Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

Les mesures de confinement, généralisées en France mais aussi au Portugal et en Italie quelques semaines avant les fêtes pascales, ont provoqué un effondrement des commandes de viande chevreau par les distributeurs. Ils tablent sur une réduction des achats par les ménages qui ne pourront pas fêter en famille cette fête religieuse. Or cette période concentre en temps normal 50% des ventes annuelles de chevreaux.

Des débouchés réduits, les cours s’effondrent

Tout début mars, la mise en confinement de l’Italie s’est traduite par la fermeture de la restauration hors-domicile et une tentative de transfert de l’offre de viande caprine vers la grande distribution et les boucheries. La fermeture des frontières explique le ralentissement des flux de viande caprine vers le marché italien, historiquement la deuxième destination des exportations françaises. Malgré les nombreuses annulations de commandes, les opérateurs français de la filière de viande caprine s’étaient tout de même engagés à poursuivre le ramassage et l’abattage des chevreaux jusqu’à Pâques. A l’inverse de l’abattage des chèvres de réforme, suspendu jusqu’à nouvel ordre.

La mise en place, décalée d’une dizaine de jours, des mêmes mesures de confinement en France et au Portugal (premier débouché à l’export de la viande caprine française) à l’approche de la campagne pascale présage d’une baisse importante de la demande de viande de chevreau au moment même du pic de consommation. Le cadre festif collectif dans lequel la viande de chevreau est servie habituellement est désormais interdit, et les problèmes de commercialisation sont constatés avant même la semaine de Pâques. Ainsi, les principaux abattoirs déclarent une baisse de -60% à -70% des ventes de viande de chevreau en semaine 14. Environ la moitié des volumes disponibles aurait déjà été mis en congélation. Avec un prix estimé de 2,70 €/kgéc à Pâques, le prix serait 20% inférieur à celui de 2019 (soit 3,40 €/kgéc).

Cette situation met en grave difficulté les ateliers d’engraissement qui ne peuvent commercialiser tous les animaux et perçoivent en outre un prix de vente inférieur de 20% à leur anticipation. Les pertes économiques sont estimées à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Par ailleurs, si la constitution de stocks permet de résorber l’excédent conjoncturel d’offre, leur écoulement pèsera sur les prix bien au-delà de la crise sanitaire, notamment lors des fêtes de la fin 2020, second pic annuel de consommation. Selon les estimations d’Interbev, entre 170 000 et 200 000 carcasses de chevreaux seraient stockés en viande congelée, soit l’équivalent de la consommation française de chevreaux à Pâques 2019 (environ 160 000 chevreaux). Des nouveaux débouchés capables d’absorber ces volumes devront être trouvés et plusieurs pistes restent à explorer (nouveaux marchés à l’export, collectivités territoriales, industrie agro-alimentaire, etc).

Le ramassage des chevreaux sera assuré jusqu’à Pâques, mais la filière doit encore définir les stratégies à adopter pour éviter la constitution de stocks sur pied en élevage, qui pénaliserait les résultats des engraisseurs.

La pression sur la filière laitière caprine se fait sentir

Pour éviter une éventuelle saturation des usines de transformation de lait de chèvre, les éleveurs ont été encouragés à maîtriser leur production. Certains ont cherché à réformer des chèvres peu productives, mais ont dû faire face à l’impossibilité de les commercialiser. En effet, la collecte des chèvres de réforme était suspendue jusqu’à la semaine 14. Interbev estime que 15 000 chèvres devront être ramassées après la crise sanitaire. Si cette situation venait à se prolonger et ces chèvres se retrouvaient bloquées en ferme, les résultats des éleveurs pourraient être pénalisés par des surcoûts associés.

La section caprine d’Interbev se mobilise auprès des pouvoirs publics pour obtenir le déclenchement de l’aide au stockage privé et à l’engraissement.