Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

Avec le manque de réformes sur le marché communautaire en début d’année, les cotations poursuivent leur progression partout en Europe, surtout au Nord.

 

ALLEMAGNE : le manque de disponibilité limite la consommation au détail.

En Allemagne, les achats des ménages de viande bovine ont flanché en 2021. Bien qu’ils aient été plus élevés qu’en 2020 pendant une bonne partie de l’année, ils ont chuté de manière très significative en fin d’année. Avec la fermeture de la restauration début 2021, les achats au détail avaient progressé. La réouverture de la restauration et le manque de disponibilités (cf. article de Tendances Lait Viande de janvier) ont ensuite pesé. Sur l’ensemble de l’année 2021, les achats de viande bovine au détail ont reculé en volume (-3,7% /2020) comme en valeur (-1,9%). C’est cependant la baisse la moins marquée en volume, par rapport aux autres viandes.

Début 2022 les disponibilités indigènes sont extrêmement très limitées. Sur les semaines 2 à 5, les abattages totaux de gros bovins étaient bien plus faibles que lors des années précédentes (-6% /2021 et -16% /2021). La baisse a été encore plus marquée pour les réformes (-11% /2021 et -19% /2020) la conjonction d’un cheptel en recul et d’une conjoncture laitière favorable.

Face à cette offre en retrait, la demande en réformes des opérateurs allemands est dynamique et devrait le rester dans les prochaines semaines. Ainsi, les prix des femelles de boucherie ont récemment augmenté de manière significative. La cotation de la vache O a gagné +47 centimes (!) entre la semaine 1 et la semaine 6, à 4,03 €/kg de carcasse (+46% /2021 et +47% /2020).

POLOGNE : les cours tirés par la demande européenne

Sur l’ensemble de l’année 2021, les abattages polonais de gros bovins ont légèrement progressé par rapport à une année 2020 affectée par la pandémie (+1%), équivalents ceux de 2019, année marquée par plusieurs scandales sanitaires. Les abattages de femelles s’étaient redressés en vaches (+3% /2020 et =/2019) comme en génisses (+4% /2020 et +3% /2019).

Début 2022, la demande en viande de réforme sur le marché communautaire (notamment pour la transformation et la restauration rapide) rencontre une offre globalement limitée. Les opérateurs polonais sont à la recherche de réformes à abattre. En semaine 5, la cotation polonaise de la vache O atteignait 3,79 €/kg de carcasse (+52% /2021 ; +48% /2020). C’est 17 centimes (+5%) de plus depuis le début de l’année.

PAYS-BAS : cours en hausse, menace sur le cheptel

Aux Pays-Bas, l’année 2022 a démarré sur les mêmes bases que la fin de 2021 : sur les 5 premières semaines de l’année, les abattages de gros bovins aux Pays-Bas sont restés en net repli (-20% /2021 et 2020).

La rareté de l’offre stimule l’appréciation des cours. En semaine 5, le cours de la vache O atteignait 4,10 €/kg de carcasse (+59% /2021 et +44% /2020), soit +20 centimes qu’en début d’année (+5%). C’est aussi 24 cts de plus qu’en France ou encore 31 cts de plus qu’en Pologne.

Les perspectives à moyen terme sont cependant moroses pour l’élevage hollandais. En décembre 2021, le Gouvernement néerlandais annonçait un plan de 25 milliards d’euros sur 13 ans pour réduire radicalement le nombre de têtes de bétail (bovins et porcins surtout) dans le pays afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre et les déjections générant notamment de l’ammoniac.

IRLANDE : la demande des abatteurs soutient les cours malgré la hausse des abattages

En Irlande, la demande des opérateurs est soutenue depuis plusieurs semaines alors que les abattages britanniques sont au plus bas. Sur les 5 premières semaines de 2022, les effectifs de gros bovins abattus dans les abattoirs agréés pour l’export étaient en hausse (+4%/ 2021, mais -3% /2020). C’était notamment le cas pour les vaches de réforme (+8% /2021 et +12% /2020) d’après l’indicateur hebdomadaire du Ministère de l’Agriculture irlandais.

Avec un regain d’optimisme lié aux perspectives de commerce extérieur, la demande reste ferme et les cotations sont orientées à la hausse pour toutes les catégories. En semaine 5, le cours de la vache O atteignait 3,61 €/kg de carcasse (+19% /2021 et +27% /2020) soit +8 centimes depuis le début de l’année (+2%).

Après un fort recul en 2021 (-6% /2020 en tonnage), les abattages de bovins irlandais devraient se redresser en 2022 si on en croit l’augmentation des effectifs de bovins âgés de 18 à 24 mois.

ROYAUME-UNI : hausse des cours pour les réformes, mais pas pour le « prime cattle »

Au Royaume-Uni, les abattages restent en baisse depuis le début de 2022. D’après l’indicateur d’AHDB, entre les semaines 2 et 5, les abattages de gros bovins ont été en très net retrait (-11% /2021 et -4% /2020). C’est le cas pour toutes les catégories et notamment les vaches de réformes (-8% /2021 et -4% /2020). L’activité d’abattage reste perturbée par des pénuries de personnel dans certains abattoirs à cause de la pandémie de covid-19 et des difficultés administratives pour les étrangers, suite au Brexit.

Les évolutions des cotations sont cependant divergentes selon les catégories. A l’instar de ce qui se passe sur l’Europe continentale, le manque de réformes participe à la hausse des prix. En semaine 5, le cours de la vache O atteignait 2,95 £/kg de carcasse (+11% /2021 et +19% /2020) soit 3,51 €/kg.

A l’inverse, depuis le début d’année, les cotations des animaux jeunes (« prime cattle ») se sont érodées, en lien avec une offre un peu plus abondante en Écosse. En semaine 5, les cotations de la génisse R3 et du bœuf R3 plafonnaient toutes deux à 4,13 £/kg de carcasse (+8% /2021 et +21% /2020), soit 4,91 €/kg de carcasse, un niveau historiquement élevé.

Côté commerce extérieur, l’année 2021 a vu les importations britanniques de viande bovine réfrigérée et congelée se redresser grâce à un second semestre plus dynamique. Elles ont dépassé 241 000 t sur l’ensemble de l’année (+4% /2020 et -4% /2019). Les importations ont progressé depuis l’Irlande (+1% /2020 à 189 000 t), la Pologne (+ 6% à 15 000 t) ou les Pays-Bas (+2% à 13 000 t). En parallèle, les exportations ont poursuivi leur repli à seulement 103 000 t (-11% /2020 et -24% /2019). Presque toutes les destinations ont été concernées par la baisse à l’exception notable de la France (+73% /2020 à près de 17 000 t). L’entrée en vigueur effective du Brexit au 1er janvier 2021 et le retour de procédures douanières a notamment entraîné une hausse des dédouanement des viandes britanniques en France. Certains exportateurs britanniques trouvent plus facile sur le plan administratif d’exporter d’abord vers la France, puis d’expédier de là vers d’autres destinations européennes, pour les viandes bovines mais aussi ovines.

A court terme, l’état du cheptel britannique suggère que l’offre pourrait être encore limitée jusqu’à l’été prochain avant de s’étoffer au 2nd semestre 2022. Dans ses prévisions pour l’année 2022, AHDB anticipe une petite hausse annuelle de la production britannique totale de viande bovine (+1% /2021).