Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 344 Novembre 2022 Mise en ligne le 22/11/2022

En septembre et octobre, la faiblesse des disponibilités en broutards français a tiré les cours vers le haut, dans un contexte de réduction du cheptel allaitant et donc des naissances. Les engraisseurs français, italiens, algériens et tunisiens cherchent à s’approvisionner pour produire suffisamment de viande pour leurs marchés nationaux qui en manquent. Les exports étaient en recul entre janvier et mi-septembre de -9%, en raison de la baisse du disponible exportable.

Les cotations poursuivent leur hausse

Depuis fin-août, toutes les cotations des broutards – mâles et femelles – sont en progression, portées par une offre réduite et une demande ferme en Italie, mais aussi des pays tiers. Le retour des pluies à partir du 20 septembre et les regains dans certaines zones n’ont pas précipité les sorties des broutards. Début octobre, en semaine 40, la cotation du Charolais U 450 kg progressait toujours à 3,33 €/kg vif, un niveau bien supérieur aux années passées (+31% /2021 ou +79 cts et +44% /2020). Au même moment en Italie, les cours de JB restaient stables à niveau élevé.

Le cours du Charolais U 350 kg s’établissait à 3,44 €/kg vif en semaine 40 (+28% /2021 ou +76 cts et +39% /2020). Cette progression des cours est bienvenue mais reste insuffisante pour couvrir les prix de revient, qui ont subi la hausse des coûts de production de +14% entre les 1er semestre 2021 et 2022.

La cotation du Limousin E de 350 kg a progressé plus rapidement que celle des Charolais ces quatre dernières semaines (+10 cts contre +3 ou 4 cts pour les Charolais) pour atteindre 3,55 €/kg vif en s40 (+26% /2021 ou +74 cts). Le mâle croisé R de 300 kg est resté quasi-stable depuis l’été, à 3,06 €/kg vif (+21% /2021 ou +56 cts).

Les cours des femelles ont vivement progressé (+15 cts pour la Limousine et +10 cts pour la Charolaise sur 4 semaines) faute de disponibilités dans un contexte de décapitalisation, et du fait de la demande italienne toujours ferme. La Limousine E de 270 kg cotait donc 3,30 €/kg vif en semaine 40 (+14% /2021 ou +40 cts) et la Charolaise U de 270 kg grimpait à 3,16 €/kg vif (+22% /2021 ou +60 cts).

Les naissances du mois d’août stables comparées à 2021

En août 2022, 188 000 veaux de mère allaitante sont nés en France (+0,6% /2021 ou + 1 000 têtes, mais -7,3% /2020). Au global sur les huit premiers mois de l’année, les naissances de veaux de mère allaitante sont toujours en net recul de -3,7% /2021 (-83 000 têtes) et -7,3% /2020 avec 2 189 000 naissances, en ligne avec le rythme de décapitalisation.

Au 1er septembre, le cheptel de vaches allaitantes poursuivait sa décrue rapide de -3,1% /2021 (-114 000 vaches) en totalisant 3 513 000 vaches.

Les effectifs de broutards de 6-12 mois reculent moins que les naissances

Au 1er septembre, 694 000 mâles de mère allaitante de 6-12 mois étaient présents sur le sol français, en recul de -2% /2021 et -1% /2020. La baisse plus mesurée des effectifs de broutards de cette génération traduit un regain d’engraissement en France ces derniers mois.

Le recul des effectifs de mâles de mère allaitante plus jeunes (de 0 à 6 mois) est proche de celui des naissances (-3% /2021 et -10% /2020) avec 686 000 veaux présents en ferme au 1er septembre.

La demande italienne ne faiblit pas

Selon SPIE-BDNI, durant la période 8 (s31 à s34) les exports de broutards mâles et femelles de type viande de 4 à 16 mois ont reculé moins fortement que les mois passés, à la faveur d’une forte demande étrangère. 66 000 broutards mâles et femelles ont quitté le territoire durant cette période (-4% /2021 et +1% /2020 affecté par le covid-19).

En cumulé jusqu’à la semaine 37 (mi-septembre) les exports de vif sont toujours en net retrait de -9% /2021 (année exceptionnelle) et de -4% /2020, faute de disponibilités. 740 000 broutards ont ainsi été exportés, dont 35% de femelles, pourcentage inchangé comparé à 2021.

Vers l’Italie, en cumul sur les 7 premiers mois de l’année, 489 000 broutards ont été expédiés selon les Douanes, en retrait de -6% /2021 alors que les volumes globaux de broutards français exportés ont reculé de -9%, ce qui atteste de la fermeté de la demande italienne. Sur la période la plus récente entre les semaines 35 à 39, 102 000 bovins de tous âges et tous types ont été expédiés en Italie selon TRACES, en recul de seulement -1% /2021 et -6% /2020. En septembre, le bulletin Mars de la Commission européenne prévoit une baisse de -31% des rendements de maïs en Italie.

Mais cette baisse de disponibilités pourrait affecter davantage les monogastriques (porc et volaille) que les ruminants. La grande majorité des engraisseurs de bovins italiens sont en effet autonomes en maïs sur des terres irriguées où la baisse de rendement a été beaucoup plus limitée.

Vers l’Espagne, entre janvier et juillet selon les Douanes, 49 000 broutards ont été expédiés, en forte baisse de -37% /2021 (-29 000 têtes) et -34% /2020. La faiblesse de l’offre française couplée à une bonne demande nationale et conjuguée aux nouvelles modalités de la Loi de Santé Animale (LSA) appliquée aux échanges en septembre 2021, ont entrainé une chute des exports de broutards de 160 à 300 kg vif. En Espagne, les engraisseurs font pression sur le prix du broutard national, mais pas sur celui du jeune veau laitier, dans un contexte de vive hausse des coûts alimentaires.

Sur la période la plus récente selon TRACES, entre les semaines 35 et 39, 59 000 bovins de tous âges et tous types ont été expédiés de France vers l’Espagne, en hausse de +10% /2021 et +8% /2020, ce qui traduit des achats extrêmement dynamiques de jeunes veaux français.

En juillet encore des exports vers l’Algérie et la Tunisie

En juillet, 4 000 broutards français furent exportés vers les pays tiers (-26% /2021 soit -1400 têtes et -9% /2020). Ce recul des envois vers les pays tiers s’expliquait par la moindre disponibilité en broutards en France et la hausse des cours qui a conduit Israël à se tourner vers l’Amérique du Sud.

Les expéditions restaient tout de même soutenues pour un mois d’été car l’Algérie a racheté des broutards depuis début 2022 (3 000 broutards exportés en juillet) tout comme la Tunisie (1 000 têtes en juillet). En septembre, selon les opérateurs français et algériens, les achats de broutards se sont accélérés afin de préparer la période du Ramadan qui démarre dans 5 mois à présent, le 22 mars prochain. Plusieurs bateaux devraient partir d’ici la fin de l’année. La Tunisie serait également acheteuse de broutards.