Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

Marchés mondiaux du bœuf : retour vers le futur ?

À observer l’évolution des flux mondiaux des viandes bovines, on a le sentiment de remonter 15 ans en arrière, avec le retour aux premiers rangs des exportations du Brésil, de l’Australie et des États-Unis et même de l’Argentine qui revient du diable Vauvert…, et le reflux des exportations indiennes.

Mais ce n’est là qu’une vision superficielle. Le véritable moteur des marchés est l’envolée de la demande asiatique, sans précédent côté chinois, mais qui concerne également des destinations beaucoup plus anciennes, et bien plus qualitatives, comme le Japon ou la Corée du Sud.

Autre changement d’ampleur sur les marchés de la viande bovine, la demande pour les bovins vifs ne cesse de flamber, bien au-delà des destinataires traditionnels. Ce qui suscite en réaction les protestations des associations welfaristes, en UE, mais aussi en Australie ou en Israël.

Les marchés ont été ballotés par des vents contraires en 2018 et durant le premier semestre 2019. D’abord des tempêtes géopolitiques : la politique monétaire et fiscale de l’Administration Trump a asséché les liquidités dans un grand nombre de pays émergents aux fondamentaux fragiles. Ainsi, les monnaies argentine et turque coulaient littéralement, tandis que le Real brésilien prenait l’eau. Cela a boosté à court terme les exportations sud-américaines, tout en nourrissant une inflation galopante dans ces pays. La demande turque s’est concentrée un temps sur le vif Sud-américain avant une fermeture précipitée du marché début 2019, et l’Égypte se remet très difficilement d’une crise de même nature. En outre, la surtaxation des importations chinoises aux États-Unis a détourné les flux de soja (la Chine s’approvisionnant désormais en Amérique du Sud) mais, curieusement, pas (encore) ceux de viande bovine.

Les menaces sont lourdes sur l’ensemble des marchés mondiaux, tant géopolitiques, climatiques, sanitaires ou monétaires. Pourtant le dynamisme de la demande ne se dément pas, en viande comme en vif. Non, il n’y a pas de retour vers le passé, mais tout un futur à écrire, à commencer par les négociations commerciales internationales dans les mains de la future Commission Européenne !