Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

Les cours des Charolais ont amorcé leur recul saisonnier en juillet, avant de se stabiliser fin août à des niveaux toujours très supérieurs aux années précédentes. Malgré l’intensité de la sécheresse dans la plaine du Pô, la demande des engraisseurs italiens n’a pas faibli. Elle s’est même renforcée ces dernières semaines. Les exportateurs peinent à y répondre, le recul des naissances pesant sur les disponibilités.

Le manque de disponibilités soutient les cours

Les cours des broutards charolais ont amorcé leur baisse saisonnière début juillet, avant de se redresser ces deux dernières semaines. A 3,37 €/kg vif en semaine 35, la cotation du Charolais U de 350 kg était toujours très supérieure à celle des années précédentes (+72 cts /2021, soit +27%). L’écart de prix par rapport à 2021 était encore plus marqué pour le Charolais U de 450 kg, qui à 3,26 €/kg en semaine 35 dépassait de +77 cts son niveau de l’année dernière (+31%). Les importations italiennes de bovins vifs ont été dynamiques ces deux dernières semaines (+8% en semaines 34 et 35 d’après les données TRACES), stimulées par la hausse des cours des JB en Europe et par le retour de la pluie. La baisse des rendements en maïs, fortement impactés par la sécheresse inédite qu’a subi la plaine du Pô pendant plusieurs mois, semble avoir davantage affecté les productions de monogastriques, très présentes dans cette région (porc et volaille), que celle de viande bovine.

Après trois mois à 3,40 €/kg, la cotation du Limousin E de 350 kg a progressé de +5 cts en une semaine pour atteindre 3,45 €/kg vif en semaine 35 (+71 cts /2021 soit +26%). En femelles, la Limousine E de 270 kg a également gagné +5 cts après trois mois stationnaires (3,15 €/kg en semaine 35, soit +33 cts /2021). La Charolaise U de 270 kg s’est appréciée de +9 cts en 8 semaines, elle cotait 3,16 €/kg (+50 cts ou +19% /2021).

Quant aux cours des Croisés R de 300 kg, ils étaient stables à 3,02 €/kg ces cinq dernières semaines (+61 cts /2021 soit +25%).

-114 000 naissances allaitantes sur la campagne 2021/2022

En cumul de juillet 2021 à juin 2022, 3 434 000 veaux sont nés de mère allaitante soit 114 000 têtes de moins que lors de la précédente campagne (-3,2%). Les naissances de veaux charolais se sont repliées de -47 000 têtes, pour un total de 1 198 000 naissances sur la campagne (-3,7%). La baisse a été moins marquée pour les veaux limousins, avec 994 000 naissances (-2,6% /2020-2021 soit -27 000 têtes). Le recul des naissances s’est accentué en juillet 2022 pour tomber à -7,5% /2021 (111 000 veaux).

La baisse des naissances est directement liée au repli du cheptel allaitant, qui s’est accrue ces derniers mois avec 3 544 000 vaches allaitantes au 1er août soit -3,1% /2021. Le renforcement de la sécheresse cet été fait craindre une accélération de la décapitalisation allaitante, pas encore visible.

Conséquence de la contraction des naissances allaitantes, les disponibilités en broutards reculent. Au 1er août, on dénombrait dans les élevages 625 000 mâles allaitants de 6-12 mois, en repli de -2% /2021. La baisse était encore plus marquée pour les animaux plus jeunes, avec 772 000 veaux de 0 à 6 mois (-4% /2021).

Faute de disponibilités, les exportations sont limitées

Le dynamisme des mises en place dans les ateliers français observé depuis fin 2021-début 2022 semble avoir ralenti ces derniers mois (-3 000 têtes /2021 en juin d’après les données BDNI). Pour autant, les disponibilités à l’export manquent toujours. En cumulé jusqu’à la semaine 33 (mi-août), les envois de broutards ont reculé de -10% par rapport à 2021, année record, d’après les données SPIE-BDNI. 426 000 mâles ont été exportés sur cette période (-10%), ainsi que 226 000 femelles (-11%) soit 35% des envois.

Durant l’été, les épisodes caniculaires ont également stoppé les transports d’animaux vifs, provoquant des « stop & go » compliqués à gérer chez les exportateurs.

D’après les données des Douanes, disponibles sur la période janvier-juin, 437 000 broutards ont été exportés vers l’Italie sur les 6 premiers mois de l’année (-4% /2021). Les envois vers l’Espagne sont toujours ralentis, avec seulement 43 000 têtes (-38% /2021).

Quant aux exportations vers les pays tiers, elles sont évidemment dépendantes des disponibilités, mais elles sont aussi toujours soumises aux aléas politiques et économiques du pourtour méditerranéen. En cumul sur les 6 premiers mois de l’année, 28 000 broutards ont été envoyés hors UE (-25% /2021), dont 24 000 têtes vers l’Algérie (-6% /2021). Le fort recul global vient du coup de frein des ventes vers Israël du fait de la hausse des prix français.