Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

Le confinement généralisé de la population en Europe a bouleversé les habitudes de consommation (notamment à Pâques, qui représente 60% de la consommation de chevreau dans l’année), et la demande n’a pas été au rendez-vous. Les abattages de chevreaux se sont contractés au premier semestre 2020 et leur prix est resté au plancher.

Repli des abattages de chevreaux

Cumulés depuis janvier, les abattages de chevreaux ont baissé de -4% /2019 en juillet, à près de 403 800 têtes. Les effectifs abattus ont progressé en mars (+10%, à 135 000 têtes) et ont chuté en avril (-19%, à 139 000 têtes). La date précoce de Pâques a en effet incité les engraisseurs à avancer les sorties, pour commercialiser les chevreaux les deux semaines précédant la période pascale, au moment attendu du pic de consommation. Les abattages se sont ainsi étalés en mars et début avril, mais ont baissé après Pâques. L’avancée des sorties a induit un allègement du poids moyen des carcasses de -1,5% /2019, à 5,8 kg. Au final, la production de viande caprine en cumul sur 7 mois s’est contractée de -6% /2019, à 2 330 téc.

Malgré l’épisode de crise sanitaire et l’annulation de commandes à l’export, les opérateurs français de la filière de viande caprine s’étaient engagés à poursuivre la collecte et l’abattage des chevreaux engraissés jusqu’à Pâques. La baisse de la production de viande de chevreau est la conséquence directe de la contraction des poids moyens, tandis que la réduction des effectifs abattus découle de la baisse du cheptel en 2020 (-2%) et du développement des lactations longues qui réduit les naissances de chevreaux.

Le cours du chevreau privé de hausse saisonnière

Le confinement des Français pendant huit semaines a fortement affecté la consommation de viande de chevreau à Pâques. Les abatteurs et les distributeurs ont limité les approvisionnements des étals faute de visibilité sur le comportement des consommateurs. Résultat : le cours du chevreau engraissé n’a pas enregistré de hausse saisonnière à Pâques, faute de demande suffisante.

Ainsi, en pleine campagne pascale, le cours s’établissait à 2,70 €/kg, soit 20% de moins qu’en 2019 (3,40 €/kg). La cotation a cédé 10 centimes aussitôt après Pâques, à 2,60 €/kg, un prix qui se maintient depuis. Les stocks qui se sont constitués, estimés à 500 téc de viande congelée, pèseront sûrement sur les cotations du reste de l’année 2020. La hausse saisonnière s’annonce modeste.

Effondrement des exportations vers l’Italie et le Portugal

Les envois français de viande caprine se sont aussi effondrés dès la mise en place des mesures de confinement : de -28% /2019 en mars, à 380 téc, et -48% en avril, à 345 téc. Ils ont été toutefois presque rétablis en juin, dès la levée des restrictions de circulation, avec 170 téc exportés, soit –5% seulement. En cumul sur le 1er semestre, les exportations de viande caprine ont chuté de -30% /2019, à 1 200 téc. La baisse des envois de 520 téc correspond exactement aux surstocks annoncés par la filière. Cette baisse concerne autant la viande fraîche que la viande congelée, dont les exportations ont reculé de -30%, à 672 téc pour la première (soit -300 téc), et 530 téc pour la seconde (-225 téc). Ces envois ont reculé d’autant en valeur à 8,6 million d’euros.

Les mesures de confinement, généralisées en France mais aussi au Portugal et en Italie quelques semaines avant les fêtes pascales, ont provoqué un effondrement des commandes de viande de chevreau par les distributeurs. Ceux-ci tablaient sur une réduction des achats par les ménages qui ne pouvaient pas fêter normalement en famille cette fête religieuse. Dans ce contexte, l’Italie aurait importé 320 téc de viande française selon nos estimations, soit -38% /2019, et -14% de viande caprine toutes origines confondues, avec 630 téc. En effet, la viande fraîche grecque aurait gagné des parts sur le marché italien, alors que la France se tourne davantage vers le Portugal depuis quelques années. Ce dernier a également réduit de -20% /2019 ses importations de viande caprine française, à 670 téc, et de -10% /2019, toutes origines confondues, à 870 téc.