Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 353 Septembre 2023

Les naissances de veaux de mère allaitante étaient en fort recul en mars, réduisant encore l’offre à venir sur un marché déjà tendu par manque de broutards. Les effectifs de mâles présents en ferme ou exportés sont par conséquent en forte baisse.

Forte baisse des naissances de veaux

En mars, d’après les données SPIE-BDNI, les naissances de veaux de mère allaitante étaient en baisse de -11% /2022 avec 397 000 naissances, après déjà deux mois de baisse en janvier et février. Les origines possibles à cette baisse des naissances en fin d’hiver sont multiples :

  • Choix des éleveurs de décaler les mises-bas à l’automne 2022 (naissances quasi stables /2021 en octobre, novembre et décembre alors que le cheptel de vaches baissait de -3% sur la même période) pour pouvoir alourdir les broutards à l’herbe ou décaler les sorties,
  • Baisse de fertilité due à la sécheresse et à la chaleur au moment de la saillie (juin pour les animaux nés en mars). Si cette hypothèse est probante, la baisse des naissances devrait rester élevée dans les mois à venir (saillies de juillet et août),
  • Conséquence des arrêts d’activité ou baisses de cheptels prévues en 2023, et donc baisse des vêlages cette année et engraissement des réformes.

Un part de report des vêlages à l’automne pourrait à terme avoir comme conséquence de lisser encore la production de broutards, en écrêtant la production due aux naissances de fin d’hiver et de printemps.

Côté cheptel, 3 571 000 vaches allaitantes étaient présentes en France au 1er mars, en recul de -3,2% ou -117 000 têtes /2022. La décapitalisation ne cesse d’être marquée depuis bientôt deux ans.

Effectifs de broutards 0-6 mois en net retrait

La baisse des naissances depuis le début de l’année a un impact certain sur les effectifs de broutards. Ainsi, 879 000 mâles allaitants de 0 à 6 mois étaient présents en France, en baisse de -8% ou -75 000 têtes /2022. Cette baisse concernait toutes les races mais restait un peu moins forte pour les races rustiques. Pour les mâles allaitants âgés de 6 à 12 mois, les naissances dynamiques de fin d’année 2022 et le tassement des exportations ont permis de garder des effectifs stables au 1er avril 2023, à 495 000 têtes (= /2022, mais -4% /2021).

Cotations stables

En semaine 19, la cotation des broutards était globalement stable voire haussière, faute d’offre suffisante. L’écart avec les cotations de l’année dernière se resserre, l’essentiel de la hausse ayant eu lieu entre janvier et mai 2022. Le broutard Charolais U de 450 kg cotait ainsi 3,49 €/kg (+5% ou +18 cts /2022, +44% /2021), en très légère progression de +2 cts sur quatre semaines. Le Charolais U de 350 kg était pour sa part stable à 3,57 €/kg (+4% ou +13 cts /2022, +36% /2021). De même que les cours des mâles croisés R de 300 kg sont restés stables à 3,18 €/kg en semaine 19 (+6% ou +18 cts /2022, +34% /2021).

En revanche, le cours du Limousin E de 350 kg s’est apprécié de +4 cts sur quatre semaines à 3,80 €/kg en semaine 19 (+14% ou +48 cts /2022, +37% /2021).

Pour les femelles, la Limousine E de 270 kg cotait 3,40 €/kg (+6% ou +19 cts /2022, +21% /2021). En l’absence de cotation en semaine 18, la Charolaise U de 270 kg s’est échangée à 3,27 €/kg en semaine 17 (+9% ou +27 cts /2022, +24% /2021).

Recul des envois faute d’offre

Faute d’offre, les envois de broutards français ont nettement reculé en début d’année. Ainsi, en mars d’après SPIE-BDNI (semaines 9 à 13), les envois de broutards s’élevaient à 100 500 têtes, en recul de -8% /2022 (-9 000 têtes).

En cumul entre janvier et mi-avril (semaines 1 à 17) d’après SPIE-BDNI, 347 000 têtes ont été expédiées, en baisse de -6% /2022 (-22 000 têtes). La part de femelles parmi les animaux exportés était stable à 36,5%.

Comme les mois précédents, les exports de broutards limousins ont moins reculé (-4% /2022) que ceux de Charolais (-5% /2022). En effet, les Limousins sont un peu moins affectés par la décapitalisation. Côte race rustiques, les exportations ont aussi reculé de -5% /2022, pâtissant de la fermeture de l’Algérie.

Hausse des importations espagnoles sur fond de décapitalisation domestique

En février d’après les Douanes, les expéditions de broutards vers l’Italie se sont élevées à 69 000 têtes, en recul de -4% ou -3 000 têtes /2022. Le marché italien de la génisse est compliqué par l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat des ménages et les envois de viande espagnole et irlandaise. En conséquence, les exportations de génisses vers l’Italie ont baissé de -8% à 15 000 têtes, alors que les exportations de mâles ont peu varié en février (-1% à -48 000 têtes). En cumul sur deux mois, les envois de mâles étaient même en progression, de +3% /2022, alors que ceux de femelles baissaient de -12% /2022.

Les envois d’animaux de plus de 300 kg vers l’Espagne ont poursuivi leur reprise en février d’après les Douanes. Ainsi, 9 000 têtes ont été expédiées (+19% ou +1 500 têtes /2022, mais -18% /2021), dont 3 500 mâles de plus de 300 kg (×2 /2022 et +39% /2021). La sécheresse en cours en Espagne a conduit à une forte décapitalisation dans les régions de naissage, ce qui a pu conduire les engraisseurs espagnols à se tourner vers des broutards français plus lourds. Les envois de broutards de moins de 300 kg, traditionnellement prisés par les engraisseurs espagnols, continuaient de refluer avec 5 000 têtes expédiées en février (-12% /2022).

D’après TRACES, pour la période la plus récente disponible (semaines 15 à 19, du 10/04 au 14/05), les envois d’animaux vifs vers l’Espagne ont augmenté de +4% /2022 à 37 500 têtes. Vers l’Italie, ils se sont contractés de -4% /2022 à 84 000 têtes.

Pas de nouvelles licences pour l’Algérie

Les opérateurs attendaient de nouvelles licences d’exportations vers l’Algérie pour la mi-mai, aucun renouvellement n’ayant eu lieu depuis le début de l’année 2023. Celles-ci se font toujours attendre. En conséquence, les envois vers les pays tiers, toujours très aléatoires en lien avec le contexte local et diplomatique, ont fortement décru en février d’après les Douanes. 5 000 broutards ont été exportés (-55% ou -6 000 têtes /2022, mais -9% /2021), dont 3 500 vers l’Algérie grâce à des licences de 2022 (-64% /2022) et 1 500 vers la Tunisie. En cumul sur deux mois, les envois vers les pays tiers ont reculé de -36% à 8 000 têtes.