Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

La baisse des disponibilités espagnoles a abouti à l’effondrement des importations, dans un contexte de collecte française ralentie. Face à un approvisionnement réduit, les transformateurs ont dû puiser largement dans leurs stocks de produits de report… au risque de manquer de lait en fin d’année.

Repli hivernal des approvisionnements des industriels

A 525 millions de litres en cumul à octobre selon FranceAgriMer, l’approvisionnement en lait de chèvre des transformateurs (collecte et importations) a progressé de près de 14,7 millions de litres (+3% /2017). Néanmoins, après un 1er semestre dynamique (+6% /2017), il a  en revanche baissé en août (-1%), septembre (-2%) et surtout octobre (-7%).

Cette chute est exclusivement imputable à l’effondrement des volumes importés : alors qu’ils avaient bondi de près de 12% au 1er semestre, ils ont chuté de 7% en août, de 16% en septembre et de 35% en octobre ! Il faut dire que les disponibilités espagnoles se sont largement effritées après les abattages massifs consécutifs à l’activation du plan de lutte contre la tuberculose en Andalousie. La collecte ibérique a baissé pour la première fois depuis 2013, avec une chute de 2% en moyenne entre juillet et octobre.

Cette chute des importations n’a été que partiellement compensée par la hausse de la collecte française de lait de chèvre, qui a connu un ralentissement marqué depuis l’été. Après un début d’année très dynamique (+6% /2017 au 1er semestre), elle n’a progressé que de 1% au 3ème trimestre, tendance qui s’est poursuivie au mois d’octobre. Son évolution annuelle reste néanmoins très positive et constitue un signal encourageant après 4 années de quasi-stagnation. Les livraisons ont en effet cumulé 421 millions de litres en octobre, soit une progression de près de 3% d’une année sur l’autre (12 millions de litres supplémentaires).

Des fabrications bien orientées

Malgré un approvisionnement en lait de chèvre limité après l’été, les fabrications de produits caprins sont restées bien orientées. A près de 84 000 tonnes en cumul à octobre, la production industrielle de fromages de chèvre a progressé de 1% d’une année sur l’autre, soit près de 650 tonnes supplémentaires, au même rythme que les années précédentes. La quasi-totalité des volumes supplémentaires a été exportée, alors même que les ventes en libre-service des GMS en France ont patiné cette année selon le panel IRI-CNIEL. Les fabrications de laits conditionnés et de yaourts ont été en revanche beaucoup plus dynamiques, avec des progressions respectives de 5% et de 13% d’une année sur l’autre. Les produits ultra-frais à base de lait de chèvre, relativement récents dans le paysage des produits laitiers de grande consommation, connaissent un succès toujours grandissant auprès des consommateurs français et européens.

Un déstockage massif en fin d’année

Afin d’assurer la fourniture du marché dans ce contexte d’approvisionnement réduit, les transformateurs ont dû mobiliser une part importante de leurs stocks de produits de reports. Alors qu’ils avaient atteint des niveaux relativement élevés avant l’été, à près de 11 500 tonnes au pic de juillet (soit une hausse de 60% par rapport à 2017), ils ont connu une réduction très marquée en fin d’été, qui s’est accentuée à l’automne. Ramenés à près de 6 500 tonnes fin octobre, ils sont ainsi tombés 14% sous le bas niveau de 2017.