Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

Les cours des JB restent très élevés partout en Europe. Ils augmentent encore dans la plupart des États membres, mais se sont toutefois réajustés de quelques centimes en Allemagne et en Espagne.

ALLEMAGNE : surplus momentané de sorties

En Allemagne, les rétentions en élevage pendant la phase montante des prix ont donné lieu à des sorties plus nombreuses depuis la semaine 13, d’autant que la flambée du prix de l’aliment, qui s’est accélérée avec la guerre en Ukraine, réduit l’incitation à rajouter des kilos. Ceci a provoqué un afflux d’animaux. Ainsi, après avoir baissé de -10% /2021 en moyenne sur les 10 premières semaines de l’année, les abattages de jeunes bovins sur les semaines 11 à 14 ont dépassé de +3% leur niveau de 2021.

Les prix ont subi le contre-coup de ce décalage d’abattage mais restent à des niveaux bien plus élevés qu’en France. La cotation du JB U, qui avait frôlé les 6 €/kg, a perdu 16 centimes en semaine 14 pour retomber à 5,80 €/kg de carcasse (+47% /2021 et +46% /2020). Celle du JB R a été ramenée à 5,76 €/kg (+48% /2021 et +65% /2020) et celle du JB O à 5,46 €/kg (+48% /2021 et +68% /2020).

ITALIE : cours toujours en hausse, surtout en femelles

En Italie, l’offre en ferme comme celle importée restent limitées et les engraisseurs, en position de force, n’hésitent plus à réclamer des hausses de prix afin de compenser au moins partiellement l’envolée de leurs coûts de production. Les cours des jeunes bovins finis ont donc poursuivi leur hausse début avril à l’approche de Pâques, à un rythme toutefois ralenti pour les mâles par rapport au début d’année. La cotation du JB mâle charolais à la bourse de Padoue a encore gagné +3 centimes en 4 semaines pour atteindre 3,15 €/kg vif début avril (+30% /2021 et +23% /2020). Celle du mâle limousin a gagné +9 centimes à 3,31 €/kg vif (+20% /2021 et +19% /2020).

Les cotations des femelles poursuivent leur hausse linéaire depuis l’automne dernier. A la bourse de Modène, la femelle charolaise a encore gagné +11 centimes en 4 semaines pour atteindre 3,23 €/kg vif (+19% /2021). La femelle limousine a gagné également +11 centimes, à 3,42 €/kg (+17% /2021).

Toutefois, la guerre en Ukraine inquiète le secteur. Même si les céréales importées sont plutôt destinées à l’alimentation des monogastriques, les craintes d’une spirale inflationniste sont largement partagées. D’autant que le pays est soumis à une inquiétante sécheresse qui pourrait réduire les récoltes nationales.

Côté consommation, la hausse du prix des carburants réduit le pouvoir d’achat et les distributeurs s’attendent à une modification de la composition du panier des ménages. Pour le mois de mars, l’Institut national des statistiques Istat a annoncé une hausse de l’indice des prix à la consommation de +6,7% /2021 (contre +5,7% en février). L’énergie a bondi de +53% /2021, les produits alimentaires non transformés de +8% et les produits alimentaires transformés de +4%.

POLOGNE : Les prix en euros remontent fortement grâce à la reprise du zloty

En Pologne, la monnaie nationale avait dévissé après le déclenchement de la guerre en Ukraine le 24 février, ce qui avait fait flancher les cours exprimés en euros. Le zloty s’est rétabli depuis, ce qui a permis aux cotations de reprendre une hausse quasi-linéaire. La cotation du JB O est remontée à 4,89 €/kg de carcasse en semaine 13 (+40% /2021 et +43% /2020). Les cours restent en forte hausse en monnaie nationale, tirés par la pénurie sur le marché européen. La cotation du JB O en zloty a gagné +4% en 8 semaines pour remonter à 20,28 zlotys/kg de carcasse (+47% /2021 et +59% /2020).

D’après les experts polonais, la production nationale pourrait être stable en 2022 par rapport à 2021, à 556 000 téc. Les chiffres provisoires de l’enquête cheptel de décembre indiquent un nombre de bovins mâles de 1 à 2 ans dans les fermes polonaises en hausse de +6% /2020 à 928 000 têtes, ce qui pourrait aboutir à un rebond de la production de taurillons en 2022. Cependant, le nombre de vaches laitières était en recul de -4% à 2,035 millions de têtes, de même que celui de vaches allaitantes (-4% à 253 000 têtes après 14 années de hausse ininterrompue). Pour plus d’info, lire l’article sur les femelles en Europe ici.

La Pologne exporte 85% de sa production de viande bovine. La demande alimentaire interne pourrait croître en 2022 en raison du grand nombre de réfugiés ukrainiens accueillis dans le pays (2,6 millions d’Ukrainiens sont entrés en Pologne entre le 24 février et le 11 avril d’après le HCR, représentant une hausse de 7% de la population nationale, elle-même estimée à 37,8 millions au 1er janvier). Une hausse de la consommation nationale diminuerait le disponible exportable, même si le bœuf est loin d’être la viande préférée des Polonais et des Ukrainiens.

ESPAGNE : le marché intérieur à la peine

En Espagne, la hausse du prix de l’alimentation du bétail inquiète. L’Espagne est en effet très dépendante de l’importation pour la fabrication d’aliments et les systèmes d’engraissement de bovins sont basés principalement sur des rations sèches.

Mais ce qui semble préoccuper encore plus la filière espagnole ce sont les difficultés à pouvoir passer des hausses sur les prix à la consommation. En effet, le pouvoir d’achat des Espagnols est confronté à une forte inflation des dépenses contraintes et notamment de l’énergie. La hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation (IPC) a bondi à +9,6% en mars en raison de la flambée du prix de l’énergie, après +7,6% en février, niveau déjà le plus élevé depuis décembre 1986. Les familles espagnoles se tournent donc vers les viandes les moins chères, le porc ou la viande hachée de bœuf. Les industriels espèrent que le retour du tourisme permettra de mieux valoriser les pièces nobles.

Le Ramadan a démarré le 2 avril et la demande des pays méditerranéens commence à s’essouffler. Heureusement le marché européen reste très demandeur de viande de jeune bovin.

En semaine 13, les cotations des bovins ont toutefois reflué. Ce pourrait être l’effet d’un afflux d’animaux dans les abattoirs après 3 semaines de grève des transporteurs et donc d’apports réduits.

Après avoir culminé à 5,06 €/kg de carcasse en semaine 11, la cotation espagnole du JB U est retombée à 4,92 €/kg en semaine 13 (+31% /2021 et +30% /2020). Celle du JB R est retombée à 4,85 €/kg (+32% /2021 et +31% /2020) repassant sous la cotation française.