Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

Le prix des agneaux néozélandais et australiens ne cessent de baisser depuis mi-2022 : ils sont donc très compétitifs, dans un contexte où l’accord commercial avec le Royaume-Uni est récemment entré en vigueur et celui avec l’UE-27 serait signé dans les prochains mois pour une mise en application courant 2024.

Royaume-Uni : le cours retrouve son niveau de 2022

Alors qu’il était de nouveau passé sous son niveau de l’an passé début juin, le cours britannique s’est ponctuellement redressé en semaine 26, tiré par un pic de demande pour l’Aïd-el-Kébir. Il s’établissait alors à 7,52 €/kg, presque au niveau de 2022, à 2 centimes près, et en hausse de +1,46 €/kg par rapport à celui de 2021 à pareille époque.

La production britannique de viande ovine sur les quatre premiers mois de 2023 a légèrement reculé d’une année sur l’autre, à 117 000 t : les effectifs d’agneaux et de réformes abattus ont certes augmenté, respectivement de +2% et 3%, mais leurs poids carcasse ont été moindres sous l’effet d’une moindre finition, en lien avec le prix élevé des aliments.
Les exportations britanniques de viande ovine ont bondi de +17% /2022 sur la même période, dont +13% vers la France. Les importations tous fournisseurs ont en revanche chuté de -35% /2022, dont – 36% en provenance de Nouvelle-Zélande et -37% d’Irlande.
En lien avec des conditions climatiques difficiles lors de la dernière saison, la croissance de l’herbe et le prix élevé des aliments, les sorties d’agneaux de printemps ont été tardives début 2023 : en recul de -17% /2022 au 3 juin.

Irlande : demande insuffisante pour l’Aïd

La cotation de l’agneau de nouvelle saison a poursuivi sa baisse saisonnière en juin, sous l’effet d’une hausse progressive de la production à cette période, face à une demande anormalement basse, notamment pour l’Aïd, très attendu et préparé par les abatteurs. Alors à 7,30 €/kg en semaine 26, elle a décroché de 60 centimes d’une semaine sur l’autre, tombant ainsi -20 centimes sous son niveau de 2022, signe d’un marché plus encombré que l’an passé.

Au 1er semestre 2023, les abattages d’ovins ont progressé de +4% /2022, à 1,4 M de têtes. On constate une hausse des abattages d’agneaux de +4,5% /2022 à 1,3 M de têtes (+10% /2020), et une baisse des réformes de -2% /2022. Les approvisionnements en agneaux nord-irlandais pour préparer l’Aïd étaient abondants. Les abattoirs ont bien fonctionné pour préparer cette fête musulmane, mais la faible demande a pesé sur le marché irlandais.
Malgré une production dynamique, les exportations de viande ovine irlandaise ont légèrement régressé sur 4 mois, de -1% /2022, à 20 000 téc, avec notamment des replis vers la France (-1%) et le Royaume-Uni (- 8%).
Les exportateurs Irlandais subissent une forte concurrence des viandes d’agneaux néozélandaises et australiennes sur le marché britannique, en plus d’une baisse de la consommation par les Britanniques, comme c’est le cas de beaucoup de pays européens subissant l’inflation.

Espagne : peu d’agneau mais suffisamment face aux achats en berne

Le cours espagnol ne cesse de chuter depuis quelques semaines : malgré une offre modeste, les achats sont si peu dynamiques que cela pèse sur les cours. Le regain des exportations de vifs avec l’Aïd a donné un peu d’air au marché et stabilisé les prix dans quelques provinces espagnoles. Toutefois, les ventes pour cette fête de l’agneau ont été décevantes selon Agropopular, et n’ont pas permis de désencombrer le marché. En semaine 26, il s’établissait alors à 6,92 €/kg, perdant – 0,09 €/kg d’une semaine sur l’autre mais restant +0,08 € au-dessus de son niveau de 2022.

Le repli de la production espagnole, les baisses de demande ainsi que le prix élevé des agneaux en Espagne entraînent un repli des exportations de viande ainsi que de vifs.
Sur 4 mois en 2023, la production abattue a en effet reculé, de -9% /2022 en volume, sous l’effet d’un repli des effectifs d’agneaux (-7%) et de réformes (-12%) abattus et d’une baisse des poids de carcasse : les tonnages de viande d’agneaux ont ainsi baissé de -8% et ceux de réformes de -13%. Le prix élevé de l’aliment incite les engraisseurs à la modération, ce qui se répercute sur le poids des agneaux finis.
Les exports d’agneaux vivants espagnols ont chuté de -16% /2022 sur la même période, face au manque d’offre, avec des envois vers la Jordanie en repli de moitié, à 140 000 têtes.
Les exportations de viande ovine ont-elles aussi baissé de -6% /2022 sur la même période, totalisant 16 000 téc. Les fortes hausses vers l’Italie (+17%) et le Portugal (+42%) ont notamment été contrebalancées par des replis vers le Qatar (-60%) et la France (-6%).
Les pluies sont enfin arrivées en juin, verdissant les prairies et redonnant un peu confiance aux éleveurs, dont une partie songeait à débuter une décapitalisation. Rappelons que l’Espagne a subi un printemps historiquement chaud et sec.

Nouvelle-Zélande : les exportations progressent mais restent modestes

De janvier à mai 2023, la production ovine abattue en Nouvelle-Zélande a reculé de -3% d’une année sur l’autre, à 217 000 téc. Les effectifs d’agneaux abattus ont reculé de -5% /2022 et ceux d’ovins adultes de -2% /2022. Les carcasses des agneaux comme des ovins adultes abattus ont été alourdies, de respectivement +1% et +2% /2022, à 19,7 kg et 25,9 kg.
Sur la même période, les exportations de viande ovine ont progressé, de +6% /2022, à 212 000 téc. Elles ont notamment bondi vers la Chine (+30%), la Belgique (x2) et les Pays-Bas (+42%), mais ont reculé vers le Royaume-Uni (-31%), la France (-4%) et l’Allemagne (-8%). Attention, elles restent toutefois modestes, en repli de -7% comparé à la moyenne des 5 dernières années.
Attention, pour rappel, les importations chinoises de viande ovine avaient momentanément faibli en 2022, bien que surtout au 2nd semestre : sur 5 mois en 2023, les exportations néozélandaises vers la Chine restent sous leur niveau de 2021.

Des agneaux océaniens peu chers et davantage acheminés vers l’UE

En 2023, les prix des agneaux néozélandais et australiens ont chuté. En Australie, la reconstitution du cheptel national, grâce à des conditions météo humides en 2022, a offert un large choix aux abatteurs, et le surplus de volumes a pesé sur le prix des agneaux.
En Nouvelle-Zélande, c’est surtout le ralentissement de la demande chinoise, depuis 2022, qui pèse sur le prix, ce marché représentant aujourd’hui la moitié des exports néozélandais. Face à ce ralentissement, les exportateurs néozélandais se sont davantage tournés vers l’UE à 27. Cette tendance pourrait se renforcer en 2024 avec la mise en place de l’accord commercial entre la Nouvelle-Zélande et l’UE à 27, qui devrait être ratifié dans les prochains mois.
Les envois océaniens vers le Royaume-Uni devraient augmenter à partir de juin, notamment via la mise en place de l’accord commercial avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie le 31 mai 2023.

source : Commission européenne