Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 362 Juin 2024 Mise en ligne le 24/06/2024

Tandis que la conjoncture s’améliore doucement depuis mi-octobre au sein de l’Union européenne, les conditions en Océanie ne permettent pas d’apporter sur le marché mondial autant de viande ovine que les années précédentes, face à une demande internationale en produits carnés pourtant croissante.

ROYAUME-UNI : le cours de l’agneau britannique a progressé et rejoint son niveau de 2018

A partir de la semaine 41 (se terminant le 13 octobre), le cours de l’agneau britannique s’est envolé pour dépasser ses niveaux de 2017 et 2018 un mois plus tard, s’établissant à 4,38 €/kg en semaine 45. Deux facteurs principaux permettent d’expliquer cette hausse du cours de l’agneau au Royaume-Uni : un désengorgement récent du marché ainsi que l’appréciation, toute aussi récente, de la monnaie britannique.

Depuis le début de l’année, plus particulièrement en mars-avril, la filière ovine britannique essaie de profiter au maximum de l’accès au marché communautaire (à douane nul) en abattant et exportant de façon dynamique. Cette croissance de la production et des envois n’est pas sans conséquence sur le cheptel britannique, en forte baisse.

Parallèlement, alors que cette année les agneaux britanniques étaient abattus avec des poids de carcasse en moyenne plus élevés que l’année précédente, le poids moyen des carcasses a cessé de croître en septembre. L’incertitude entourant le Brexit, initialement programmé le 31 octobre, aurait probablement encouragé certains éleveurs à vendre plus tôt, et donc légèrement sous-finis, leurs agneaux.

Les importations britanniques de viande ovine sont quant à elles toujours ralenties, de -26% /2018 en août et de -17 % sur 8 mois. Le retrait de la viande ovine néozélandaise du marché britannique au profit du marché chinois (plus rentable) explique cette baisse.

La livre sterling s’est appréciée mi-octobre, suite à l’annonce d’un nouvel accord entre le gouvernement britannique et le Conseil européen. Même si le Parlement britannique ne l’a pas encore adopté, les investisseurs étrangers semblent rassurés. Malgré les nombreuses incertitudes sur l’issue du Brexit, la livre oscille entre 1,15 et 1,17 euro, une parité plus élevée que l’an passé à la même période.

Toutefois, le cours de l’agneau britannique étant étroitement corrélé à la parité de la livre sterling par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux, la situation n’est pas tout à fait stabilisée puisqu’il reste des étapes à franchir avant le 31 janvier 2020, dâte du nouveau report du Brexit. Les élections législatives anticipées du 12 décembre vont être décisives et pourront potentiellement de nouveau inquiéter (ou rassurer) les investisseurs étrangers, responsables du sort de la livre.

IRLANDE : le cours de l’agneau irlandais s’élève nettement début novembre

En Irlande, le cours de l’agneau, bien qu’avec un peu de retard par rapport aux cours britannique et français, a lui aussi enregistré une hausse conséquente, gagnant +0,20 €/kg les deux premières semaines de novembre. En semaine 45, à 4,72 €/kg,  il se situe 8 cts sous son niveau de 2018, mais a rejoint son niveau de 2017.

Les cours sont tout de même restés bas cette année, car impactés par la situation des deux principaux clients à l’export que sont la France et le Royaume-Uni (pour rappel, l’Irlande exporte près de 75% de sa  production nationale et réalise 60% de ses exportations totales vers deux destinations : le Royaume-Uni suivi de la France).

Les abattages d’agneaux en Irlande sont toujours ralentis en septembre et octobre, dans la tendance depuis le début de l’année (-6% d’agneaux abattus sur 10 mois, soit -117 000 têtes). Les abattages de réformes sont en chute libre, en baisse de 35% sur ces 10 mois (-145 000 têtes).

Malgré des abattages réduits, la forte hausse des importations de viande ovine (+28% soit +1 020 téc) sur 9 mois participe au dynamisme des envois irlandais (+4% soit +1 600 téc) sur la même période. Néanmoins, la hausse des envois ne s’est pas faite comme l’an passé. L’engouement de nombreux pays importateurs de viande ovine pour celle d’origine britannique, très attractive cette année (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas), a été défavorable aux envois irlandais vers ces mêmes pays. Dans le même temps, l’Irlande a surtout accru ses envois vers les Royaume-Uni, poussés par la peur d’un Brexit dur.

NOUVELLE-ZÉLANDE : Rebond des exportations en septembre

En Nouvelle-Zélande, la hausse de la production de viande ovine, entamée en août (+ 9% /2018), s’est prolongée en septembre (+10% /2018 ; soit + 2 300 téc). Cependant, la production cumulée sur 9 mois reste faible (-5% /2018), reflet de la décapitalisation en cours en Nouvelle-Zélande qui diminue de façon conséquente le disponible en viande ovine et fait ainsi grimper les prix, face à une demande internationale toujours très vive.

Après avoir baissé sur 8 mois, les exportations ont repris en septembre (+17 % /2018), tirées sans surprise par la Chine qui absorbe 50% des ventes de viande ovine néozélandaise depuis le début de l’année.

AUSTRALIE : la sécheresse fait flamber les prix

L’Australie est maintenant en proie depuis deux ans à une sécheresse décrite par ses habitants comme sans précédent, pourtant habitués à ces anhydries fréquentes au sein du continent le plus sec du monde. L’ampleur du phénomène est telle que l’Australie va devoir importer du blé, ce qui n’était pas arrivé depuis 10 ans… Certains producteurs d’ovins laine réforment faute de fourrages. La répétition de sécheresse depuis plusieurs années a fortement amputé le cheptel ovin australien, si bien que les abattages d’ovins (agneaux et réformes) sont en retrait par rapport au haut niveau de 2018 (-5 %  sur 9 mois), mais supérieurs de +3% /2017.

Face à une offre en recul et une demande très forte en viande ovine à l’international, le prix de la viande ovine australienne s’est apprécié de +17% entre les saisons 2017-18 et 2018-19.

Le cours de l’agneau australien devrait continuer de croître face. La production d’agneaux finis devrait encore reculer et ce d’autant plus si les conditions climatiques redeviennent plus favorables à un processus de reconstitution du cheptel national.