Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 338 Avril 2022 Mis en ligne le 20/04/2022

Dans l’UE-27, le prix du lait moyen a atteint un niveau inédit en décembre, dans un contexte de faibles disponibilités laitières au niveau européen et mondial. En France, la hausse du prix restait mesurée en décembre, mais s’est fortement accentuée en début d’année. Si de fortes disparités existent entre les prix payés par les différentes laiteries, la revalorisation des prix devrait enfin permettre de compenser la hausse des charges, qui s’est pourtant accélérée ces derniers mois. Cette restauration des marges pourrait inciter les éleveurs à produire davantage dans les mois à venir.

 

En décembre, la collecte nationale s’est de nouveau fortement repliée d’une année sur l’autre (-2,7% /2020), à 2 Mt. C’est le 4ème mois consécutif de recul sensible des livraisons, depuis le net décrochage observé en septembre. La faible qualité des fourrages, le prix élevé de l’aliment acheté et le recul du cheptel (-1,8% /décembre 2020) expliquent ce recul. Il s’agit du plus bas niveau de collecte depuis 2009 pour un mois de décembre.

Ce repli des livraisons sur un an se serait atténué en janvier selon les sondages hebdomadaires de FAM (proche de -1% /2021), mais relativement à une collecte qui reculait déjà en janvier 2021. Aucune région n’échappe à la tendance, même si le recul est plus conséquent dans les départements du Sud-Ouest (-4% /2020 en Occitanie, -5% /2020 en Nouvelle-Aquitaine), de l’Est (-5,5% en Bourgogne Franche Comté, -2,7% dans le Grand Est), et des Hauts de France(-5% /2020).

En 2021, la collecte française a reculé de -1,3% /2020 (effet année bissextile 2020 neutralisé). Les conditions météorologiques favorables à la production, au printemps et en été, sont loin d’avoir compensé le décrochage observé au premier et quatrième trimestre de l’année.

Prix du lait : hausse sensible en décembre, très forte en janvier

En décembre, le prix du lait standard tous laits s’est établi à 379 €/1 000 l, en hausse de +6 € sur un mois, et de +30 € /2020. Pour le seul lait conventionnel, la progression du prix est légèrement plus prononcée (+34 € /2020 à 362 €/1 000 l). Le prix réel tous laits confondus grimpe à 412 €/1 000 l.

En janvier 2022, d’après l’observatoire des prix de la revue l’Éleveur Laitier, le prix du lait aurait amorcé une hausse très significative (environ +20 € d’un mois sur l’autre), et pourrait s’élever près de +50 € au-dessus de son niveau de janvier 2021. Cette appréciation du prix départ ferme est plus nette chez les collecteurs/transformateurs fabricants d’ingrédients laitiers. Les laiteries majoritairement productrices de produits finis augmentent plus faiblement leur prix d’achat.

Cette hausse du prix du lait pourrait inciter les éleveurs à produire davantage dans les mois à venir, en réduisant les réformes. Cette hypothèse semble étayée par le faible nombre d’abattages de vaches laitières en début d’année (-11% /2021 sur les semaines 3 à 6 d’après l’indicateur hebdomadaire de Normabev).

En moyenne sur l’année 2021, le prix du standard tous laits s’est établi à 363 €/1 000 l (+4,5% /2020, +15 €), le prix standard conventionnel à 343 €, et le prix payé tous laits à 379 €/1 000 l.

Nouvelle hausse de l’IPAMPA en décembre

L’IPAMPA lait de vache aura progressé tout au long de l’année pour s’établir à un niveau inédit de 119,6 en décembre 2021 (+13 points sur un an).

En décembre, l’indice a encore gagné 1,6 pt /novembre 2021, sous l’impulsion de l’inflation des engrais et de l’aliment acheté. Sur un an, les prix ont progressé de +90% /décembre 2020 pour les engrais, de +11% pour l’aliment acheté et de +25% pour l’énergie.

En moyenne annuelle, l’IPAMPA culmine 8% au-dessus de son niveau de 2020. Plus d’un quart de la hausse de l’indice émane de la progression du prix des aliments (+12% /2020 en moyenne sur l’année), surtout portée par la hausse du prix des aliments azotés. Le prix de l’énergie s’est apprécié de +16% en moyenne sur l’année, en raison surtout du renchérissement du prix du carburant. La flambée la plus spectaculaire concerne le prix des engrais et amendements (+32%). Le prix des biens d’équipements et des bâtiments (+10% /2020) contribue également à la hausse de l’indice.

Médiocre niveau de la MILC en 2021, mais redressement des marges prévu début 2022

En 2021, la MILC s’est établie à son pire niveau depuis 2016 (91,3 €/1 000 l en moyenne sur un an), en baisse de -6 € /2020. Cette dégradation de l’indice tient au fait que la hausse des charges n’a pas été accompagnée d’une hausse du prix du lait en début d’année. En mars, la MILC s’établissait à 77,5 €/1 000 l, soit -20 € en deçà de son niveau de 2020.

La lente remontée du prix du lait à partir du printemps et la revalorisation des cotations des vaches de réforme ont ensuite permis à la MILC de se redresser, malgré la hausse concomitante des charges. La MILC est même repassée au-dessus de son niveau de 2020 à partir de novembre.

En décembre, la MILC s’élevait à 101 €/1 000 l, légèrement au-dessus de son niveau de janvier 2021 (+2 €). En janvier 2022, sous l’impulsion de la hausse sensible du prix du lait et des cotations des vaches O et P, la MILC devrait avoir atteint son plus haut niveau depuis 2014 (pour un mois de janvier), et ce malgré la progression du prix de l’aliment qui s’est poursuivie en début d’année.

UE-27 : stagnation de la collecte en 2021, fort recul en décembre

Dans l’UE-27, pour la première fois depuis 2009, la collecte n’a pas progressé en 2021. Elle se serait établie à un niveau équivalent à celui de 2020, autour de 143,7 Mt.  Le décrochage observé ces derniers mois a plombé le bilan 2021 de la collecte, qui avait débuté par un recul jusqu’à mars, puis par un redressement au printemps et cet été. Le bilan est approximativement le même en termes de MSU. La légère augmentation de collecte de matière grasse (+0,2% /2020) ayant été neutralisée par une baisse de même ampleur de celle de matière protéique.

En décembre, la collecte de l’UE-27 a reculé pour le 4ème mois consécutif (-1,5% /2020, soit -170 000 tonnes). Le décrochage est encore plus net pour la seule matière protéique (-2% / 2020). Les livraisons restent en fort repli dans les principaux pays producteurs européens alors que ceux dont la collecte était dynamique ces derniers mois (Irlande, Italie) connaissent une plus faible croissance en fin d’année 2021.

Allemagne : collecte au plus bas depuis 2013

En 2021, les livraisons allemandes se sont établies à 31,16 millions de tonnes, en baisse de 660 000 tonnes /2020 (-1,8% /2020). La collecte de lait conventionnel est même repassée sous les 30 millions de tonnes. Le repli s’est accentué au fil des mois pour atteindre -3,3% en décembre (-87 000 t). D’après AMI, le décrochage s’explique, comme en France, par le prix très soutenu de l’aliment, la baisse du cheptel, et la mauvaise qualité des fourrages. La baisse a été moins prononcée dans les Länder du Nord-Est où le lait est davantage transformé en ingrédients laitiers (-0,5 % dans le Schleswig-Holstein, -1,3% en Basse Saxe).

Pays Bas : les normes phosphates et nitrates plombent la production laitière

En 2021, la collecte néerlandaise a reculé de -2,5% /2020, à 13,6 millions de tonnes. Elle se situe 5% en dessous du pic de 2016. L’introduction des quotas de phosphate et de nitrates se traduit par un net recul du cheptel. En décembre, le reflux s’élevait à -4,2% / 2020.

Prix du lait : records dans l’UE-27

D’après le MMO, le prix du lait dans l’UE-27 a atteint un niveau inédit au mois de décembre 2021 (413,1 €/t en prix réel, +17% /2020), dépassant le précédent record datant de décembre 2013. Dans les pays exportateurs d’ingrédients laitiers, et donc fortement réactifs au cours des commodités, la hausse des prix est sans commune mesure avec la progression observée en France (+9% /2020).

Aux Pays-Bas, le prix Friesland Campina (44/36) culmine à 437,2 €/t, soit +27% sur un an. C’est également le prix moyen observé au Danemark, où la hausse relative sur un an est encore plus importante (+30% /décembre 2020, soit près de +80 €).

En Allemagne, le prix du lait conventionnel, à 395 €/1 000 l en décembre, prend ses distances avec le prix du lait français, avec un bond de +23% sur un an.