Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

Les prix des gros bovins maigres connaissent une hausse saisonnière limitée du fait d’un marché du JB européen morose. L’incertitude plane pour les prochaines semaines sur les demandes italienne et algérienne.

Les prix ont peu progressé

Les cours des gros bovins maigres, qui se sont faiblement appréciés ces dernières semaines, restent sous les niveaux des deux années précédentes. A 2,47 €/kg début mars, la cotation du Charolais U de 450 kg était en recul de 2% /2019 et 2018. A 2,75 €/kg, celle du Croisé U de 300 kg est en repli de 5% /2019. Après avoir démarré l’année à un niveau élevé, le cours du Limousin a perdu 2 centimes et a rejoint son niveau des 3 dernières années à 3,03 €/kg en semaine 10.

Alors que le marché était plus porteur jusque-là pour les femelles, leurs prix se retrouvent également sous les niveaux de 2018 et 2019. La Limousine E de 270 kg cotait 2,75 €/kg, soit seulement 1% sous les niveaux de 2018 et 2019, tandis que la Charolaise U de 270 kg cotait 2,59 €/kg, soit -3% /2019.

L’offre poursuit sa contraction

Au 1er février, avec 605 000 têtes, les effectifs de mâles de 6 à 12 mois de mère allaitante s’étaient repliés de 4% par rapport à 2019 (-2% /2018). Les Charolais et les Blonds restent les plus touchés. Le recul des naissances de veaux de mère allaitante se poursuit en janvier avec 329 000 naissances, soit -3% /2019. Depuis juillet 2019, le déficit atteint 5% ou 96 000 têtes par rapport à la campagne précédente.

L’offre des mois à venir sera ainsi tout aussi faible. Les disponibilités en mâles de 0-6 mois de mère allaitante ont enregistré une baisse de 4,5% /2019 au 1er février pour tomber à 814 000 têtes.

Les envois étaient en légère hausse en janvier

Les envois de gros bovins maigres ont totalisé 110 000 têtes en janvier, soit +1% /2019 mais -4% /2018. Les envois de mâles, qui avaient enregistré une nette baisse au profit des femelles en 2019, ont cette fois-ci augmenté de 4% à 72 000 têtes, tirés par la demande algérienne, mais ils restent en baisse de 5% /2018. Les envois de femelles, jusque-là tirés par la demande italienne, confirment leur ralentissement à 38 000 têtes (-4% /2019 et -2% /2018), en lien aussi avec l’offre en repli.

L’impact de l’épidémie de Covid-19 est pour l’instant limité

Le marché des broutards reste relativement préservé des perturbations majeures que connaît l’Italie avec l’épidémie de Covid-19. Considérée essentielle à l’approvisionnement des ménages, l’activité du secteur est en grande partie maintenue. De plus, le couvre-feu puis la fermeture imposés aux établissements de restauration hors domicile favorisent à court terme les achats de viande en boucherie et GMS, qui font la part belle à la viande issue de broutards français. En deuxième semaine de mars, sous l’effet d’une hausse des achats des ménages, les abattages se sont accélérés en Italie, libérant de la place dans les ateliers d’engraissement. Les exportateurs français ont donc profité de cette fenêtre de tir pour expédier des animaux, ne sachant pas comment évolueront les dispositions règlementaires regardant la circulation des animaux dans les prochaines semaines.

Toutefois, à moyen-long terme, l’arrêt de l’activité économique dans les zones les plus touchées, le recul des revenus des ménages couplés à la concurrence des viandes d’import habituellement vendues en RHD pourraient impacter négativement la demande italienne en broutards.

En outre, alors que l’épidémie prend de l’ampleur en France, les exportateurs français sont prudents dans leurs achats en prévision d’éventuelles restrictions sur le commerce transfrontalier.

Les achats algériens record pourraient fléchir

Les envois français de broutards vers l’Algérie ont été multipliés par 5 en janvier d’une année sur l’autre, pour un total de 5 300 têtes. Après une année 2019 très dynamique, le pays était aux achats en janvier. Cependant, début mars, l’économie du pays dépendante de la rente pétrolière est mise à mal par la chute brutale du cours de l’or noir. La demande mondiale a ainsi été freinée par la pandémie de Covid 19. De plus, l’économie algérienne pourrait ralentir du fait des mesures prises suite à la découverte de cas de Covid 19 sur son territoire. La baisse prochaine du pouvoir d’achat impactera rapidement la demande en viande bovine et par suite, en broutards.

Par ailleurs, les opérateurs craignent un net repli des envois dans les mois suivants du fait des nouvelles contraintes à l’import pour les bovins d’engraissement (type viande, moins de 14 mois et 450 kg). En effet, les naissances de veaux de mère allaitante en France connaissent un creux marqué de mai à août, ce qui limite les disponibilités de bovins de moins de 14 mois au 3ème trimestre. A l’approche du mois de Ramadan (23 avril), les envois habituels de « broutards alourdis » seraient également compromis. Ainsi, le bond des importations algériennes résulterait en partie d’une anticipation par les acheteurs de l’impact de ces nouvelles contraintes.