Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

Durant l’été, entre les semaines 26 et 36, les cotations ATLA du beurre et de la poudre maigre ont enregistré d’importantes baisses de respectivement -520 €/t à 4 260 €/t et -210 €/t à 2 240 €/t. Toutefois, elles pourraient se stabiliser cet automne.

Les fondamentaux, tant l’offre que la demande, semblent équilibrés sur ces deux produits. Les exports européens sont dynamiques. Aussi, à moins d’un fort retrait des acheteurs sur le marché intérieur, la tendance pourrait rester neutre à haussière pour la fin d’année.

La poudre maigre est concurrencée par la poudre grasse néozélandaise

Dans l’UE-27, la situation est équilibrée. Au 1er semestre 2023, les fabrications de poudre maigre sont ressorties en légère baisse dans l’UE (-0,6% /2022) à 689 000 t. En revanche, dans le même temps, les exportations ont bondi de +25% à 427 000 t, retrouvant des niveaux similaires à 2021. Aussi, l’utilisation apparente présentée dans le graphique ci-dessous qui représente la consommation et les stocks, était en net repli par rapport à 2022. Au 1er semestre 2022, les transformateurs ont probablement constitué des stocks car rien ne justifiait une forte hausse de la consommation intérieure. Ces stocks ont pu être une raison de la baisse des cours de la poudre maigre au cours de l’année dernière.

Aux États-Unis, les fabrications ont également légèrement baissé de -17 000 t à 709 000 t sur la période janvier-juillet /2022, tandis que les exports n’ont baissé que de -5 000 t à 490 000 t. En revanche, ils ont continué de progresser vers le Mexique (+36% à 252 500 t) où la demande est toujours forte.

En Nouvelle-Zélande également, les exports étaient en hausse sur les sept premiers mois de l’année de +36,% /2022, à 277 000 t /2022.

En conséquence, il n’y a pas de surplus d’offre qui a pesé sur les cours de la poudre maigre cet été.

Du côté de la demande internationale, les importations des dix principaux pays (voir graphique ci-dessous), a été globalement stable au 1er semestre /2022, avec toutefois des évolutions disparates entre les zones. L’Asie du Sud-Est est moins présente aux achats avec des baisses notables en Indonésie et Philippines. Toutefois, la demande chinoise en poudre maigre se maintient pour le moment.

A l’inverse, le Mexique et l’Algérie sont massivement retournés sur le marché mondial.

La demande internationale semblait donc équilibrée elle aussi. Toutefois, l’absence de l’Asie du Sud -Est a été particulièrement remarquée durant les enchères du Global Dairy Trade (GDT) en Nouvelle-Zélande ce qui a pesé sur les cours (-350 €/t durant l’été à 2 100 €/t lors de la dernière enchère) tandis que l’Algérie et le Mexique n’achètent pas par ce canal. Le décalage entre la publication des deux informations peut avoir joué.

D’autre part, la poudre maigre est concurrencée par les poudres grasses. En effet, il est probable qu’il reste des stocks en Nouvelle-Zélande car Fonterra a ajouté régulièrement des volumes sur le GDT ces dernières semaines. Les cours des poudres grasses ont d’ailleurs fortement baissé, de -572 €/t en deux mois, à 2 500 €/t fin août. La Chine est toujours moins présente aux achats, après avoir réduit de janvier à juillet ses importations de -40% /2022, à 322 000 t.

Néanmoins, cette chute des prix des poudres grasses a été stoppée lors de la dernière enchère du GDT début septembre. Les opérateurs suivront celle du 19 septembre avec attention pour voir si cette inflexion est durable. Les niveaux de prix ont pu inciter certains pays à revenir aux achats. Par ailleurs, la Nouvelle-Zélande a vendu d’importants volumes à l’Algérie probablement à des prix bas. Les exportations vers ce pays ont doublé en un an, à 110 000 t sur janvier-juillet 2023.

Les surplus de production de poudres grasses en Amérique du Sud ont été absorbés par le Brésil dont les importations ont plus que triplé en un an, à 110 000 t sur janvier-août 2023.

Des fondamentaux plus contrastés en beurre 

Du côté de l’offre, les fabrications européennes de beurre ont progressé au 1er semestre de +1,7% /2022, à 1Mt, tout comme les exportations de +8% à 146 000 t. En Nouvelle-Zélande, les fabrications auraient aussi progressé et permis une hausse des exports sur les sept premiers mois de 2023 de +9,3% /2022 à 294 000 t.

La demande internationale de beurre semble marquer le pas au regard de l’évolution des achats des quinze principaux pays importateurs qui ont au total légèrement reculé au 1er semestre de -5% /2022, à 320 000 t. L’Indonésie et l’Égypte enregistrent les reculs les plus importants, respectivement -44% et -71%. En revanche, la demande de l’Australie, du Moyen Orient et de l’Amérique du Nord était conséquente et semblait toujours forte lors du dernier GTD.

En revanche, dans l’UE-27, la demande intérieure semble faible. Un pic de demande a été observé au moment de la rentrée, lors du réapprovisionnement de la restauration scolaires et d’entreprise, mais il a été de courte durée. Depuis, les acheteurs semblent attentistes dans ce contexte d’inflation et prudents à l’approche de la réouverture des négociations commerciales avec la grande distribution. A l’inverse, les prix de la crème sont élevés et ne justifient pas de fabriquer du beurre aux prix en cours.

Dans ce contexte, il est plus difficile de prévoir l’évolution des prix de la matière grasse d’ici la fin de l’année. En cas de forte production laitière en Nouvelle-Zélande, l’offre pourrait être trop abondante sans forte présence de l’Asie du Sud Est aux achats. D’un autre côté, le dernier trimestre de l’année est en général un moment de forte consommation de matière grasse avec les fêtes de fin d’année et de Thankgiving aux Etats-Unis. Il sera important de suivre l’impact de l’inflation sur la consommation à cette période.