Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

La collecte européenne a entamé le second trimestre à un rythme ralenti tandis que les baisses de prix se poursuivent. Aux États-Unis, si les cours des produits remontent, le prix du lait et le cheptel sont orientés à la baisse.

Europe : croissance ralentie

Au 1er trimestre la collecte de l’UE-27+UK a progressé vigoureusement, de +1,4% /2019 d’après nos estimations après neutralisation de l’effet année bissextile. Cette croissance repose sur une évolution positive dans les ¾ pays membres.

Au 2ème trimestre, la production européenne continuera de progresser à un rythme plus modéré, aux alentours de +1% d’une année sur l’autre, auquel cas les volumes supplémentaires accentueront le déséquilibre entre l’offre et la demande amorcé depuis le confinement.

En Allemagne, le confinement a débuté le 22 mars (fin de semaine 12) pour être progressivement levé à partir du 20 avril. Les achats des ménages en produits laitiers ont fortement progressé dans les jours précédant l’annonce du confinement et au début de celui-ci, mais dans des proportions inférieures à celles connues dans d’autres pays, dont la France. Les hausses ont dépassé les 35% mi-mars avant de retomber en fin de mois d’après les données IRi. En moyenne, sur le mois de mars, selon les données publiées par AMI, les ventes au détail ont augmenté de +21% /2019 pour le lait liquide, avec des hausses plus importantes pour le lait bio et le lait de pâturage, de +18% pour le beurre et de +13% pour les fromages en libre-service. En avril, les achats de produits laitiers sont restés plus élevés qu’en 2019, selon IRi, entre +15 et +25%, mais se sont effondrées juste avant le déconfinement (-17% /2019 dans la semaine se terminant le 19 avril).

Selon les données d’AMI, les livraisons allemandes poursuivent leur tendance haussière en avril (+0,6 /2019). Le rythme ralentit cependant depuis mars (+0,6% /2019), comparé à la hausse en février et en janvier (+1% /2019). Il faut signaler que le mois d’avril a été le troisième plus sec et le septième le plus chaud dans le pays depuis le début des relevés météorologiques.

Si seules quelques laiteries ont demandé à leurs livreurs de limiter leur production, la pression monte en Allemagne pour freiner la production laitière afin d’alléger la pression sur le marché dans les mois à venir. Des associations environnementales comme certains syndicats agricoles (BDM) réclament une réduction obligatoire pour tous les éleveurs.

Au Royaume-Uni, dont le confinement a été prolongé au moins jusqu’au 1er juin, le secteur laitier demeure en crise. Malgré une amélioration significative des conditions météorologiques au cours des dernières semaines, la collecte du mois d’avril en Grande-Bretagne est en baisse de -2% /2019 selon les estimations de AHDB. Ce recul serait en grande partie dû à la baisse des livraisons imposées par plusieurs laiteries, mesurée à 23 000 tonnes en avril.

AHDB a estimé que les ¾ des éleveurs laitiers en Grande-Bretagne sont impactés d’une manière ou d’une autre par la crise actuelle (l’Irlande du Nord, moins impactée, n’est pas inclue dans cette étude). Si environ 50% des éleveurs sont peu impactés, 12% le sont fortement. Parmi les causes, la réduction du prix payé affecte plus de la moitié des 9 000 éleveurs. Elle se chiffrerait à plus de 20 millions de livres sterling, près de 23 millions d’euros, sur les mois d’avril et de mai. Plus de 2 000 éleveurs doivent réduire leur production et plus de 500 sont partiellement ou totalement non collectés.

Face à cette situation, le ministère de l’agriculture anglais a annoncé un plan d’aide au secteur laitier. Chaque éleveur sera en droit de réclamer jusqu’à 10 000 £ (11 300 €) pour couvrir 70% de leur perte de revenu – à condition qu’elles soient supérieures à 25% de leur revenu – en avril et en mai. Le gouvernement a également annoncé assouplir à nouveau la loi sur la concurrence pour éviter que trop de lait ne soit gaspillé. Cela pourrait inclure le partage de la main-d’œuvre et des installations, la coopération pour réduire temporairement la production, ou l’identification des capacités cachées dans la chaîne d’approvisionnement pour transformer le lait en d’autres produits laitiers tels que le fromage et le beurre.

En Irlande, les transformateurs opèrent à pleine capacité au milieu du pic annuel de production. Mais l’inquiétude grandit alors que des abattoirs ont été fermés après le test positif au Covid-19 de plusieurs employés. Alors que les cotations des produits laitiers se sont stabilisées fin avril, plusieurs coopératives ont annoncé des baisses de prix de base de 1 centime/litre pour le mois d’avril. Le prix de Lakeland s’affiche ainsi à 0,29 €/l et celui de Glanbia à 0,8 €/l.

États-Unis : baisse attendue du prix du lait et du cheptel

Après avoir atteint un pic en novembre 2019 à 463 $/t (419 €/t), le prix du lait aux États-Unis avait graduellement reculé jusqu’en mars à 397 $t (359 €/t), un niveau encore légèrement plus élevé qu’en 2019 (+3%). Les premières indications des prix de classe de lait montrent de fortes baisses en avril, comprises entre -23% pour la classe IV (beurre-poudre) et -20% pour la classe III (Cheddar) d’un mois sur l’autre, laissant présager un fort recul du prix toutes classes.

Les éleveurs étatsuniens sont incités à réduire leur production par de nombreux transformateurs, à travers une modification de l’alimentation, des traites moins fréquentes ou encore par la réduction du cheptel. En mars, les abattages de vaches laitières étaient encore en recul d’une année sur l’autre (-5% /2019). Mais les premières informations font état d’une hausse des abattages en avril, encouragée par la mauvaise conjoncture du secteur laitier mais également par les primes consenties par des abatteurs à la recherche de viande bovine. Ces sorties du cheptel devraient fortement ralentir la hausse entamée fin 2019 voire même réduire le nombre total de vaches laitières dans le pays.

Le Covid-19 semble avoir réduit les espoirs d’une reprise laitière aux États-Unis, qui s’annonçait en 2020 à travers une hausse des prix et du cheptel.

La seule embellie provient de la hausse des cours du Cheddar et du beurre, boostés notamment par l’annonce d’achat publics de 317 millions de dollars de produits laitiers.