Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 359 Mars 2024 Mise en ligne le 25/03/2024

A l’approche des fêtes de fin d’année, la baisse de la production et des importations européennes s’accentue. Cela permet notamment à l’Irlande de continuer de tirer son épingle du jeu mais pourrait être dangereux pour la filière sur le long terme. En Océanie, malgré une production au mieux stable d’une année sur l’autre, les exportations néozélandaises atteignent des niveaux corrects en novembre. En Australie en revanche, la situation perdure : la recapitalisation du cheptel contraint fortement les envois.

Royaume-Uni : la Covid-19 affecte les échanges extérieurs

Après une baisse en octobre, la production de viande ovine britannique a de nouveau chuté en novembre (-9% /2019). Les abattages d’agneaux ont diminué de -6% et ceux des réformes ont chuté de -20%, ce qui porte le cumul sur 11 mois à 263 000 téc, soit -9% /2019 (-17 000 téc).

Malgré des abattages britanniques repartis à la hausse fin décembre (+6% en semaine 51), les difficultés d’exportations vers la France ont temporairement réduit la production et les transactions commerciales sur les marchés au Royaume-Uni, ce qui a pu peser sur la cotation. En effet, en plus du 2ème confinement des Français (fin octobre à mi-décembre), la France a suspendu du 21 au 23 décembre les entrées de marchandises en provenance du Royaume-Uni, où une nouvelle souche de Covid-19 a été détectée.

Les exportations britanniques de viande ovine ont de nouveau chuté en octobre, de -17% /2019, notamment vers la France (-16%) et l’Allemagne (-8%). Les envois vers l’Irlande ont fortement augmenté, de +24%. Sur 10 mois, le volume des envois était inférieur de -9% à celui de l’an dernier.

Après la baisse du cheptel anglais (enquêtes de juin 2020), c’est le cheptel ovin gallois qui est  fortement réduit : -6% / 2019, à 9 millions de têtes. Cela conforte la présomption de baisse globale du cheptel britannique cette année.

En net retrait depuis le début de l’année, les importations de viande ovine ont bondi en septembre et octobre (+9% /2019) : surtout en provenance de Nouvelle-Zélande (+42%). En cumul sur 10 mois, elles ont baissé de -6% sur 10 mois /2019 : la chute des envois irlandais vers le Royaume-Uni en est majoritairement responsable (crainte d’un No Deal : diversification des débouchés irlandais).

Irlande : les prix finissent bien l’année

La cotation irlandaise a continué de croître fortement en fin d’année 2020, toujours tirée d’une part par le cours de l’agneau français et, d’autre part, par une offre intérieure inférieure à la demande. Elle s’établissait à 5,43 €/kg en semaine 52, soit 1,01 €/kg de plus qu’en 2019 la même semaine.

Les approvisionnements sont toujours limités. En novembre et en décembre, la baisse des abattages d’ovins s’est accentuée, de -13% /2019. Sur 12 mois, la production irlandaise gagnait +2% /2019, et reculait de -5% /2018 (2019 : blocages d’usines donc production assez basse). Au final, la production abattue a tout de même été freinée par la pandémie de Covid-19 cette année, altérant la demande sur ses principaux marchés à l’export.

Sur 10 mois, l’Irlande enregistre une progression de ses exportations de +4% /2019 en volume. Toutefois, celles-ci ont fléchi en octobre, de -5% /2019, notamment vers le Royaume-Uni (-21%) et la France (-12%), conséquence des baisses de production le même mois (-4% /2019). En novembre, les envois sont probablement demeurés ralentis avec une production abattue réduite de -13% /2019.

Australie : les tensions avec la Chine contraignent les exportations

Après avoir baissé de -7% entre 2018 et 2019, les sorties d’ovins australiens ont lourdement chuté en 2020, de -16% /2020, en lien direct avec la recapitalisation du cheptel. Malgré une demande extérieure forte, l’Australie est donc toujours limitée par sa production temporairement restreinte. Selon l’enquête d’octobre 2020 (MLA et AWI Wool and Sheepmeat Survey), 42% des éleveurs de moutons cherchent à étoffer leur troupeau d’ovins dans les douze prochains mois.

En novembre, les envois australiens étaient toujours ralentis : de -17% /2019, notamment de -33% vers la Chine et -6% vers les USA, les deux principales destinations.

En juillet, Australian Lamb Co. et JBS Brooklyn ont volontairement suspendu leurs envois vers la Chine après qu’elles aient dû fermer pour cause de cas de Covid-19. Fin 2020, le gouvernement australien n’avait toujours pas obtenu l’approbation chinoise pour que les entreprises reprennent leurs expéditions… Les tensions commerciales actuelles entre la Chine et l’Australie expliquent probablement ce statut quo des autorités chinoises.

Nouvelle-Zélande : reprise des exportations vers la Chine

En Nouvelle-Zélande, les abattages d’agneaux étaient en hausse de +2% d’une année sur l’autre en novembre. Ceux des réformes ont aussi augmenté, de +13% /2019. Avec des poids de carcasse en très léger recul d’une année sur l’autre pour les agneaux destinés à l’export (-1%), la production de viande ovine a progressé de +3% le même mois, à 36 600 téc.

De janvier à novembre, les abattages d’agneaux ont progressé de +1% d’une année sur l’autre et ceux des réformes de +12%. Avec la sécheresse, apparue précocement début 2020, les poids de carcasse ont baissé et le nombre de reproductrices vendues a été plus élevé : sur onze mois la production cumulée de viande ovine néozélandaise s’établissait alors à 405 200 téc, soit +1% /2019.

Avec des réformes plus nombreuses, le cheptel ovin néozélandais continue son inexorable érosion. Selon l’enquête de juin 2020, le cheptel national comptait  26,2 millions d’ovins, soit une baisse de -2% d’une année sur l’autre (chiffres provisoires de l’enquête sur la production agricole néozélandaise de 2020).

Les envois de viande ovine néozélandaise se sont redressés en novembre : +6% /2019. Cumulés sur 11 mois, ils sont stables d’une année sur l’autre, à 398 000 téc. Après 3 mois consécutifs en baisse, les envois vers la Chine ont rebondi de +8% /2019. Vers l’UE, ils ont en revanche baissé de -14% vers l’UE-27 + Royaume-Uni.

A l’avenir, les exportations néozélandaises devraient être impactées à la fois par le recul du cheptel ovin et par les baisses de poids de carcasses, deux évolutions en partie due aux sécheresses.