Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 344 Novembre 2022 Mise en ligne le 22/11/2022

Le cours de l’agneau français entame sa traditionnelle baisse saisonnière avec quelques semaines de retard cette année. L’accroissement progressif des abattages, avec la sortie des agneaux d’herbe, pèse sur le marché français, face à une demande relativement modeste probablement affectée par les premiers effets de l’inflation sur les choix des ménages.

Baisse saisonnière timide et tardive du cours français

Après s’être maintenue durant 6 semaines consécutives au-dessus des 8,0 €/kg éc après Pâques, la cotation de l’agneau lourd entrée abattoir a débuté une timide et tardive baisse saisonnière en semaine 23 (se terminant le 12 juin) et s’établissait ainsi à 7,92 €/kg éc. L’écart était alors de +0,66 € /2021 et +1,36 € /2020.

La sortie des agneaux d’herbe, conjuguée à une consommation en demi-teinte (météo capricieuse et baisse du pouvoir d’achat des Français), a pesé sur le marché et fait fléchir la cotation française. Cette baisse a traditionnellement lieu juste après Pâques, mais le Ramadan qui a suivi a soutenu la demande, puis le bas niveau conjoint de l’offre et des achats a maintenu la cotation au-dessus des 8 €/kg.

Avec de tels prix entrée abattoir, l’aval semble rogner ses marges pour contenir la hausse des prix au détail, et ainsi éviter la fuite des consommateurs. Le prix moyen de la viande d’agneau vendue à Rungis a ainsi reculé de -1% /2021 en avril, puis de -2% /2021 en mai.

Les charges exceptionnellement élevées nuancent toujours ces niveaux de prix. En avril 2022, l’IPAMPA ovin viande restait particulièrement élevé (131,6 points soit +21,2 points /2021) du fait de la forte hausse des indices énergie et lubrifiants (+60% /2021) et aliments achetés (+20%). La sécheresse puis la canicule très précoces cette année, pourraient venir aggraver une situation déjà compliquée pour les éleveurs ….

Depuis janvier des abattages stables d’une année sur l’autre

Selon Agreste, les abattages de viande ovine ont bondi en avril de +24% d’une année sur l’autre, à 9 400 téc, principalement du fait du décalage de Pâques de deux semaines (le 4 avril en 2021 soit la majorité des abattages réalisés en mars et le 18 avril en 2022 donc majorité en avril). D’un côté les abattages d’agneaux (456 500 en avril)  ont bondi de +30% /2021 ; de l’autre, les réformes ont quant à elles régressé, de -2% /2021 à 44 000 têtes.

Selon Ovinfos, après ce rééquilibrage dû au décalage des dates de Pâques, les abattages français sont restés en mai sous leur niveau de 2021, qui correspond pourtant au 2ème pic de sorties d’agneaux Lacaune et au début de sortie des agneaux d’herbe.

Des importations de viande ovine en provenance d’Espagne en net repli

En mars, les importations françaises de viande ovine étaient toujours ralenties, de -7% /2021, à 7 300 téc. Le décalage des dates de Pâques (le 4 avril 2021 et le 17 avril 2022) explique au moins en partie cette baisse d’une année sur l’autre au mois de mars.

Les achats en provenance d’Espagne ont poursuivi leur baisse (-42% /2021), tandis qu’ils étaient en hausse en provenance du Royaume-Uni (+7%), de Nouvelle-Zélande (+8%) et d’Irlande (+38%).

Un disponible français recule encore

Ralentis depuis le début de l’année, les abattages et les importations affectent d’autant le disponible français, qui au 1er trimestre a chuté de -7% /2021 et 2019. Il est toutefois légèrement supérieur, de +3%, au bas niveau de 2020.

Selon le panel Kantar, le recul des achats des ménages français en viande ovine s’est accentué en mars (-35% /2021), suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, probablement sous l’effet d’une accélération de l’inflation qui impacte le pouvoir d’achat des Français.