Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

Les cotations des réformes ont entamé leur hausse saisonnière après plusieurs années atypiques. L’amplitude de ces hausses reste variable selon les pays.

ALLEMAGNE : progression timide des cours

En Allemagne, l’inflation poursuit son ralentissement. Selon l’Office fédéral de la statistique (Destatis), le taux d’inflation, mesuré par l’évolution de l’indice des prix à la consommation (IPC) en glissement annuel, s’est établi à +2,9% en janvier 2024 (après +3,7% en décembre 2023 et +3,2% en novembre 2023). Le ralentissement concerne également la progression des prix des produits alimentaires sur un an même si les prix de l’alimentation restent, avec l’énergie, le moteur de l’inflation. Les prix des produits alimentaires ont augmenté en janvier 2024 de +3,8% /2023 contre +4,6% /2022 en décembre 2023, +5,5% en novembre ou encore +6,1% octobre.

Si l’inflation a ralenti, les prix sont restés élevés et pèsent toujours sur les achats des ménages. Sur l’ensemble de 2023, les achats en volume par les ménages de viandes, saucisses et volaille ont été en léger retrait (-0,7% /2022). Mais la structure des achats a nettement évolué avec une descente en gamme liée à la baisse de pouvoir d’achat et à l’inflation qui a concerné tous les types de viande. D’après AMI, les viandes rouges piécées, plus chères à l’achat, ont été particulièrement affectées que l’on parle de viande bovine (-2,9% /2022 en volume) ou de porc (-6,6%). Les consommateurs ont préféré acheter de la volaille (+2,8%) ou des viandes hachées mélangées (+5%), moins chères malgré les hausses de prix.

L’entame de l’année 2024 a été marquée par de faibles changements après un rebond saisonnier des abattages de réformes plutôt limité à l’automne. Sur les semaines 3 à 6 de 2024, les abattages de vaches étaient un peu plus dynamiques mais toujours limités (+5% /2023 et 2022).

D’après AMI, cette offre légèrement plus dynamique rencontre une demande plus soutenue des abatteurs allemands pour la viande de réforme, plus consommée en cette période. La cotation de la vache O est ainsi orientée à la hausse depuis plusieurs semaines. En semaine 6, elle atteignait 3,76 €/kgéc (-9% /2023 et -10% /2022). C’est 24 cts € de plus depuis le début de l’année (+7%).

POLOGNE : frémissement des cours

En Pologne, à l’instar du reste de l’Europe, les cotations des réformes ont entamé une hausse saisonnière depuis le début de l’année, d’ampleur limitée cependant. Le cours de la vache O s’est très légèrement apprécié alors que la parité euro/zloty est restée relativement stable depuis le début de l’année après le renforcement du zloty au dernier trimestre 2023. En semaine 6, elle s’établissait à 3,95 €/kg de carcasse (-1% /2023, mais +3% /2022), en hausse de 9 cts depuis le début de l’année. Le cours des réformes polonaises était ainsi équivalent au cours hollandais et toujours supérieur au cours allemand (+3%).

Après quatre années consécutives de baisse, les effectifs polonais de vaches étaient en hausse à 2,20 millions de têtes en décembre 2023 (+1,5% /2022) d’après la dernière enquête cheptel. Cette hausse est liée à la progression des effectifs de mères laitières (+1,5% /2022 à 2,07 millions de têtes), ultra-majoritaires (94% des effectifs de mères). Le cheptel de vaches allaitantes est lui resté stable à 135 000 têtes.

IRLANDE : des niveaux d’abattages élevés

En Irlande, les abattages de réformes sont restés élevés en début d’année, comme depuis le début du mois de septembre dernier, permettant de répondre à une demande dynamique du marché. D’après l’indicateur hebdomadaire du ministère de l’Agriculture irlandais, les abattages de vaches ont progressé sur les semaines 4 à 7 (+13% /2023 et +21% /2022). C’était aussi le cas pour les autres catégories à l’exception des jeunes bovins, production minoritaire en Irlande.

Les cours des vaches sont restés plutôt fermes malgré le nombre élevé de vaches abattues ces dernières semaines. La demande en réformes est plus forte en début d’année, notamment pour fournir le secteur de la transformation. En semaine 6, la cotation de la vache O s’établissait à 4,16 €/kg de carcasse (-8% /2023 mais +14% /2022). Cela représente une hausse de 14 cts depuis le début de l’année. Dans le même temps, la cotation du bœuf R a enregistré une hausse équivalente (+13 cts €), à 5,18 €/kg (+1% /2023, +13% /2022).

Côté commerce extérieur, l’année 2023 aura confirmé le recentrage des exports irlandais sur les marchés de proximité, à commencer par le Royaume-Uni. En 2023, les exportations irlandaises de viande bovine réfrigérée et congelée ont été en léger retrait par rapport à une année 2022 record, à 484 000 téc (-4% /2022, mais +2% /2021). L’enseignement majeur reste le recul du « grand export ». Les envois vers les pays tiers autres que le Royaume-Uni ne représentaient plus que 32 500 téc (-17% /2022), soit moins de la moitié du record de 2020. Les Philippines restaient le premier destinataire parmi ces pays tiers avec 8 500 téc (-46% /2022), juste devant la Chine (8 000 téc, x3,5) dont le marché a été rouvert à la viande irlandaise en 2023, malgré une fermeture en novembre 2023 liée à la découverte d’un cas d’ESB atypique.

En 2024, l’offre en réformes pourrait être relativement limitée. D’après Teagasc, après un recul en 2023, la production irlandaise de viande bovine devrait à nouveau diminuer en 2024 (-4% /2023). Et d’après la dernière enquête cheptel, les effectifs irlandais de vaches était en retrait à 2,33 millions de têtes en décembre 2023 (-2% /2022). Si le cheptel de mères laitières était stable à 1,51 million de têtes, le cheptel de vaches allaitantes était en retrait, à 819 000 têtes (-5%) dans le sillage d’une politique irlandaise moins favorable à la production de viande depuis plusieurs années.

ROYAUME-UNI : abattages et cours en hausse

Au Royaume-Uni, si les abattages de jeunes animaux (Prime Cattle) sont relativement proches de la norme des années précédentes, le rythme des abattages de vaches de réforme s’est fortement accéléré depuis le début de l’année 2024. En cumul sur les 6 premières semaines de 2024, les abattages de réforment étaient nettement au-dessus du niveau des deux années précédentes (+15% /2023 et +18% /2022). L’incertitude sur les prix du lait à court terme a pu peser d’après AHDB. Ce rythme pourrait cependant diminuer avec de meilleures perspectives sur le marché du lait et une demande domestique potentiellement plus ferme. En attendant, les abattages de Prime Cattle se situaient à un niveau intermédiaire (-1% /2023 mais +5% /2022).

Malgré la hausse des disponibilités en réformes, les cotations ont poursuivi leur progression entamée en décembre dernier. Le cours de la vache O a augmenté de 21 pence (+6%) depuis le début de l’année pour atteindre 3,63 £/kg de carcasse en semaine 6 (-6% /2023 mais +20% /2022), soit 4,24 €/kg.

La tendance haussière, bien que moins marquée, concerne également le marché des animaux plus jeunes (Prime Cattle). En semaine 6, la cotation du bœuf R3 était en hausse depuis le début de l’année (+7 pence) à 5,03 £/kg (+5% /2023 et +22% /2022) soit 5,92 €/kg.

D’après AHDB, les perspectives de production britanniques pour l’année 2024 anticipent une nouvelle réduction des abattages de vaches en 2024 (-2% /2023 à 600 000 têtes) après la baisse de 2023 (-3% /2022 à 612 000 têtes). Dans le même temps, la progression des abattages de Prime Cattle serait limitée (+1% /2023 à 2,06 millions de têtes). La production britannique de viande bovine serait ainsi stable en 2024 à 892 000 tonnes. Les perspectives d’offres plus limitées en Irlande et dans l’UE et les projections positives pour la demande intérieure britannique pourraient soutenir les cours au Royaume-Uni.