Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 359 Mars 2024 Mise en ligne le 25/03/2024

Les prix des veaux gras restent à un très bas niveau. Toutefois, les abattages progressent, amorçant un « retour à la normale ». A l’approche de l’été où la consommation recule habituellement, la réouverture des restaurants et le recul des mises en place, suite à la crise 2019, laissent espérer que la situation ne se détériore pas.

Depuis la mi-mai, les prix des veaux stagnent à un très bas niveau

Le marché des veaux moins conformés, plutôt destinés à la restauration hors domicile, est resté très dégradé, mais il pourrait profiter de l’allègement progressif des mesures de distanciation physique.

Le cours du veau rosé clair O s’est établi à 4,60 €/kg de carcasse en semaine 27, début juillet. Il a reculé de -39 centimes par rapport au bas niveau 2019 (-8%) et de -93 cts /2018 (-17%). Si la cotation nationale a gagné 4 centimes entre les semaines 26 et 27, celle du bassin Nord enregistre une hausse plus nette de 6 centimes, augurant d’une conjoncture moins défavorable dans les semaines à venir.

Pour les animaux de conformations supérieures, mieux valorisés en GMS et boucherie, les cotations ont également chuté, mais plus tardivement et moins bas. Le veau rosé clair R cotait 5,31 €/kg éc en semaine 27, soit -31 cts ou -6% /2019 et -80 cts ou -13% /2018.

Le veau sous la mère tire son épingle du jeu. Soutenu par la bonne fréquentation des boucheries traditionnelles durant le confinement, ce marché semble encore épargné par la crise traversée par les autres secteurs du veau gras.

Redressement des abattages en mai

Les abattages ont retrouvé en mai un niveau habituel avec 116 000 têtes CVJA, soit -1% /2019 et -1,8% /2018. Après deux mois de fort recul, la production retrouve un niveau en phase avec son rythme de repli structurel, accentué à priori par la prudence des mises en place après la débâcle du secteur en 2019. Depuis janvier, les abattages ont reculé de -5% /2019 et 2018, à 521 000 têtes.

Les volumes produits en mai ont même dépassé les niveaux des années précédentes avec 18 000 téc, soit +0,7% /2019 et +2,7% /2018. Sur 5 mois, la production a totalisé 77 000 téc soit -4,4% /2019 et -2,5% /2018.

Les premières remontées indiquent une poursuite de la tendance en juin avec un rythme d’abattages qui se maintient.

Le poids des veaux stabilisé en juin, malgré la poursuite du vieillissement

Les retards d’abattages en mars et avril ont provoqué un alourdissement et un vieillissement des veaux, portant leurs poids et âges au-delà des niveaux record de 2019. En juin, pour la première fois depuis le début de l’année, le poids moyen des veaux abattus recule à 151 kg de carcasse, toujours en hausse par rapport aux années précédentes : +1,7 kg /2019 (+1,2%) et +5,6 kg /2019 (+3,8%). Toutefois, le vieillissement se poursuit, traduisant des retards toujours importants dans le sorties. En moyenne, les veaux ont été abattus à 192 jours en juin.

Des effectifs en ferme toujours élevés

L’attente dans les élevages de veaux semble toujours importante début juin. En fin de semaine 25, les effectifs de mâles de moins de 8 mois de mère de type laitier présents dans toutes les fermes de France métropolitaine étaient en légère hausse par rapport aux niveaux 2019-2018 (+1%). En revanche, les effectifs de veaux dans leur sixième mois sont toujours très élevés : +11 000 têtes ou +20% /2019 et  + 21 000 têtes ou +45% /2018. Cela confirme l’attente en ferme bien que le périmètre de l’indicateur ne soit pas restreint aux élevages de veaux.

Et des mises en place stables

En mai, les mises en place étaient encore en recul en réponse à l’encombrement du marché. En juin, les opérateurs indiquent des mises en place proches du niveau de 2019. Logiquement, ces veaux sortiront en fin d’année, lorsque la demande se raffermit et quand les stocks constitués pendant le confinement seront résorbés.

Les prix néerlandais stagnent à un très bas niveau

En juin, le cours du veau pie-noir néerlandais a stagné à 3,45 €/kg éc. En semaine 26, il enregistrait un recul de -14% /2019 et -19% /2018. Une éclaircie était espérée par les opérateurs avec la réouverture de la restauration hors domicile partout en Europe. Toutefois, la fréquentation des restaurants est restée limitée et le marché du veau néerlandais ne s’est pas allégé. Aucune hausse des cours n’est attendue avant la rentrée, les vacances d’été étant une période de consommation ralentie.

La situation est encore plus difficile pour les « vieux rosés » (équivalents des veaux lourds en France) dont la viande est actuellement écoulée au prix de la viande de JB et même de vaches.

Durcissement de la réglementation environnementale néerlandaise : une difficulté supplémentaire ?

A moyen terme, la filière néerlandaise du veau de boucherie fait face au durcissement de la réglementation notamment sur les émissions de méthane et d’ammoniac avec des objectifs de réduction forts dès 2024. Les nouvelles pratiques devront aussi tenir compte des préoccupations montantes en termes de bien-être animal. Les experts estiment que les investissements nécessaires (nettoyeur d’air, aménagement des bâtiments…) provoqueront une hausse notable du coût d’engraissement.

Ainsi, la nécessité d’investir pourrait décourager certains éleveurs de développer ou même de maintenir leur activité, après deux années de crises en 2019 et 2020. Ces interrogations interviennent alors que la filière néerlandaise des veaux gras connaît un développement marqué de sa production depuis plusieurs années.

Côté italien, la cotation du veau de boucherie à la bourse de Modène est restée au plancher depuis la semaine 20, à 3,75 € /kg de carcasse. En semaine 27, elle enregistre un recul de -22% /2019 et -19% /2018.