Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

La concurrence aiguisée amplifie les différences.

Les éleveurs d’Europe du Nord s’étaient préparés de longue date à la suppression des quotas laitiers. La plupart avaient investi dans des capacités de logement supplémentaires qui provoquèrent un afflux de lait inondant les marchés mondiaux confrontés au même moment au ralentissement, imprévu, de la demande chinoise et à l’embargo russe.

Déclenchée dès la fin des quotas laitiers, la seconde crise laitière n’a pas immédiatement ralenti le dynamisme des différents pays désormais en concurrence. Délivrés de l’encadrement de la production, les éleveurs, avaient alors individuellement intérêt à poursuivre leur croissance pour saturer leurs capacités de production et ainsi diluer leurs charges de structure. Ensuite, la dépression des marchés se prolongeant, la production laitière a évolué différemment selon les pays.

Le premier chapitre de ce Dossier économie de l’élevage réalise un diagnostic micro-économique précis sur la façon dont les exploitations laitières spécialisées de six pays, dont la France, ont traversé la seconde crise laitière, après celle de 2009. Si elles y ont été plutôt moins exposées que leurs collègues d’Europe du Nord, les exploitations françaises sont aussi les seules qui n’aient pas tiré parti de la suppression des quotas laitiers.

Les chapitres suivants actualisent le diagnostic des filières laitières d’Europe du Nord qui avait été réalisé juste avant la fin des quotas.

En Allemagne, malgré une forte exposition aux marchés des produits laitiers, les éleveurs ont pu compter sur le soutien des pouvoirs publics, qui ont mobilisé des moyens conséquents pour les aider à affronter la tempête. Le nouveau contexte sanctionne durement la stratégie volumes de DMK.

Aux Pays-Bas, les éleveurs doivent, après l’euphorie et la fin des quotas laitiers, désormais se conformer aux règlementations environnementales très contraignantes. Face à une production laitière désormais plafonnée, les transformateurs néerlandais misent encore davantage sur la création de valeur ajoutée alors que les éleveurs bénéficient déjà d’une très bonne valorisation de leur production.

En Irlande, le modèle de production low cost, solide et performant, dégage des revenus confortables pour les éleveurs. Plus sensible aux aléas climatiques qu’à l’instabilité des marchés, il dispose encore marges de croissance. Mais son impact sur l’environnement, même s’il surfe sur l’image Origin green, peut aussi devenir son talon d’Achille. Les transformateurs visent désormais la création de valeur combinée à une croissance plus modérée.

En Pologne, la crise laitière a marginalement affecté le dynamisme laitier. La production laitière compte de nombreux  leviers pour poursuivre son expansion, d’autant plus que les transformateurs disposent d’outils modernes sous-employés et  adaptés au marché des commodités bon marché.

Au Danemark, le potentiel de production a été consolidé, malgré la situation financière de nombreux élevages encore plus dégradée par la seconde crise. Les banques organisent la reprise des élevages en situation de faillite qui passent sous la tutelle d’exploitations plus solides et performantes. Face à l’amont modernisé mais endetté, Arla Foods demeure l’atout maître de la filière danoise qui conjugue depuis longtemps création de valeur et croissance des volumes.

Plus généralement, face aux contraintes environnementales et sociétales qui émergent dans la plupart des pays, les transformateurs coopératifs dominants en Europe du Nord privilégient désormais la création de valeur, pour se démarquer de la concurrence et répondre aux attentes des marchés européens et internationaux, à la croissance des volumes.