Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 344 Novembre 2022 Mise en ligne le 22/11/2022

En France, les éleveurs souhaitent profiter de la hausse significative du prix du lait, et réduisent les réformes, ce qui engendre un léger redressement de la collecte, qui a connu sa plus faible baisse sur un an depuis août. La progression du prix observée en février, permettait, avant le déclenchement du conflit en Ukraine, de compenser la hausse des charges. Dans l’UE-27, les prix ont poursuivi leur envolée, ce qui explique sans doute le redressement de la collecte, en hausse sur un an pour la première fois depuis 6 mois.

En France, nette réduction des réformes sur le début d’année

En février, le cheptel de vaches laitières s’établit à 3,48 millions de têtes. Le cheptel connaît une baisse saisonnière moins marquée cette année et l’écart avec l’an dernier se résorbe légèrement (-1,5% /2021, soit -51 000 têtes). Ce ralentissement de l’érosion du cheptel tient dans la baisse des sorties de troupeau (-9% /2021), liée au reflux des réformes, combinée à une stabilité des entrées en février. Depuis juin 2021, la baisse des réformes est presque continue (elle n’a été interrompue que brièvement en novembre). Si elle semblait surtout imputable aux larges disponibilités fourragères jusqu’à l’automne, elle pourrait maintenant surtout résulter d’une réponse des éleveurs à la forte hausse des prix du lait payés en janvier, qui semble les inciter à produire davantage.

D’après les statistiques extraites de la base Normabev, les abattages de vaches laitières auraient connu un léger rebond dans les semaines 9 à 11 (+1,5% /2021) avant de retrouver leur forte dynamique baissière depuis mars (-6% sur les semaines 12 et 13).

Prix en hausse et production moins ralentie

En février, la collecte française s’est établie à 1,91 Mt, en baisse de -0,8% /2021, soit -15 000 t. Pour la première fois depuis août, les livraisons ont donc moins diminué que le cheptel sur un an. Elles demeurent -2,3% en dessous de leur niveau de février 2020. Le repli est plus prononcé (-1,1% /2021) en Matière Sèche Utile (MSU) en raison de la baisse des taux de MG (42,52 g/l, -0,5% /2021) et de MP (33,64 g/l, -0,1% /2021).

D’après les sondages hebdomadaires de FAM, ce repli des livraisons sur un an se serait poursuivi en mars à un rythme équivalent (proche de -1 % /2021).

En février, le prix du lait standard a gagné +6 € sur un mois, et +49 € /2021 (+14%), pour s’établir à 398 €/1 000 l. Il efface ainsi le précédent record historique datant de janvier 2014. La hausse du prix réel moyen payé aux livreurs est légèrement moindre (+13%) en raison de la baisse des taux d’une année sur l’autre. Plus connecté aux cours mondiaux des ingrédients laitiers, le seul prix du lait conventionnel standard a connu une hausse plus significative au mois de janvier, de +17% (à 382 €/1 000 l, soit +55 € /2021).

Il convient toutefois d’insister sur les disparités croissantes des prix payés par les différents opérateurs. Le prix du lait augmente davantage pour les producteurs livrant à des industriels fabricant des produits intermédiaires beurre/poudre. En revanche, il est réévalué plus lentement par les transformateurs spécialisés -souvent de plus petites tailles- dans les produits finis, dont la valorisation est plus stable. En conséquence, certains producteurs (notamment de l’Est) ne bénéficient que d’une faible hausse de leur prix ces derniers mois. En mars, d’après l’observatoire des prix du lait de la revue l’éleveur laitier, pour du lait conventionnel, l’écart entre le prix le plus haut et le plus bas était presque de 90 €/1 000 l.

Avant la guerre en Ukraine, la progression des prix du lait compensait celle des charges

Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, la hausse des Prix d’Achats des Moyens de Production Agricole (IPAMPA) sévissait déjà. En février, l’indice IPAMPA lait de vache avait encore gagné +1,6% en un mois, sous l’impulsion de l’inflation de l’énergie (+6% /janvier) et du prix de l’aliment acheté (+3% / janvier, +13% /2021). Sur un an, les prix des engrais ont bondi de +82%, l’énergie de +28%, et l’aliment acheté de +13%. L’impact de la guerre en Ukraine sera surtout visible sur l’indice IPAMPA de mars.

Après avoir atteint en 2021 son pire niveau annuel moyen depuis 2016, la MILC (Marge IPAMPA sur Coût Total Indicé) se redresse depuis le début de l’année. Elle s’établit à 108 €/1 000 l (+25 € /2021), un niveau saisonnier qu’elle n’avait plus atteint en février depuis 2014 (où elle cuminait à 157€ /1 000 l). Elle s’établit +25 € par rapport à février 2021 (mois pendant lequel elle avait atteint un point très bas) : sur un an, la hausse du prix (réel) du lait (+53 € /2021) combinée aux progressions des cotations vaches de réforme permet en effet de compenser l’envolée des charges (+42 € /2021).

UE-27 : reprise de la collecte après 5 mois consécutifs de baisse

En février, la collecte européenne est repassée dans le vert sur un an, pour la première fois depuis août. Le niveau record des prix du lait semble enfin produire un effet incitatif à la production. La diminution des livraisons des trois principaux producteurs européens s’est légèrement atténuée (-0,8% /2021 en France, -1,5% aux Pays-Bas, -1,1% en Allemagne) et a été surcompensée par la hausse des collectes polonaise (+3,6%), autrichienne (+5%), danoise (+2%), et de celles de pays secondaires tels que la Hongrie (+3,6%) et la République tchèque (+3%).

Les chiffres de mars indiqueront si la guerre en Ukraine a porté un coup d’arrêt à cette dynamique. Les pays du sud de l’UE-27, Espagne et Italie en tête, sont particulièrement vulnérables à la flambée des coûts de l’aliment. La presse espagnole relate des cas de décapitalisation contraintes de cheptels. Afin de limiter les impacts de la guerre, le ministère espagnol a débloqué une aide de 164 millions d’euros pour les filières ruminants. La collecte a en plus été perturbée par une grève des transporteurs en mars.

Le prix du lait poursuit son envolée dans l’UE-27

En février, d’après le MMO, le prix du lait moyen dans l’UE-27 a atteint 425 €/t (+22% /2021, +2% /janvier). Un nouveau record ! Selon les premières estimations du MMO, il aurait poursuivi sa progression en mars, mais moins rapidement (+0,8%, à 429 €/t). Cette progression est bien sûr liée à la flambée de la valorisation du lait transformé en beurre/ poudre estimée à 564 €/t en mars sur le marché européen. Deux groupes de pays se distinguent : les pays du Nord, exportateurs d’ingrédients laitiers, voient leur prix bondir d’environ +30% sur un an. C’est le cas des Pays-Bas (450 €/t), du Danemark (462 €/t), de l’Irlande (474 €/t) et de l’Allemagne dont le prix payé atteint 442 €/t. C’est en Belgique que l’envolée du prix du lait est la plus spectaculaire. En mars, selon les premières estimations du MMO, il aurait atteint 503 €, dépassant allègrement le prix du lait biologique (475 €/t en février).

La revalorisation des prix du lait est moins spectaculaire dans les pays méditerranéens, notamment en Espagne (367 €/1 000 l, +12%), où la hausse devrait toutefois s’accentuer dans les prochains mois. En Italie, le prix a atteint 415 €/1 000 l, en hausse de +11% /2021.