Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 341 Juillet/août 2022

La collecte européenne parvient tout juste à se maintenir. Toutefois, il existe une grande hétérogénéité entre les différents pays, ce qui se répercute sur les fabrications. En effet, certains pays sont davantage tournés vers leur marché intérieur tandis que d’autres se concentrent sur l’export.

 

Malgré une collecte baissière, la France laitière a maintenu ses fabrications de fromages au 1er quadrimestre, au détriment de la poudre maigre tandis que l’Irlande et les Pays Bas orientent davantage leur mix produit vers la poudre maigre et la crème ou le beurre pour la matière grasse.

Fabrications européennes en repli

Les fabrications de produits laitiers au sein de l’UE-27 sont en baisse, à l’exception de la crème et de la poudre maigre, respectivement de +3% et +2% /2021 au 1er quadrimestre de 2022.

Les fabrications de poudres grasses enregistrent la plus forte baisse de -9 000 t à 194 000 t en cumul sur le premier quadrimestre 2022. Ce repli s’explique principalement par une chute de -30% des fabrications néerlandaises soit -13 000 t sur le premier quadrimestre. Outre une baisse de la collecte laitière, les transformateurs privilégient la poudre maigre (+14% /2021).

Au premier quadrimestre, les fabrications de fromages ont été stables en France, tandis qu’elles ont baissé de -10 000 t en Allemagne (-1% /2021), aux Pays-Bas (-3%) et au Danemark (-6%) ainsi que de -6 000 t en Pologne (-2%).

Les chiffres de fabrication de poudre maigre en Irlande ont été publiés récemment pour 2022 et surprennent car elles augmentent de +36% au 1er quadrimestre 2022, soit +11 000 t grâce notamment à des fabrications débutées dès le mois de janvier. La collecte laitière en Irlande est pourtant en baisse cette année avec un printemps plus sec, après une très belle année en 2021. Cette hausse, ajoutée aux 4 000 t supplémentaires des Pays-Bas (+14%) et de la Pologne (+7%) sur la même période compense les moindres fabrications de l’Allemagne (-14% soit -19 000 t). Toujours au 1er quadrimestre, la chute des fabrications françaises ( de -8 000 t soit-5%) est quant à elle compensée par la hausse d’autant de celles en Finlande.

En Allemagne, le repli dans les fabrications de poudre maigre a surtout eu lieu en début d’année. L’écart se réduit sur les derniers mois. En effet, les opérateurs pourraient avoir cherché à utiliser au maximum les tours de séchage sur mai et juin afin de faire du stock en prévision de difficultés d’approvisionnement en gaz au second semestre. Ceci explique en partie la très forte hausse de fabrications de poudres grasses en mai (+43% /2021).

La collecte laitière allemande a baissé de -1,7% sur la période janvier-mai 2022 /2021, ce qui se traduit par des chutes de fabrications tous produits confondus. Outre les poudres grasses, seules les fabrications de crème conditionnée se maintiennent grâce une consommation intérieure robuste.

En revanche, les achats de beurre par les ménages, très sensibles à l’envolée des prix au détail (+53% /2021 à 9,36 €/kg), ont chuté de -23% entre mai 2019 (avant la pandémie) et mai 2022 et baissé de -7% /2019 sur les cinq premiers mois. Les ventes de fromages frais aux ménages ont aussi baissé, tandis que celles de fromages à pâte semi-dure résiste à la hausse des tarifs dans les linéaires des magasins.

Repli des explorations européennes de produits laitiers

Face à ces baisses de fabrications, les exportations européennes de produits laitiers se replient. La Chine est moins présente en beurre (-28% à 6 000 t), en fromages (-17% à12 000 t), en poudre maigre (-35% à 24 500 t) notamment.

Par ailleurs, les autres marchés traditionnels, comme le Japon pour les fromages ou le Moyen Orient pour le beurre, ne sont pas particulièrement présents aux achats. Les prix élevés poussent les acheteurs à retarder leurs couvertures.

Toutefois, les échanges avec le Royaume-Uni ont repris au 1er quadrimestre 2022 notamment en beurre (+68% à 20 200 t) et en fromages (+11% à 133 300t).

Ainsi, les exportations européennes de produits laitiers baissent bien plus que les fabrications sans effet sur les prix. Si les importateurs se montrent très prudents dans un contexte de prix élevés, les exportateurs ne sont pas en reste. Face à une collecte laitière qui ne semble pas vouloir redémarrer au second semestre, certains transformateurs s’inquiètent des disponibilités qui s’annoncent faibles cet automne. De plus, les tensions géopolitiques, qui touchent notamment les disponibilités en gaz, interrogent sur les capacités de séchage et invitent les opérateurs à la prudence. Face des stocks plutôt bas voire inexistants, les vendeurs cherchent en priorité à répondre aux contrats déjà signés et reconstituent des stocks en prévision des incertitudes du second semestre.