Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

La collecte de lait dans l’UE-27 continue de chuter chez les principaux pays producteurs. Cette baisse des volumes se ressent sur les fabrications et entrainent des tensions sur les disponibilités de certains produits laitiers.

A l’échelle européenne, les fabrications de fromages restent privilégiées. Sur les dix premiers mois de 2021, 93 000 tonnes de fromages supplémentaires ont été produits (soit +1,2% /2020) majoritairement durant le pic laitier. La baisse des volumes se ressent au deuxième semestre même sur les fabrications de fromages notamment en Allemagne.

Seuls les Pays Bas et l’Irlande semblent avoir privilégié la fabrication de produits industriels tels que la poudre maigre et le beurre. En effet, les fabrications de fromages chutent de -2,4% aux Pays-Bas, 4ème producteur européen de fromages et de -3,5 % en Irlande (janv-oct 2021 /2020).

Déficit de poudre de lait écrémé en Europe

Les fabrications européennes de poudre maigre européenne sont en repli de -4% sur janv-oct 2021 /2020 (soit -52 000 t), dont en recul de -14% (-53 000 t) en Allemagne et -1,3 % (-5 000 t) en France ; deux pays qui représentent chacun plus d’un quart des volumes fabriqués dans l’UE-27. Cette baisse est généralisée sur l’ensemble des mois sauf au moment du pic laitier en mai et juin dernier afin de gérer l’afflux de lait saisonnier.

Seules l’Irlande et les Pays-Bas ont accru leurs fabrications de respectivement +12% (soit près de 16 000 t) et +21% (environ 14 000 t). Cette stratégie s’explique car il s’agit de pays tournés principalement vers l’export qui ont cherché à profiter des prix mondiaux en hausse.

Dans ce contexte, les exportations européennes de poudre maigre ont chuté de -3,3% sur janv-oct 2021 /2020 (soit -24 000 t). La hausse des envois vers la Chine (+12% soit +12 000 t) compense en partie les achats de l’Algérie (-18% et -19 500 t).

Aussi, le disponible en poudre maigre à l’intérieur de l’UE est plus faible, ce qui contribue notamment à la poursuite de la hausse des cours sur les marchés européen et mondial.

Tensions sur la matière grasse

Du côté de la matière grasse, la compétition entre la crème et le beurre a été forte durant l’année 2021. Globalement, les fabrications de crèmes conditionnées ressortent supérieures à celles de l’an passé de +1,4% janv-oct 21 /20 dans l’UE-27, soit environ +30 000 t, tandis que celles de beurre ont baissé de -2% sur la même période, soit -33 000 t. Les fabrications de crèmes ont surtout été plus fortes que l’an dernier durant le pic laitier et reviennent sur les mêmes niveaux maintenant tandis que ceux du beurre sont parvenus à se maintenir au moment des fortes disponibilités saisonnières par rapport à 2020 mais chutent fortement sur les derniers mois (-4 % au mois de septembre et -7% au mois d’octobre vs 2020).

La baisse de collecte en Europe se ressent sur les fabrications et donc sur les disponibilités en beurre au sein de l’UE-27. Ce repli de l’offre en beurre est aussi visible en Nouvelle Zélande, premier exportateur mondial de beurre, puisque le pic laitier est actuellement décevant.

Dans le même temps, la demande en matière grasse laitière de la Chine est particulièrement forte cette année. Les importations de crème ont bondi de +40 % (soit +70 000 t) sur janv-nov 2021 /20. La Nouvelle-Zélande reste le premier exportateur, suivie de la France en deuxième position. Le reste des importations est majoritairement réalisé par d’autres pays européens. Les progressions sont importantes cette année pour l’ensemble des pays.

Les importations chinoises de beurre ont augmenté de +16 000 t, soit +15% /2020 sur la même période. Sans que les progressions soient aussi spectaculaires, les pays européens ont su répondre à cette demande supplémentaire.

L’UE-27 et la Nouvelle-Zélande ont donc accentué leurs exportations vers les pays asiatiques au détriment des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Ce déséquilibre entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale a entrainé une forte hausse des cours mondiaux du beurre qui s’est fortement accélérée avec la publication des chiffres décevants de collecte en Nouvelle-Zélande au mois de septembre dernier.