Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

Le commerce extérieur français de viande bovine est en retrait depuis le début de l’année. La consommation apparente de viande bovine a résisté dans un contexte marqué par l’inflation. Depuis la fin de la pandémie de covid-19, le secteur de la restauration est particulièrement dynamique.

Un commerce extérieur en retrait

Le commerce extérieur français de viande bovine était en retrait sur le premier semestre 2023. Mais l’ampleur des baisses restait très différente suivant les flux :

  • Les importations françaises de viande bovine étaient en léger repli, à moins de 183 000 téc (-1% /2022, +25% /2021). Les imports de viande bovine réfrigérée et congelée étaient notamment en hausse depuis la plupart des fournisseurs, à l’exception notamment de la Pologne (-9% /2022 à 15 500 téc) et du Royaume-Uni (-15% à 21 000 téc).
  • Les exportations étaient en retrait bien plus marqué alors que les disponibilités françaises restaient limitées. Sur le semestre, les envois de viande bovine réfrigérée et congelée ont seulement atteint 108 000 téc (-14% /2022, -6% /2021). Quasiment toutes les destinations étaient concernées par la baisse.

Attention toutefois, la progression des échanges est affectée par des flux avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas depuis la mise en œuvre du Brexit. Des opérateurs néerlandais font dédouaner des viandes britanniques en France avant réexportation vers les Pays-Bas (cf. infra).

La consommation apparente a résisté depuis le début de 2023

En juin 2023, la consommation calculée par bilan de viande bovine (gros bovins et veau) a approché les 124 000 téc, en léger retrait par rapport aux années précédentes (-1% /2022 et -2% /2021). En cumul sur le premier semestre 2023, elle a atteint 740 000 téc, proche du niveau de 2022 (-1% /2022 et -2% /2021).

Sur les 6 premiers mois de 2023, la part des importations de viande bovine (sans correction des effets du Brexit) au sein du disponible consommable en France étaient sensiblement la même qu’un an auparavant : elle atteignait officiellement 24,9% en 2023 contre 25,1% en 2022.

Attention toutefois, les effets des éventuelles variations de stocks, importantes à certaines périodes, ne sont pas intégrés dans cette estimation et la lecture mensuelle ne doit pas être sur-interprétée. Et la part d’import est surestimée par les effets du Brexit.

Les niveaux d’importation de viande bovine en France sont cependant surestimés depuis l’entrée en vigueur du Brexit. En effet, depuis 2021, afin de faciliter leurs procédures, plusieurs opérateurs britanniques font dédouaner leurs viandes en France avant réexportation vers les Pays-Bas. Ces flux transitoires perturbent la lecture du commerce extérieur français de viande bovine, aussi bien à l’import (hausse des flux depuis le Royaume-Uni) qu’à l’export (hausse des envois à destination des Pays-Bas). En corrigeant ces importations des estimations de flux liés au dédouanement de produits britanniques destinés à la réexportation vers les Pays-Bas depuis le Brexit, la part d’import dans le disponible consommable sur le premier semestre 2023 atteindrait plutôt 22,9% en 2023 et 23,1% en 2022.

Le chiffre d’affaires de la restauration boostée par le dynamisme du secteur et par l’inflation

D’après l’INSEE, sur le premier semestre 2023, le chiffre d’affaires global de la restauration en France a poursuivi sa progression sur un an, mais aussi par rapport à l’avant pandémie (+15% /2022 et +28% /2019). Le secteur de la restauration rapide est particulièrement dynamique (+16% /2022 et +43% /2019), tout comme celui, dans une moindre mesure, de la restauration traditionnelle (+13% /2022 et +24% /2019). La progression est moins marquée pour le secteur de la restauration collective, son chiffre d’affaires étant équivalent au niveau d’avant pandémie (+15% /2022 mais = /2019). Les nouvelles habitudes prises lors de la pandémie restent fortes, comme le télétravail par exemple.

La progression générale du chiffre d’affaires est en partie liée au dynamisme du secteur, mais aussi à l’inflation. D’après l’INSEE, sur la même période, les prix en restauration étaient en progression sur un an, comme par rapport à l’avant pandémie (+6% /2022 et +11% /2019). La hausse était particulièrement forte dans la restauration rapide (+11% /2022 et +21% /2019).

En juillet 2023, les prix à la consommation en restauration ont poursuivi leur progression, mais à un rythme plus limité : +6% pour l’ensemble du secteur /juillet 2022, +11% dans les fast-foods et +6% dans les restaurants et cafés. Elle restait plus mesurée pour les cantines (+3%).

L’inflation alimentaire poursuit son ralentissement, mais reste élevée

Après une pause de trois mois, le rythme de progression de l’indice général français des prix à la consommation harmonisé (IPCH) est reparti à la hausse en août 2023, à +5,7% sur un an (contre +5,1% sur un an en juillet). Cette hausse est liée notamment au rebond du prix de l’énergie, car le ralentissement de la progression des prix sur un an se poursuivait pour l’ensemble des produits alimentaires (+11,6% /2022 contre +13,2% un mois auparavant) comme pour la viande bovine (+5,7% /2022 contre +6,7% un mois auparavant) ont suivi la même inflexion dans leur évolution.

En août 2023, l’inflation générale sur un an en France restait légèrement supérieure à la moyenne de la zone euro (+5,3% /2022). Plus tardive qu’ailleurs en Europe, la progression de l’inflation sur les produits alimentaires en France restait forte pour l’ensemble de la zone en juillet dernier (+13,2% /2022 en France contre +11,6% dans la zone euro). La différence était moins marquée pour la progression des prix sur le bœuf et le veau (+6,7% /2022 en France contre +6,0% dans la zone euro). Il s’agit probablement d’un effet de rattrapage alors que l’inflation avait été initialement plus faible en France.

L’inflation continue de peser sur les ventes en volume au détail

Depuis le début de l’année (s1 à s35), d’après Circana, l’inflation participe à la hausse des ventes au détail des produits de grande consommation et de frais libre-service (PGC-FLS) en valeur (+10% /2022). Mais elle entraine une baisse des volumes achetés sur la même période (-5%). Les volumes commercialisés sont même inférieurs par rapport à l’avant pandémie (-1%).

Depuis le début de l’année, l’inflation participait au soutien des ventes en valeur au détail de viande hachée. En cumul (semaines 1 à 34), elles restaient en hausse pour le bœuf haché frais (+11% /2021 et 2022) et surtout pour la viande hachée surgelée (+26% /2022 et +33% /2021).