Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

Les moindres naissances allaitantes depuis le printemps 2021 limitent les disponibilités à l’export, d’autant qu’en France les mises à l’engraissement ont repris cet automne. L’offre étant insuffisante pour les demandes en France et en Italie, les cours des broutards sont enfin partis à la hausse en ce début d’année, mais restent insuffisants pour couvrir des coûts de production également en hausse.

Remontée du prix des broutards depuis début 2022

Après une stagnation des cours depuis mi-octobre 2021, les prix des broutards sont partis à la hausse début 2022. Le mâle Charolais U de 450 kg a pris +22 cts depuis le début de l’année et cotait 2,80 €/kg vif en semaine 6, soit +24% (+54 cts) par rapport au très bas niveau de début 2021 et +13% /2020. L’offre insuffisante ne parvient pas à satisfaire la demande française dynamique et la demande italienne (abattages importants en fin d’année libérant des places en atelier d’engraissement) ce qui entraîne la hausse des cours. Cependant, les prix restent bien en deçà des coûts de production, dans un contexte de renchérissement de l’alimentation animale et de l’énergie.

Le Charolais U de 350 kg a suivi les mêmes tendances. Son cours a augmenté de +18 cts en six semaines, à 2,90 €/kg vif en semaine 6 (+17% ou +42 cts par rapport au bas niveau 2021 et +9% /2020).

Le cours du mâle limousin E de 350 kg s’est apprécié de +15 cts en 2022, à 2,98 €/kg en semaine 6 (+11% /2021 et +3% /2020). En animaux plus légers, le croisé R de 300 kg cotait 2,76 €/kg (+21% /2021 et +8% /2020).

Le cours de la femelle charolaise U de 270 kg, qui était resté stable depuis octobre, est reparti à la hausse, moins marquée que celle des mâles, en prenant +7 centimes en six semaines, à 2,75 €/kg vif (+15 cts /2021 et +8% /2020). La Limousine E de 270 kg cotait 3,00 €/kg vif (+22 cts ou +8% /2021 et +10% /2020).

Des naissances toujours en recul

Les naissances de veaux de mère allaitante ont reculé moins fortement en décembre 2021 qu’en octobre- novembre, avec 346 000 veaux (-1,7% /2020 et -3,5% /2019 selon SPIE-BDNI). En cumulé sur l’ensemble de l’année 2021, les naissances de veaux de mère allaitante ont fortement diminué à 3 495 000 têtes (-108 000 têtes soit -3,0 % /2020 et -2,3% /2019).

Au 1er janvier 2022, on ne comptait plus que 3 666 000 vaches allaitantes, en recul de -2,8% /2020, une décapitalisation qui n’a cessé de s’accélérer pendant l’année 2021.

Les effectifs de mâles de type viande de 6-12 mois en baisse

L’offre en broutards devrait rester limitée dans les prochains mois. Le repli des naissances entamé en mars 2021 entraîne le recul des effectifs de 0-6 mois en France depuis avril, avec 714 000 veaux de 0-6 mois présents au 1erjanvier soit -3% /2021 et -3% /2020. Depuis début 2022, les effectifs de broutards plus âgés sont, à leur tour, touchés par ce recul. Au 1er janvier, les mâles de mère allaitante de 6 à 12 mois étaient donc au nombre de 685 000 têtes (-3% /2021 et -1% /2020).

Avec une offre restreinte, des exports contraints en décembre et janvier

Selon SPIE-BDNI, 95 000 broutards ont été expédiés à l’étranger fin 2021, en période 12 (s48-s52) soit -21% /2020 et -13% /2019. Les disponibilités amoindries ont limité les envois, d’autant que les mises en place ont repris en France cet automne. Le recul de ces exports en fin d’année 2021, par rapport à 2020, est cependant à nuancer car les exports de décembre 2020 étaient alors particulièrement dynamiques, le jour de Noël étant arrivé seulement en fin de semaine 52, contrairement à 2021 (fin de semaine 51).

Sur l’ensemble de l’année 2021, selon SPIE-BDNI, 1 143 000 broutards (bovins mâles et femelles de type viande âgés de 4 à 16 mois) ont été exportés, un chiffre stable comparé à 2020, mais en recul de -2% par rapport à l’excellente année 2019. La part des femelles a représenté 34% des envois, en 2021 comme en 2020.

Vers l’Italie, d’après les Douanes, 70 000 broutards ont été exportés en décembre (+4% /2020 et +13% /2019) portant à 902 000 le nombre de broutards expédiés en 2021, effectif stable /2020 (+1% /2019).

Vers l’Espagne, toujours d’après les Douanes, 10 000 broutards ont été envoyés en décembre 2021 (-27% /2020 et -9 %/2019). Depuis septembre dernier et l’obligation de vacciner les bovins de plus de 70 jours vers l’Espagne, les broutards les plus jeunes, peu vaccinés, traversent moins les Pyrénées. Seuls 6 000 broutards de 160-300 kg ont été exportés en décembre 2021 (-44% /2020 et -45 % /2019). Les engraisseurs de broutards se sont tournés vers les mâles plus lourds et plus qualitatifs, de type « Italie ». Depuis le début de l’année, 29 000 broutards mâles de plus de 300 kg ont été exportés vers l’Espagne : +3 000 têtes ou +12% /2020 et +15% /2019.

Les exportations vers les pays tiers étaient au ralenti en décembre : seuls 2 600 broutards ont été exportés (-68% /2020), vers la Tunisie. L’Algérie était absente des achats avec l’arrêt de l’octroi de licences depuis octobre. Les importations algériennes ont repris en janvier, pour les génisses laitières et les broutards, sans limite de poids pour ces derniers jusqu’à fin mars, afin de préparer le Ramadan début avril.

Sur l’ensemble de l’année 2021, 63 000 broutards ont été exportés vers les pays tiers, en léger recul de -4% /2020 (et -13% /l’année record 2019), dont 41 000 broutards vers l’Algérie (-15% /2020 et -31% /2019) et 19 000 têtes vers Israël (x 2 /2020 et x 10 /2019).

Sur la période la plus récente, selon TRACES en semaines 1 à 6 de 2022, 115 000 bovins de tous âges et de toutes catégories ont été expédiés en Italie (-11% par rapport au très fort début d’année 2021, mais +5% /2020 pré-covid). Vers l’Espagne sur cette même période, l’activité a été ralentie, avec 61 000 têtes (-11% /2021 et -10% /2020).