Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 341 Juillet/août 2022

Malgré la légère baisse du prix du lait bio payé aux producteurs, le prix des produits bio progresse dans les magasins, parfois dans les mêmes mesures que les produits conventionnels. La baisse de consommation de produits laitiers bio est spectaculaire depuis le début de l’année 2022, dans un contexte inflationniste qui engendre une descente de gamme de la consommation. Combinée à la hausse de la collecte, certes moins rapide ces derniers mois, ce recul de la demande engendre une hausse des déclassements. Heureusement, le coût du déclassement est limité grâce aux cours très élevé du conventionnel.

Effondrement de la consommation de produits laitiers bio en GMS

Depuis le retournement de la consommation observé début 2021, la chute des ventes de produits bio s’accentue au fil des mois. Le recul par rapport à 2021 est spectaculaire sur les deux premières périodes du second semestre : -18% /2021 sur le beurre, -19% pour la crème, -20% pour les fromages, -12% pour le lait liquide, 14% pour l’ultra-frais. Même si ce repli des ventes relève d’une conjonction de facteurs, sa concomitance avec l’accélération de l’inflation laisse penser que le facteur conjoncturel (l’effet pouvoir d’achat) est prépondérant.

La comparaison des ventes au détail avec les périodes 2020/début 2021 est toutefois partiellement biaisée par la fermeture de la restauration hors domicile sur ces périodes, qui se traduisait mécaniquement par une hausse des achats en magasin (suivis par les panels IRI et Kantar). Pour percevoir l’ampleur de la chute de consommation, il convient donc de comparer les chiffres de début 2022 avec ceux de 2019.

En cumul, sur les 5 premiers mois de l’année, en comparaison de 2019 sur la même période (période préalable à la crise sanitaire), la consommation a chuté de -10% /2019 sur le beurre, -11% et -15% sur l’ultra-frais. Seules les ventes de fromages ne sont pas redescendues sous leur niveau de 2019.

Les parts de marché des produits bio diminuent dans toutes les catégories de produits, en particulier sur la crème, le beurre et l’ultra-frais (chute de -12% / 2019 dans les 3 catégories). Paradoxalement, c’est sur le lait liquide que la part de marché se maintient le mieux (elle est à son niveau de 2019), alors qu’il s’agit de la gamme qui a vu se développer le plus de segmentations conventionnelles, estampillées responsables (équitables, locaux, non OGM, bas carbone, montagne …) souvent considérées comme concurrentes du bio.

D’après Kantar, sur 12 mois glissants, la consommation est revenue au niveau de la période de juillet 2018 à juin 2019 pour le beurre, avril 2018 à mars 2019 pour le lait liquide et la crème, et même octobre 2017 à octobre 2018 pour les yaourts.

Hausse du prix des produits laitiers bio dans les rayons

Paradoxalement, alors que le prix du lait bio payé aux producteurs diminue légèrement sur un an (voir plus bas), le prix des produits biologiques augmente dans les rayons, parfois presque autant que celui des produits conventionnels, dont le coût de la matière première agricole s’est pourtant envolé. Entre mai 2021 et mai 2022, le prix des fromages bio a crû de +5%, autant que les fromages conventionnels. La situation est presque la même sur les laits bio conditionnés (+4% /2021, contre +5% en conventionnel).

Pourtant, au regard du contexte de surproduction sur le marché bio, les transformateurs n’auraient pas demandé de hausse de tarifs sur la matière première agricole sur les produits bio (dans le cadre d’EGAlim2). Seule une petite partie de cette hausse des prix serait imputable à l’inflation sur la matière première industrielle (emballages, énergie), sur laquelle de légères hausses auraient été obtenues par les industriels lors du deuxième round de négociations commerciales, rouvertes à la suite de l’explosion du conflit en Ukraine.

Il n’y a finalement que sur le beurre bio que l’écart entre prix bio et conventionnel converge. Celui-ci est passé sous la barre des 15%.

La collecte progresse moins vite qu’attendu

En mai 2021, l’enquête de conversion du CNIEL anticipait une hausse du potentiel de production de +8% pour 2022 (soit +110 Ml /2021), soit un volume total de 1,34 Mrd de litres. La plupart des opérateurs n’ont en effet arrêté les conversions qu’aux prémices de la crise, en mai 2021. En conséquence, l’enquête prévoyait une croissance sensible de la collecte jusqu’à mai 2023. Cependant, depuis fin 2021, la courbe de collecte réelle dévie de la prévision (+4% au lieu des +8% attendus). En mai, la croissance annuelle de la collecte est toutefois remontée de +5% /2021, et le lait bio a passé pour la première fois la barre des 6% du volume total collecté.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce ralentissement de la croissance de l’offre. Premièrement, la dégradation de la marge laitière des exploitations bio, liées à une légère baisse de prix (-5 € sur un an, soit -1%) combinée à la très forte hausse des charges (qui affecte toutefois moins les exploitations bio, souvent plus autonomes, et qui n’utilisent pas d’engrais azotés de synthèse).

Ensuite, certains opérateurs ont mis en place des dispositifs de régulation à partir du début de l’année.

Enfin, comme pour les prévisions de collecte, la croissance du nombre de livreurs est moindre que celle anticipée par le CNIEL (dans son étude de mai 2021 avec une estimation à nombre de cessations constantes). Si le nombre de livreurs bio reste croissant, le taux est tombé à +3% /2021 en mai (la plus faible hausse annuelle depuis 5 ans), à 4 226 livreurs, loin des 4 400 producteurs anticipés.

Le prix du lait bio devrait revenir à son niveau de 2021 dès juillet

En avril et mai, le prix du lait bio standard était descendu sous la barre des 400 €/1 000 l pour la première fois depuis 2016, en raison de sa forte saisonnalité, et d’une légère baisse sur un an ( -6 €/ 2021, soit -1%).

Après être passé temporairement sous le prix du lait conventionnel, il est repassé au-dessus dès juin et devrait rejoindre son niveau de 2021 (et des années précédentes) dès le mois de juillet. Plusieurs opérateurs ont en effet annoncé une légère revalorisation du prix du lait bio, dans un contexte de flambée des charges.

La hausse des prix du lait bio se poursuit en Europe

Dans les autres pays européens, le prix du lait bio continue de progresser fortement, dans le sillage des cours des produits laitiers dans leur ensemble. En avril 2022, le prix du lait bio s’établissait à 540 €/t en Autriche (+18% /2021), 542 €/t en Allemagne (+10% /2021), 533 €/t en Suède (+18% /2021), et 550 €/t aux Pays-Bas (+14% /2021).

En Allemagne, la consommation de lait conditionné bio marque quelques signes de faiblesses depuis mars 2022, et l’accélération de l’inflation. Jusque-là, le bio continuait de gagner des parts de marché dans une gamme en plus fort déclin qu’en France, malgré une stagnation depuis mi-2021. Les ventes se maintiennent toutefois nettement au-dessus de leur niveau d’avant crise sanitaire.