Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 338 Avril 2022 Mis en ligne le 20/04/2022

La baisse de l’offre laitière chez les principaux pays exportateurs est la première raison de la hausse des prix des produits laitiers. En effet, cela provoque mécaniquement une baisse des fabrications.

Aux Etats-Unis, les fabrications de beurre et de poudre de lait écrémé ont fortement chuté au mois de janvier dernier, respectivement de -7% et -9% /2021. La consommation intérieure aux Etats-Unis est toujours dynamique et malgré des exports en léger repli en janvier pour la poudre maigre (-5,5% /2021), les stocks de beurre et de poudre s’affichent en fort recul. En beurre, les stocks se réduisent d’un tiers par rapport à l’an dernier et n’affichent donc qu’une légère hausse saisonnière par rapport au mois de décembre. Il faut revenir à 2019 pour retrouver des stocks aussi bas en janvier. En poudre maigre, la hausse par rapport au mois de décembre est également très légère à +3,6%, mais les stocks se replient de -14% par rapport à l’an dernier à 118 500 t soit le plus bas depuis 2017 à pareille époque.

Les fabrications étasuniennes de fromages restent privilégiées : en janvier elles ont ainsi progressé de +2,8% /2021.

Cette préférence pour les fabrications de fromages reste aussi de mise de l’UE-27, comme en Allemagne par exemple (+2,8% en janvier 2022 /2021). La demande en crème est toujours ferme, ce qui justifie une progression des volumes conditionnés par rapport à l’an dernier. La progression des fabrications en poudres de lait entier est importante en % (13 000 tonnes fabriquées contre 10 000 t l’an passé), elle pourrait être liée à une demande à l’export toujours forte pour l’Allemagne.

En Nouvelle-Zélande, Fonterra ajuste à la baisse ses volumes mis en vente sur les échéances éloignées lors des enchères du Global Dairy Trade. Par ailleurs, les exportations produits laitiers sont en net repli au mois de janvier. La plus forte baisse affecte les poudres grasses (-20% en janvier /2021), pourtant produit phare de la Nouvelle-Zélande. Les ventes à la Chine ont littéralement chuté (-38% /2021, à 38 800 t en janvier) probablement à la suite de stockage réalisé en 2021, de même que celles aux Émirats Arabes Unis (-37%, à 7 700 t) et au Sri Lanka (-55%, à 4 400 t) certainement à la suite de la forte hausse des prix. Aussi, malgré une demande plus conséquente d’autres pays de l’Asie du Sud-Est, celle-ci ne compense pas la baisse des volumes achetés par trois premiers importateurs.

Dans ce contexte de contraction de l’offre, les prix des commodités laitières enregistrent de très fortes hausses. En Nouvelle-Zélande, certaines cotations sur la plateforme Global Dairy Trade ont dépassé des prix records comme celles du beurre ou du cheddar. Le prix des poudres garasses a dépassé le seuil de 5 000 €/t atteint fin 2013-début 2014, lorsque la Nouvelle-Zélande avait profité d’une très forte demande chinoise avant l’arrêt brutal de celle-ci en 2014.

Les cours moyen de la poudre de lait écrémé dans l’UE-27 s’affichent autour des 3 600 €/t en février, soit une hausse de +5% par rapport au mois dernier et de +50% d’une année sur l’autre. En France, le prix du beurre échangé sur le marché du spot s’est approché des 6 500 €/t début mars, soit là aussi une hausse de près de 50% par rapport à la même période de l’an dernier.

Quelles limites à la hausse ?

Certains acheteurs en industrie alimentaire non laitière craignent dorénavant les ruptures en approvisionnement pour l’année 2022 et cherchent à contractualiser sur de longues périodes. Face au risque de manque de lait, les vendeurs d’ingrédients laitiers y sont plus réticents, ce qui pourrait amener de nouvelles hausses de prix dans les jours/semaines à venir en Europe.

Toutefois, les prix sur le marché mondial sont déjà élevés et la demande internationale pourrait commencer à marquer le pas. D’ailleurs, lors de la dernière enchère sur la plateforme Global Dairy Trade, les prix des poudres grasses et du beurre se sont repliés. Le conflit russo-ukrainien, les difficultés logistiques mondiales et les coûts du fret élevés sont autant de frein aux échanges mondiaux.

La demande chinoise est moins forte que l’an passé en ce début d’année. D’une part, des stocks ont certainement été étoffés en 2021 et au vu de la très forte demande de l’an passé, un moindre appétit n’est pas encore de nature à inquiéter. En revanche, le Covid-19 repart en Chine et pousse les autorités à renforcer les mesures douanières sur les importations alimentaires. Ainsi, depuis le 1er janvier 2022, les aliments importés sont dépistés et désinfectés, augmentant les délais de déchargement, ce qui peut être problématique sur des produits frais. Certaines villes sont de nouveau confinées, ce qui risque de baisser la demande en produits laitiers (beurre, crème, fromages) qui sont surtout consommés en RHD. Enfin, certaines villes pourraient même décider de suspendre les importations de produits alimentaires étrangers pour éviter des contaminations au Covid-19.