Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

Les conséquences de la sécheresse et de la canicule ont entraîné un recul de la production européenne sur le dernier trimestre, notamment en France et en Allemagne. La collecte française devrait, sur l’année 2018, rester stable par rapport à 2017. La production hivernale dans l’Union européenne devrait être affectée par la réduction du cheptel dans plusieurs pays et par les tensions sur les disponibilités fourragères.

Décrochage de la collecte française en automne

La collecte française a enregistré en décembre son quatrième mois de recul consécutif par rapport à 2017, avec une baisse estimée à 2,5% d’après nos estimations basées sur les sondages hebdomadaires FranceAgriMer. Avec une chute de près de 3%, le 4ème trimestre annule la faible hausse des 9 premiers mois et ramène la production annuelle française proche des niveaux de 2017 et 2016, sous les 24,6 millions de tonnes. Sur la fin de l’année, le décrochage de la production laitière affecte diversement les bassins laitiers. La baisse de collecte est très prononcée dans le Grand-Est, en Bourgogne-Franche-Comté, où les conséquences de la sécheresse ont fortement affecté la quantité et la qualité des fourrages, mais également en Auvergne-Rhône Alpes. Elle est également très forte dans le Sud de la France où les difficultés climatiques ont accentué le fort mouvement de déprise laitière. Elle se situe dans la moyenne dans la plupart des autres régions. En revanche, la production se maintient dans les Hauts-de-France et progresse même en Normandie où la sécheresse a été moins sévère et peu pénalisante.

La qualité du lait est redevenue normale, après avoir été impactée par les effets de la canicule. En octobre, les taux de matière grasse et de matière protéique sont repassés au-dessus de leur niveau de 2017, respectivement de 0,47 g/l (42,32g/l) et de 0,03 g/l (34,01 g/l). Après 4 mois de réformes abondantes et d’importantes entrées de génisses, la tendance s’est inversée en novembre. Les sorties de vaches ont reculé de 1% /2017 et les entrées de génisses de 3% /2017. Ainsi le cheptel national s’est quasiment stabilisé au 1er décembre et comptait 0,8% de vaches laitières de moins qu’en 2017, d’après les inventaires dans SPIE-BDNI.

Le prix du lait standard toutes filières confondues (y compris les laits AB et AOP) a entamé sa baisse saisonnière en octobre à 351 €/1 000 l sous l’effet d’une baisse des indices saisonniers positifs versés par la plupart des laiteries. Il se situe légèrement au-dessus de son niveau de 2017 (+0,8% ou +3 €).

Le prix réel a cependant connu une hausse d’un mois sur l’autre, grâce à la remontée des taux de matière grasse et de matière protéique et dépasse son niveau de 2017 (+1,1%, soit +4€). Le prix standard devrait poursuivre son recul en novembre et décembre être passer sous la barre des 350 €/1 000 l, sous le double effet d’une quasi stabilisation du prix du lait valorisé en beurre/poudre maigre sur le marché européen en novembre et de la fin des indices saisonniers positifs.

Forte réduction du cheptel allemand

Comme en France, le recul de la production allemande s’est également poursuivi au 4ème trimestre2018, avec une baisse de 2,5% /2017 en décembre. Sur l’année, elle a progressé de près de 1,4% /2017 grâce à la forte hausse au 1er semestre.

Cependant, la production en 2019 devrait non seulement être affectée par le manque de fourrages dans le nord du pays, mais aussi par la réduction du cheptel laitier intervenue surtout au 2nd semestre 2018. Le cheptel national a reculé de 2% entre novembre 2017 et novembre 2018, soit près de 100000 animaux, pour s’établir à 4,1 millions de têtes. Cette baisse, la plus forte enregistrée au cours de ces dix dernières années, concerne tous les Länder sans exception. Elle ne provient pas d’une accélération des cessations laitières, mais d’un ajustement de la taille des troupeaux aux moindres stocks fourragers diminués par la vague de chaleur estivale. Le prix du lait pourrait également freiner le dynamisme de la production allemande au cours de l’hiver. Le prix du lait standardisé (38 g de MG et 32 g de MP) est resté stable à 334 €/1 000 l en novembre, en lien avec la quasi stabilisation de la valorisation du lait transformé en beurre/poudre maigre, mais il demeure très en-deçà de son niveau de 2017 (-9% /2017). Cet écart pourrait se réduire début 2019 avec une probable hausse de la valorisation du lait transformé en beurre/poudre maigre, sans que le prix ne rejoigne les niveaux atteints début 2018.

Une production européenne en recul

Outre la France et l’Allemagne, d’autres pays européens ont affiché en novembre des niveaux de production inférieurs à 2017. Les productions italienne (-3% /2017) et espagnole (-1%) ont poursuivi leur recul entamé au cours de l’été. Avec -7% /2017 en novembre, les Pays-Bas ont enregistré leur 10ème mois de recul consécutif. Les hausses de production au Royaume-Uni (+0,5% /2017),au Danemark (+1%), en Pologne (+2,4%) et en Irlande (+20% en fin de campagne) n’ont pas suffi à compenser les nombreuses baisses. Au total, la production européenne a reculé de 1% /2017 en novembre, mais devrait afficher une hausse d’un peu moins de 1% sur l’ensemble de l’année 2018.

La production sur le premier trimestre 2019 devrait être affectée par les réductions des cheptels allemand et néerlandais, mais également par les disponibilités fourragères limitées dans plusieurs pays.

Ralentissement de la production dans les bassins excédentaires

Après un rebond au cours de l’été, la hausse de la production étatsunienne s’est de nouveau ralentie en novembre (+0,6% /2017). Elle ne progresse plus que de 1,1% sur les 10 premiers mois de l’année. Malgré une remontée en octobre de la marge sur coût alimentaire pour le 3ème mois consécutif, elle reste toujours bien inférieure à son niveau de 2017 (-10%). En outre, les abattages de vaches laitières ont connu une accélération en octobre et novembre (+10% /2017). En novembre le cheptel étatsunien a donc poursuivi son recul entamé en mai, avec une baisse de 0,4% /2017 soit -38 000 têtes.

Après un très bon début de campagne (+6% /2017 de juin à octobre), la croissance de la production néozélandaise a fortement ralenti en novembre (+1% /2017). Les conditions climatiques demeurent excellentes, la bonne pousse de l’herbe ayant permis la constitution de stocks de foin mobilisables en cas d’accident météorologique. Mais les importants volumes produits ces derniers mois pèsent sur les cours des fabrications et ont poussé début décembre Fonterra à réviser son prix à la baisse pour la troisième fois depuis le début de la campagne, de 6,25-6,50 $ à 6,00-6,30 $/kg MS.

La campagne laitière australienne 2018/19 apparaît toujours maussade, en recul de 4% /2017 sur juillet-octobre. La sécheresse entraînant une hausse des coûts de l’alimentation a freiné l’enthousiasme des éleveurs qui ont fortement réduit leur cheptel. Les abattages de vaches laitières ont bondi de 15% /2017 entre juillet et septembre 2018. Les autorités australiennes anticipent sur l’ensemble de la campagne une baisse de 3% du cheptel et un recul de 4% de la production qui descendrait sous les 9 milliards de litres, un niveau plus atteint depuis la campagne 1995-96.

Après 9 mois de forte hausse, la production argentine s’est contractée en novembre (-1% /2017). Si les conditions climatiques sont toujours favorables, l’environnement économique (inflation, dépréciation de la monnaie) freine le dynamisme des producteurs laitiers. Sur l’année, la production devrait cependant progresser de près de 5%.