Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

Les élevages caprins sont parmi les plus impactés par la hausse des prix des intrants, et plus particulièrement par ceux des grains et des oléagineux. En effet, les aliments achetés représentent à eux-seul la moitié de l’IPAMPA, indice des prix des intrants pour la production de lait de chèvre. En janvier 2022, avant même la guerre en Ukraine et ses conséquences sur la flambée des prix, l’IPAMPA aliments achetés affichait déjà une hausse de +14,3% d’une année sur l’autre (et +13,9% pour l’IPAMPA global). Cela donne une première mesure du stress actuel sur la production de lait de chèvre en France. Le GEB-Institut de l’Elevage est en train d’élaborer des outils d’aide à la décision dans un univers plus volatile que jamais.

L’an passé, le prix du lait avait bien augmenté de +4% à l’échelle du pays. Grâce à une année fourragère enfin correcte, cela avait permis une collecte en très légère hausse (+1%). Parallèlement, la transformation a encore une fois drastiquement réduit ses importations de caillé congelé, privilégiant ainsi l’affichage de l’ « origine France » pour ses fabrications. La hausse des prix payés pour le lait de chèvre en Espagne et sa convergence avec le prix français ont sans doute dissuadé les importations de lait et de caillé ramenées à 8% de l’approvisionnement en lait de chèvre. L’industrie de transformation a ainsi réduit ses fabrications de fromages de -1% et de laits conditionnés de -4%. En revanche, celles de produits ultra frais, très minoritaires, ont rebondi de +3%.

L’indice du prix de vente industriel des fromages de chèvre n’a progressé que de +1,3% en 2021 (et +2,3% pour les fromages sous marques nationales). Même si la fin des confinements successifs a signifié un retour des achats de la restauration hors domicile, cette faible inflation des prix de vente pose problème dans un contexte de forte hausse des coûts, au niveau des élevages comme de la transformation (transport, gaz, emballages…). Toute la filière attend donc beaucoup de l’application de la loi EGALIM 2. Face aux impacts de la guerre en Ukraine, le Ministre de l’Economie a ainsi exigé de tous les partenaires, distributeurs et transformateurs, qu’ils renégocient les contrats de vente conclus avant le 28 février dernier.

Nos estimations de revenus des exploitations caprines en 2021 indiquent une stagnation générale par rapport à 2020, sauf dans 2 cas. Celui des polyculteurs-éleveurs avec une part importante de cultures de vente, dont le revenu aurait atteint un record à la hausse. Et, à l’inverse, celui des livreurs du Sud-Est, dont les revenus seraient retombés au bas niveau de 2019. Quant aux fromagers, le maintien de leur revenu dépend en particulier de leur capacité à passer des hausses de prix à leurs clients.

Ce contexte est inquiétant à plusieurs titres. La compétition avec les ateliers de productions végétales est relancée comme au début de la décennie passée. Cela est particulièrement aigu au moment de choisir les investissements, et notamment lors des reprises d’exploitation. Or nous sommes en pleine transition démographique, que d’aucuns qualifient de « papy boom ». Il est donc plus urgent que jamais d’envoyer des signaux encourageant la pérennité de la filière, qui passent d’abord par des hausses de prix à tous les stades.