Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 362 Juin 2024 Mise en ligne le 24/06/2024

La production réajustée à la baisse cet automne conduit à des records de prix des veaux gras en France. Mais ces prix élevés n’effacent pas les inquiétudes des intégrateurs et des éleveurs face à la flambée des aliments lactés, des céréales et du gaz.

Les cours ont poursuivi leur hausse

Le cours du veau rosé clair O élevé en atelier a poursuivi sa forte hausse (+6 cts/semaine sur les quatre dernières semaines) pour atteindre 6,23 €/kg éc en semaine 44, soit +9% /2020 (+51 cts) et +11% /2019 (+63 cts), un cours inégalé depuis 2013 (alors déjà en pleine flambée des coûts) en cette période de l’année.

La cotation du veau R rosé clair élevé en atelier a également augmenté, mais à un rythme moindre : +15 cts en 4 semaines. Elle se situait en semaine 44 à 6,71 €/kg éc, soit +7% /2020 (+42 cts) et +11% /2019 (+64 cts).

Les matières premières augmentent encore, gaz y compris

Le cours du lactosérum doux s’est stabilisé ce mois-ci à un niveau élevé : 990 €/t en semaine 43, soit +46% /2020.

Le prix de la poudre de lait maigre a quant à lui progressé en octobre. En s43, il atteignait 2 950 €/t  (+35% /2020) et pourrait augmenter encore. La collecte laitière étant au mieux stable en Europe, les industriels transforment en priorité pour les produits à forte valeur ajoutée (ultra frais, fromages, etc) au détriment de la poudre de lait écrémé.

Les cours mondiaux élevés des céréales (voir Focus de Tendances de ce mois) font encore progresser l’IPAMPA des autres aliments pour veaux (partie fibreuse de l’alimentation). L’indice de septembre 2021 était de 113,6 points soit +12 pts /2020 et +13 pts /2019, pour un indice qui variait bien moins fort par le passé.

Enfin, le prix européen du gaz s’est envolé depuis avril en raison de l’offre contrainte en Russie puis de la forte demande chinoise à l’approche de l’hiver. En octobre il était à 0,106 US$/ kWh : c’est 6,3 fois plus qu’il y a un an ! Ceci va impacter les engraisseurs de veaux de boucherie chauffant l’eau au gaz et ayant  des contrats d’approvisionnement à échéance.

Les abattages se maintiennent en septembre

Selon SPIE et Normabev, 100 000 veaux gras ont été abattus en septembre 2021, soit -2,8% /2020 (-2 800 têtes) et -3,9% /2019. Ce recul des abattages est dû au décrochage des importations pour abattage de veaux finis (- 2 500 têtes soit -45%), tandis que la production de veaux engraissés en France s’est maintenue.

En septembre, 15 000 téc ont été produits : -1,9% /2020 (-300 téc) et -1,7% /2019. Pour mettre en avant le produit, la viande de veau a été fournisseur officiel de l’Omnivore Food Festival, dédié aux restaurateurs qui s’est tenu du 11 au 13 septembre 2021.

En cumul de janvier à septembre, 890 000 veaux ont été abattus, un effectif équivalent à 2020 (-0,2%), mais en recul de -4,4% /2019, pour un volume de 132 000 téc (= /2020 et -3,5 % /2019).

Des poids et âges moyens en hausse en septembre

En  septembre 2021, le poids carcasse a dépassé son niveau de 2020 à 150,4 kg, soit +1,3 kg /2020 et +3,3 kg /2019. Cette hausse du poids moyen à l’abattage est concomitante avec la chute des abattages de veaux gras importés. En effet, sur les 5 400 veaux gras importés il y a un an pour abattage en septembre 2020, 1 400 pesaient moins de 160 kg.

L’âge à l’abattage en septembre était de 190,3 jours, toujours en retrait par rapport à 2020 (-2 jours), mais en hausse par rapport à 2019 (+2 jours).

Prix records aux Pays-Bas et en Italie

Alors qu’en semaine 40, le prix du veau gras pie-noir néerlandais battait son record de 2013, De Kalverhouder annonçait en semaine 44 une nouvelle hausse de +20 cts en 4 semaines, à 5,42 €/kg ec. Soit +28% /2020 et +13% /2019.

Selon Eurostat au mois d’août 2021, les Pays-Bas ont produit 18 100 téc, soit –3,8% /2020 mais +4,1% /2019. En cumulé sur janvier-août, les abattages néerlandais ont totalisé 143 500 téc, un volume quasi stable par rapport à 2020 (-0,3%), mais en net recul comparé à 2019 (-5,7%) année de surproduction.

A Modène en Italie, en s44, le veau gras pie-noir cotait à 6,35 €/kg éc, un niveau inégalé depuis plus de 10 ans (+31% /2020 et +9% /2019). Selon Anagrafe Zootecnica, les abattages d’août étaient dynamiques, comme en France le même mois, à 51 500 têtes (+1,6 % /2020 et +1,5% /2019). De janvier à août 2021, 396 000 veaux de boucherie ont été abattus en Italie (+0,2 % /2020 et -2,9 % /2019).

Les prix pourraient rester élevés dans les prochaines semaines

En France, avec des mises en places restreintes depuis plusieurs mois et l’approche des fêtes de fin d’année, toutes choses égales par ailleurs, les prix du veau gras pourraient rester soutenus, d’autant que la production néerlandaise serait limitée.

Aux Pays-Bas, l’offre en veaux gras devrait rester inférieure à la demande d’après les opérateurs néerlandais, ce qui pourrait contribuer à soutenir les prix jusqu’en fin d’année, si la RHD n’est pas trop impactée par la reprise du Covid-19 en Europe. En effet, aux Pays-Bas les bars et restaurants ferment désormais à partir de 20h et en Slovaquie ils sont porte close. Dans la région allemande de Saxe, les restaurants ne seront plus accessibles aux personnes simplement testées négatives au Covid-19, mais seulement aux vaccinés et guéris après avoir été infectés, tandis qu’en Autriche les personnes non vaccinées sont confinées depuis le 15 novembre.