Cette baisse des importations n’affecte pas les petits veaux laitiers français, dont les achats ont progressé de +7% /2020 sur cette même période. Malgré la hausse des coûts alimentaires, les Espagnols continuent d’acheter des veaux laitiers français qui nécessitent moins de mobilisation initiale de trésorerie par rapport à des animaux plus âgés de type broutard.

La cotation espagnole du veau frison de moins d’un mois témoigne de cet intérêt pour le jeune veau. Elle n’a pas connu de baisse saisonnière et s’est maintenue à des niveaux élevés pour une fin d’année. A 104 €/tête en semaine 49, elle était nettement supérieure au niveau des années passées (+34% /2020 et de +40% /2019).