Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 344 Novembre 2022 Mise en ligne le 22/11/2022

En France, le déphasage entre offre et demande continue de croître sur le marché du lait bio, ce qui se traduit par des déclassements croissants de lait bio en conventionnel. Les importants volumes encore en conversion risquent encore de gonfler les excédents dans les prochains mois. Les cours soutenus des produits laitiers standards permettent toutefois de limiter les coûts liés au déclassement. La situation est meilleure dans les autres pays producteurs européens de lait bio, où les prix progressent nettement.

L’offre de lait bio va continuer de croître

En 2021, la collecte de lait bio devrait atteindre 1,24 milliard de litres, soit 12% de plus qu’en 2020. Fin 2022, d’après le CNIEL, l’arrivée de nouveaux producteurs devrait la hisser à 1,35 milliard. Le marché n’absorbe plus cette croissance. Le déclassement du lait bio est estimé à 30% en 2021, contre environ 20% l’an dernier.

En septembre, la collecte de lait biologique s’est établie à 92,15 ML, soit +11% /2020 avec « seulement » +5% de livreurs. Les nouveaux livreurs convertis au bio ont en effet une production moyenne plus importante (autour des 450 000 l annuels par ferme selon le CNIEL, contre environ 290 000 l par ferme en moyenne sur 2020).

Mais la demande marque un coût d’arrêt

Depuis le début de l’année 2021, la consommation de produits laitiers bio ralentit nettement dans toutes les familles de produits. Cette tendance était déjà à l’œuvre dans celle des ultra-frais dès fin 2019.

Cette baisse relative est à mettre en perspective au regard du contexte particulier de l’année 2020, et pourrait être considérée comme anodine, si elle ne s’accompagnait pas d’un recul de la part de marché bio. Depuis l’année dernière, les produits laitiers bio ont davantage reculé que les produits conventionnels sur toutes les gammes.

Certaines catégories de produits laitiers bio se situent même en dessous de leur niveau de 2019 selon IRI. C’est le cas des ultra-frais, dont les ventes ont reculé depuis deux ans, et du beurre bio, dont la part de marché a fortement diminué.

Plus qu’en conventionnel, la demande de produits laitiers bio repose essentiellement sur les achats des ménages français, les autres débouchés (RHD, IAA et export) étant relativement faibles. Selon les opérateurs, Il existe à court terme peu de perspectives de développement de ces débouchés. La situation est aggravée par la baisse des importations chinoises de laits infantiles en poudre en 2021.

Une baisse des prix limitée pour le moment

La baisse du prix de base (32-38) payé aux éleveurs est pour le moment relativement limitée en moyenne depuis le début de l’année (-3 € /1000 l), mais s’est accentuée sur les derniers mois (-13 € en septembre). La baisse du prix payé aux livreurs est moins marquée en raison notamment d’une amélioration de la composition du lait depuis le début de l’année. Cette baisse des prix pourrait s’accentuer dans les prochains mois.

Il existe de fortes disparités entre les prix payés par les différents opérateurs. Certains acteurs continuent en effet de payer des prix supérieurs à ceux de l’an dernier. Cette capacité à maintenir les prix dépend de deux facteurs : de la part du bio dans la collecte (les opérateurs spécialisés dans le bio sont davantage vulnérables) et du rythme de conversions dans les derniers mois.

La hausse des cours des produits laitiers standards limite le coût du déclassement

Le déclassement des produits bio en conventionnel est moins coûteux pour les opérateurs, car les cours des produits laitiers standards se portent bien. La gravité de la situation dépendra donc non seulement de la dynamique de la demande de lait bio, qui déterminera l’importance des excédents, mais aussi de l’évolution des cours des produits laitiers, qui déterminera le coût réel de ce déclassement pour les comptes des opérateurs.

En Europe, des marchés plus équilibrés

Les turbulences sur le marché du lait biologique semblent se restreindre à la France. Dans les autres principaux pays producteurs européens, le marché est plus équilibré. La croissance de la production de lait bio est plus modérée : +1% en Autriche, +3% en Allemagne et +4% au Danemark sur douze mois glissants.

En septembre, les prix du lait bio étaient supérieurs à leur niveau de l’an dernier en Autriche (+6% /2020, prix réel à 478€ /t), en Suède (+10%, 464€ /t) et aux Pays-Bas (+7%). En Allemagne, le prix s’approchait des 500 €, atteignant des niveaux records (+6% /2020, prix réel à 499€/t).

Aux Pays-Bas, la demande de produits laitiers bio est dynamique. En Allemagne, malgré un ralentissement depuis ce printemps, la consommation de lait conditionné reste sensiblement supérieure à son niveau de 2019. Le lait liquide bio continue de gagner des parts de marchés. Il subit toutefois la concurrence de plus en plus féroce des jus végétaux qui cannibalisent une partie de la consommation de lait de vache, et qui se développent bien plus rapidement qu’en France (où ils restent marginaux).