Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

Dans le contexte de crise sanitaire actuel, des pertes de marchés soudaines ont lourdement impacté l’équilibre de la filière de lait de chèvre. Or, la situation s’est stabilisée au fil des semaines, avec la mise en place de solutions d’écoulement provisoires, alors même que la collecte affiche des taux de progression inédits…

La collecte repart

Après une année sous tension, pendant laquelle les transformateurs ont manqué de lait, la collecte nationale est fortement repartie à la hausse. Fin mars, la collecte cumulée depuis janvier a dépassé de +6% le niveau atteint au premier trimestre 2019 (après neutralisation de l’effet année bissextile), s’établissant à près de 109 millions de litres. La reprise de la collecte, entamée au deuxième semestre 2019, a été particulièrement prononcée en mars, remontée à 50 millions de litres (soit +7% /2019).

La collecte a progressé dans toutes les régions. Mais la croissance a été la plus forte en Pays-de-la-Loire (+10% d’un 1er trimestre à l’autre) et dans le Centre-Val-de-Loire (+9%), des régions dynamiques où les agrandissements et les installations sont plus nombreuses. La collecte en Nouvelle-Aquitaine, première région caprine de France, a progressé de +4% au premier trimestre. Le relatif manque de disponibilités et la hausse des prix résultante avaient fortement encouragé nombre d’éleveurs à agrandir leur cheptel. Les conditions climatiques de l’automne 2019 avaient également été favorables et avaient permis la constitution de stocks fourragers de bonne qualité.

Dans l’attente des données officielles, nous estimons que la collecte nationale a ralenti sa croissance en avril. Face à la perte de débouchés, suite à la fermeture de la RHD et des marchés de plein air, et à des ventes par à-coups, donc difficiles à gérer sur le plan logistique, certains transformateurs avaient demandé incité leurs livreurs à modérer voire réduire leur production. Ils ont aussi constitué des stocks de produits de report caprins plus conséquents. Mais certains n’ont pu éviter de jeter du lait collecté.

Importations en légère progression avant la crise sanitaire

La baisse des disponibilités chez nos voisins européens en 2019 était à l’origine d’un effondrement des importations de produits de report caprins tout au long de l’année dernière. Ce ralentissement s’est prolongé début 2020. Ramenées à 14 millions de litres au premier trimestre, les importations ont chuté de -11% /2019.

Malgré cela, l’approvisionnement cumulé au premier trimestre a progressé de +3,5% /2019 (après neutralisation de l’effet année bissextile), à 123 millions de litres, grâce à la collecte fortement relancée. Cette hausse de la part du lait français dans la fourniture globale de marché témoigne d’une dynamique de renationalisation de l’approvisionnement des transformateurs, une tendance qui n’a été que renforcée depuis le début de la crise sanitaire.

A 3 500 tonnes (soit +9% /2018), les stocks de produits caprins de report amorçaient pour sa part un rebond au mois de mars (le premier observé depuis 2018, où les stocks n’ont cessé de se contracter). Cette dynamique a dû se prolonger en avril, suite à l’absorption de volumes importants de lait français dans le contexte de crise sanitaire.

Aides européennes au stockage de lait de chèvre

La Commission européenne a activé, fin avril, l’aide au stockage privé sur le marché du lait afin de retirer des produits du marché et éviter l’effondrement des cours. Cette mesure concerne également la viande caprine, et sera dotée d’une enveloppe globale de 80 millions d’euros (toutes filières confondues), dont 30 millions pour les produits laitiers. Le fromage et le caillé congelé de chèvre sont éligibles aux aides au stockage privé, une première pour le secteur caprin. Ainsi, depuis le 7 mai et jusqu’au 30 juin, les opérateurs peuvent déposer leur demande auprès de FranceAgriMer, pour un volume minimal de 500 kg de produit.

Cette aide comprend une partie fixe, à 15,57 € par tonne, complétée d’une partie variable par jour de stockage, fixée à 0,40 € par tonne et par jour (de 60 à 180 jours). Le quota français pour les aides au stockage privé de fromages (dont le caillé) est de 18 400 t, laits de vache et de chèvre confondus.

Timide reprise des fabrications de fromages de chèvre

Après une année atone, les fabrications de fromages de chèvre ont bondi au premier trimestre de +2% /2018 (à 24 400 t), favorisées par une meilleure fourniture du marché. Cependant, cette hausse s’est opérée de façon différenciée selon les gammes et types de produits. Les fromages affinés à la pièce ont fortement progressé, à 16 300 t (+6% /2019), boostés par une demande de ménages en produits individuels et préemballés dès le début du confinement. La bûchette reste la reine absolue cette catégorie de produits, avec une progression de +3% /2018, à près de 12 000 t de fabrications.

Dans ce même contexte, les fromages à la coupe ont subi de plein fouet la fermeture de marchés de plein air et de nombreux rayons à la coupe dans les supermarchés ; les transformateurs ont été réactifs aux demandes du marché et ont réduit ces fabrications. A près de 3 000 t au 1er trimestre, les volumes transformés de fromages à la coupe ont fléchi de -15% d’une année sur l’autre 2020, et cette tendance a été probablement accentuée en avril.

Solutions pour trouver des débouchés

Face à la fermeture brutale de la RHD et des marchés de plein air, des solutions ont dû être trouvées pour permettre l’écoulement des produits au lait de chèvre fermiers. Producteurs, organisations professionnelles agricoles, collectivités territoriales et même consommateurs ont participé aux initiatives pour pallier les pertes de débouchés. Leur mise en place et leur portée varient selon les régions et les structures.

Des drives fermiers, des livraisons groupées, des ventes dans des commerces spécialisés ou encore l’ouverture des GMS aux produits fermiers se sont progressivement mis en place. En contrepartie, les producteurs fermiers ont dû faire face à une surcharge de travail difficile à assumer sur la longue durée (prise de commande, confection de paniers, livraisons, démarches administratives). La réouverture généralisée des marchés de plein air est grandement attendue, et certains comptent sur la saison touristique pour la reprise des ventes à la ferme.