Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 346 Janvier 2023 Mise en ligne le 19/01/2023

En hausse jusqu’à la fin de l’année, les prix des jeunes bovins européens restent soutenus début 2023 par une offre globalement limitée.

ITALIE : offre limitée

En Italie, les sorties de jeunes bovins ont été considérablement limitées cet automne. En effet les engraisseurs avaient réduit les mises en place au printemps en raison des incertitudes sur les effets de la sécheresse et de la guerre en Ukraine.

En novembre, les abattages de jeunes bovins ont fortement chuté d’après l’Anagrafe nazionale zootecnica (BDNI italienne) : -23% /2021 pour les mâles de 12 à 24 mois à 56 000 têtes et -19% pour les femelles à 46 000 têtes. D’après les opérateurs, les sorties sont restées limitées jusqu’à la fin de l’année. Ceci aurait conduit les engraisseurs à garder les animaux quelques jours de plus afin de profiter de la situation de marché favorable.

Les prix des jeunes bovins sont ainsi restés en hausse jusqu’à la fin de l’année, creusant encore l’écart avec les niveaux des années précédentes.

Ils ont démarré l’année 2023 à des niveaux inédits : 3,68 €/kg vif pour le mâle limousin extra de 600-650 kg (+18% /2022), 3,57 €/kg pour le Charolais extra (+17%) et 3,57 €/kg pour le Charolais de première catégorie (+18%). Les cotations des femelles restaient orientées à la hausse en début d’année, à 3,69 €/kg pour le Limousine extra (+18%) et 3,45 €/kg pour la Charolaise (+18% également). Les femelles avaient gagné 6 centimes en un mois, à 3,66 €/kg vif pour la Limousine (+18% /2021) et 3,43 €/kg pour la Charolaise (+17%).

L’indice des prix des moyens de production agricole pour les bovins viande calculé par l’ISMEA (analogue à l’IPAMPA français) a atteint 131,32 points en novembre (+19% /2021). Les deux postes principaux de cet indice composite sont l’achat du broutard (63%) et l’alimentation des animaux (24%).

L’inflation a été un peu moins marquée en décembre que les mois précédents selon Istat (+11,6% /2021 contre +11,9% en novembre). L’indice des prix à la consommation des produits alimentaires est retombé à +13,3% /2021, contre +13,7% en novembre. L’inflation en viande bovine reste bien plus modérée, mais poursuit sa progression (+8,7% /2021 en décembre). Elle reste moindre que pour les autres produits animaux (+18,4% pour la volaille, +9,3% pour le porc, +22,1% pour les œufs et +17,5% pour les fromages).

ALLEMAGNE : prix en hausse

En Allemagne, les prix des jeunes bovins ont continué leur progression sur la première semaine de l’année. L’offre limitée soutient les prix, mais la forte réduction du pouvoir d’achat dans le contexte inflationniste limite aussi la demande.

En semaine 1, les cotations des jeunes bovins restaient en hausse de +11% /2021, à 5,32 €/kg de carcasse pour le JB U, 5,25 €/kg pour le JB R et 4,97 €/kg pour le JB O.
L’inflation est retombée à +8,6% en décembre d’après Destatis, enregistrant une deuxième baisse consécutive depuis son pic d’octobre à 10,4%. L’indice de prix de l’énergie était à +24,4% et celui de l’alimentation à +21%. Sur l’année 2022, l’inflation atteint 7,9%, un record inédit depuis la réunification. Le pouvoir d’achat des consommateurs allemands s’en trouve nécessairement impacté.
Les abattages de jeunes bovins sont restés très limités en novembre et décembre à l’approche des fêtes : sur les 8 dernières semaines de l’année, ils étaient en baisse par rapport aux années précédentes (-2% /2021 et -4% /2020).

POLOGNE : production en repli

La production polonaise de jeunes bovins recule désormais depuis deux ans, par manque de petits veaux à engraisser, le cheptel laitier polonais se réduisant comme ailleurs dans l’UE. Ce repli fait suite à un long développement de la filière JB en Pologne depuis son adhésion à l’UE en 2004, expansion ayant donné lieu à une baisse continue des exportations polonaises de petits veaux, puis à une hausse des importations de veaux en provenance des pays voisins.

Sur les 11 premiers mois de l’année, les volumes de jeunes bovins mâles et femelles abattus n’ont totalisé que 357 000 téc (-3% /2021 et -6% /2020), dont 277 000 téc de taurillons (-4% /2021 et -9% /2020) et 80 000 téc de génisses (= /2021 et +5% /2021). La part croissante de femelles dans la production témoigne d’une part de la difficulté croissante à trouver des veaux mâles et d’autre part de la mise en place d’une filière génisse pour servir le marché italien, friand de « scottone ».

Les prix des JB ont suivi le mouvement général européen en décembre, à la hausse jusqu’à la fin de l’année.

La cotation du JB R a fini l’année à 4,99 €/kg de carcasse (+14% /2021 et +60% /2020) et celle du JB O à 4,81 €/kg (+13% /2021 et +58% /2020).

ESPAGNE : la hausse de production n’empêche pas celle des prix

En Espagne, la production de jeunes bovins poursuit sa hausse ce qui permet aux exportateurs de profiter de la pénurie d’offre sur les autres marchés européens.

Sur les dix premiers mois de l’année, les abattages de jeunes bovins mâles et femelles ont totalisé 503 000 téc (+3% /2021), dont 167 000 téc de bovins jeunes de 8-12 mois (-3% /2021), 231 000 téc de taurillons (+7% /2021) et 105 000 téc de génisses (+5% /2021).

Certes, la flambée des prix des matières premières inquiète dans un pays où l’engraissement est principalement basé sur des rations sèches, très dépendantes de l’importation de céréales et de tourteaux, et où le coût des aliments achetés représente plus de la moitié du coût de production d’un JB. Mais il semble que jusqu’alors les engraisseurs parviennent à y faire face, en témoigne le maintien des flux de petits veaux français vers l’Espagne.

Les prix des JB restent bien orientés à l’approche des fêtes, tant sur le marché national que dans les circuits de cheville en Italie et en Grèce.

Le JB U espagnol cotait 5,49 €/kgéc en semaine 52 (+22% /2021), le JB R 5,42 (+24% /2021) et le JB O 4,91 €/ (+21% /2021).

L’inflation a nettement ralenti en Espagne en décembre, retombant à +5,7% sur un an, contre +6,8% en novembre et +7,3% en octobre. Le pic avait été atteint en juillet, à +10,8%. Ce ralentissement est dû principalement à la baisse du prix du carburant. L’alimentation, elle, continue de voir ses prix progresser (+1,6% sur un mois).

D’après les dernières données de l’INE, la viande bovine affichait en décembre une hausse de +13,2% par rapport à décembre 2021, contre +13,8% pour le porc, +15,1% pour la volaille, +29,8% pour les œufs, +37,2% pour le lait.

Pour compenser la hausse des prix des produits alimentaires, le gouvernement espagnol a annoncé fin décembre la suppression de la TVA sur les denrées de première nécessité (pain, lait, fromages, fruits et légumes ou céréales), l’abaissement de 10 à 5% de la TVA sur l’huile et les pâtes et une aide de 200 euros par famille dont les revenus sont inférieurs ou égaux à 27 000 euros/an.