Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 359 Mars 2024 Mise en ligne le 25/03/2024

Alors que les cours remontent en Italie grâce à un meilleur équilibre offre-demande, les prix patinent toujours en Pologne, Allemagne et Espagne. La baisse des températures devrait toutefois relancer la demande.

ITALIE : remontée saisonnière des cours

En Italie, les sorties de jeunes bovins restent très limitées alors que la demande se réactive après avoir été atone durant l’été. Les prix ont donc enclenché leur hausse saisonnière.

Sur la bourse de Modène, la cotation du mâle charolais fini extra a regagné +6 centimes en 2 semaines, à 3,47 €/kg vif le 11 septembre (+1% /2022 et +26% /2021) et celle du Charolais « prima qualità » +8 centimes à 3,38 €/kg vif (+1% /2022 et +27% /2021). Le mâle limousin, dont la cotation est beaucoup moins volatile, a regagné +2 centimes à 3,67 €/kg vif (+3% /2022 et +27% /2021). Les cotations des femelles restent stables, à 3,66 €/kg vif pour la Limousine (+3% /2022 et +26% /2021) et 3,38 €/kg pour la Charolaise (+1% /2022 et +23% /2021).

Les achats de viande bovine par les ménages étaient en légère baisse au 1er semestre d’après le panel Ismea-Nielsen (-2,4% /2022). Mais on assiste à une descente en gamme des achats, avec une baisse plus forte pour le segment démarqué de la génisse ou scottona (-7% /2022) que pour la viande de bovin adulte qui inclut le JB mâles (-1,6%). La baisse des achats sur le veau était quant à elle de -2,5%. Dans un contexte de pouvoir d’achat réduit, la demande pour la viande de génisse (qui représente 10% des achats de viande bovine, contre 57% pour le bovin adulte et 33% pour le veau) semble arriver à saturation.

L’inflation générale sur un an a poursuivi son lent repli pendant l’été selon Istat (à +5,5% en août contre +5,9% en juillet et 6,4% en juin). Les produits alimentaires restent toutefois particulièrement concernés par la hausse des prix (toujours +10,0% en août /2022). L’inflation sur 1 an restait modérée pour la viande bovine (+5,3%) au regard d’autres produits comme les fromages (+9,3%), les œufs (+10,4%) ou les pâtes et semoules (+8,2%). L’inflation sur un an pour les autres viandes a également ralenti (+6,9% sur la viande de porc et +5,2% sur la volaille dont le prix avait très fortement augmenté au printemps 2022).

POLOGNE : des prix sous pression malgré une production en recul

Les cotations des jeunes bovins polonais sont remontées cet été de façon continue jusqu’en semaine 35 avant de replonger en semaine 36 sous le poids du taux de change, à 4,54 €/kg de carcasse pour le JB R (-5% /2022 et +21% /2021) et 4,41 €/kg pour le JB O (-5% /2022 et +21% /2021).

La production de viande bovine en Pologne sur le 1er semestre a totalisé 265 000 téc, un niveau inférieur de -4% à celui des 3 années précédentes. Les abattages de taurillons étaient en retrait à 154 000 téc (-1% /2022 et -6% /2021), de même que ceux de génisses à 42 000 téc (-6% /2022 et -1%/2021). Ceux de vaches sont retombés à 67 000 téc (-10% /2022 et -3% /2021). Après plusieurs années de croissance, la production polonaise plafonne, faute de veaux à engraisser.

ALLEMAGNE : demande très calme

En Allemagne, le marché du jeune bovin semble moins atone qu’au cœur de l’été, mais les prix ont encore du mal à remonter en raison de sorties légèrement plus importantes que les besoins des abatteurs. Toutefois, les experts d’AMI misent sur la baisse des températures actuelle pour réactiver la demande.

Les cotations des JB se situaient en semaine 36 à un niveau intermédiaire entre ceux de 2021 et 2022 (-7% /2022 et +14% /2021). Le JB U cotait 4,74 €/kg de carcasse, le JB R 4,66 €/kg et le JB O 4,42 €/kg éc.

Les abattages de jeunes bovins ont été légèrement plus élevés que l’an dernier ces dernières semaines (+3% /2022 sur les semaines 33 à 36). En cumul depuis le début de l’année, ils sont toutefois à leur niveau de 2022 et très inférieurs au niveau de 2021 (-7%).

Les prévisions d’AMI publiées début septembre annoncent une production totale de viande bovine en légère hausse sur l’ensemble de l’année en 2023 (+1,6% /2022), mais une consommation en baisse de plus de 5%. Pour équilibrer l’équation, les importations affichent une forte baisse (-12%) et les exportations une hausse (+3%). Le bilan se dégraderait encore en 2024 : -4% pour la consommation face à une production quasi stable, bridant les importations (-3% /2023) et augmentant le disponible exportable (+7%).

L’économie allemande, basée sur une industrie très gourmande en énergie, ne va pas bien. Dans ses prévisions de l’été, la Commission européenne annonce une récession en Allemagne pour l’année 2023 (-0,4% de PIB /2022). La perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation a par ailleurs fortement affecté la consommation allemande. Et la viande bovine a été particulièrement touchée sur ce marché très sensible au prix. Sur les sept premiers mois de l’année, les achats des ménages de viande bovine piécée ont chuté de -6,2% /2022 d’après le panel GFK, alors que les produits meilleur marché se maintenaient mieux (-0,3% pour les saucisses, et même +3,2% pour la viande hachée mélangée porc/bœuf).

ESPAGNE : l’afflux massif de touristes compense la demande nationale atone

En Espagne, les très fortes chaleurs et la baisse du pouvoir d’achat ont réduit la demande. Le nombre record de touristes, notamment sur la côte et dans les îles, a toutefois permis de maintenir un peu de consommation.

Sur les marchés export, la viande espagnole est concurrencée par les origines Pologne et Allemagne, meilleur marché, ce qui a conduit à une forte pression sur les prix durant l’été. Avec le retour de températures favorables, des bateaux sont à nouveau prévus pour l’export en vif vers l’Afrique du Nord ce qui devrait redonner un peu d’air au marché, mais la problématique sanitaire pourrait venir entacher ces espoirs. La fièvre hémorragique du cerf ne pénalise pas pour le moment les envois en vif, mais la situation pourrait évoluer.

Les prix des JB sont restés orientés à la baisse durant l’été : ils sont retombés à leur niveau de 2022 et ont du mal à se redresser. La cotation du JB U a perdu 30 centimes en 2 mois pour tomber à 5,04 €/kg de carcasse en semaine 36 (+1% /2022 et +32% /2021). La cotation du JB R a perdu 20 centimes dans le même temps, à 5,04 €/kg (+3% /2022 et +33% /2021).

Après plusieurs années de hausse, la production espagnole marque le pas. Sur le 1er semestre, les abattages de jeunes bovins mâles et femelles sont retombés à 281 000 téc (-6% /2022 et -2% /2021), dont 130 000 téc issues de mâles de 1 à 2 ans (-4% / 2022 ; +3% /2021), 90 000 téc de bovins de 8-12 mois (-10% /2022 et -9% /2021) et 61 000 téc de génisses (-4% /2022 et = /2021).