Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

La décapitalisation ouvre la porte aux importations

2022 a été une année paradoxale. Des prix jamais atteints pour les bovins… mais face à une hausse record des prix des intrants à laquelle s’est ajoutée une sécheresse historique. Les revenus des éleveurs spécialisés ont stagné à un bas niveau. La décapitalisation s’est accélérée. La consommation s’est maintenue malgré l’inflation et les importations sont venues combler le manque de viande française. La production baissera de nouveau en 2023, ouvrant encore un peu plus grand la porte aux importations.

Retour de l’inflation

En 2022, la hausse des prix de toutes les matières premières alourdit l’inflation plus vue depuis très longtemps pour les consommateurs français, de 6,7% en rythme annuel et même de 13% pour l’alimentation et la viande bovine. Et pourtant, la consommation de bœuf aurait très légèrement progressé l’an passé.

Des revenus très modestes pour les éleveurs spécialisés

Inflation des charges plus effets de la sécheresse signifient des revenus stagnant à des niveaux très modestes pour les naisseurs spécialisés INOSYS (moins de 18 000 €/ travailleur familial), et plus bas encore pour les engraisseurs de veaux sous la mère. A l’inverse, l’embellie des revenus est proportionnelle à la part de céréales de vente. Ceux des polyculteurs-éleveurs bovins seraient ainsi record en 2022.

Décapitalisation accélérée

Dans ces conditions, comment s’étonner de la décapitalisation allaitante, qui s’est encore accélérée à -3% en 2022 ? Comme la restructuration laitière s’approfondissait également à -2%, le cheptel de vaches aura donc perdu 190 000 têtes en un an et près de 840 000 en 6 ans.

Baisse de production et retour des imports

Cette décapitalisation avait d’abord permis de maintenir le même niveau de production, jusqu’en 2021. Mais en 2022, la chute a été brutale : -4,7%, avec un fort recul des abattages de mâles et de réformes laitières doublé d’un allégement des carcasses lié à l’inflation sur les grains. De même, les disponibilités en broutards ont fortement reculé, aboutissant à des exports en baisse de -7%. La baisse de la production de veaux de boucherie a même atteint -7%. Le manque de disponibilités en France s’est traduit par une forte augmentation des importations, favorisée par le rebond de la restauration après 2 années de Covid et malgré une production européenne en baisse.

2023 : navigation à vue

La visibilité reste quasi nulle sur les évolutions géopolitiques mondiales et les marchés des matières premières, avec des perspectives économiques médiocres selon la Banque Mondiale. La Commission parie sur une stabilisation des abattages européens. En France, nous prévoyons une moindre baisse de la production qu’en 2022 (-1,6% en 2023) sauf pour les vaches laitières en repli plus marqué. Les aides ne vont pas augmenter avec la réforme de la PAC. La demande française de bœuf semble solide en comparaison d’autres protéines animales, surtout pour le haché. Du coup les importations devraient encore augmenter pour la satisfaire, faute de disponibilités locales… Paradoxe toujours !