Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

La production laitière mondiale a faiblement progressé tandis que les échanges internationaux ont marqué le pas faute de disponibilités, mais aussi de demande chinoise. A l’inverse la Chine a encore accru ses importations de viande sur un marché international dynamisé par la reprise de la croissance de la production mondiale de viande bovine.

Marchés mondiaux des produits laitiers : des échanges contractés


En 2022, la production laitière mondiale a été encore moins dynamique qu’en 2021, malgré des prix des commodités laitières et du lait à la production qui ont atteint des records historiques. Elle n’a significativement progressé qu’en Asie, en premier lieu en Inde, mais aussi en Chine où les transformateurs laitiers chinois investissent dans des méga-élevages, de plusieurs dizaines de milliers de vaches. En revanche, la production annuelle a plafonné ailleurs, notamment dans les principaux bassins laitiers excédentaires.
L’invasion d’une partie de l’Ukraine par la Russie n’a pas eu de répercussion majeure sur la géographie des échanges internationaux. En revanche, elle a exacerbé et accéléré le redressement des cours des intrants (énergie, engrais, grains…) puis celui des commodités laitières.
En 2022, la demande en produits laitiers a aussi diversement évolué : aux États-Unis et en Europe la consommation a plutôt bien résisté à l’inflation alimentaire. En Chine, en revanche, elle a été pénalisée par la succession de confinements partiels et l’activité ralentie de la restauration. Résultat : la Chine, le principal moteur des échanges internationaux, a fortement réduit ses achats.
Tous produits laitiers confondus, les échanges internationaux ont reculé au 1er semestre, en raison de disponibilités réduites. Ensuite, au 2nd semestre, ils ont retrouvé de la vigueur grâce au sursaut de la production dans les bassins excédentaires de l’hémisphère Nord.

Vers un meilleur équilibre des marchés en 2023 ?

Début 2023, les marchés des produits laitiers ont retrouvé un certain équilibre, avec des cours ramenés à des niveaux modérés de début 2021. Cependant, ils pourraient encore se déprécier dans le sillage des cours des grains et de l’énergie, notamment si la consommation de produits laitiers reste ralentie. Auquel cas, avec un prix du lait ramené au niveau -modéré- de 2021, la production laitière pourrait au mieux se stabiliser dans l’ensemble des grands bassins excédentaires….

Marchés mondiaux de la viande bovine : Les Amériques en force

Le cheptel mondial de bovin et buffles augmente lentement sur le long terme. Il progresse dans les pays émergents qui ont de plus en plus de bouches à nourrir (la Chine ou l’Inde) et dans ceux qui y voient un atout pour leur balance commerciale et où des géants de l’abattage ou du commerce en vif sont implantés (Brésil, Mexique, Colombie). Il progresse également grâce au soutien des pouvoirs publics dans les pays développés d’Asie qui souhaitent réduire leur déficit (Japon et Corée). Finalement, l’Europe est la seule zone du monde qui voit son cheptel diminuer sur le long terme.
En 2022, la production mondiale de viande bovine a enregistré une hausse de près de 2% /2021. Les USA, le Canada, le Mexique, le Brésil, la Chine et l’Inde ont accru significativement leur production, mais aussi leurs exportations. Seules l’Australie, occupée à recapitaliser après plusieurs années de sécheresse, et l’Union européenne ont vu leur production baisser. Les échanges mondiaux de viande bovine ont ainsi progressé de +5% /2021. Les pays d’Asie, en premier lieu la Chine, ont été de très loin les premiers destinataires de ces viandes. La zone Méditerranée a réduit ses importations de viande, profitant du retour des disponibilités en bovins vivants colombiens et brésiliens.
Partout dans le monde, les producteurs ont été confrontés à une flambée de leurs charges, liée au redémarrage de l’économie mondiale après la pandémie de covid-19 ainsi qu’aux conséquences de la guerre en Ukraine. Cette flambée a été répercutée, plus ou moins selon les pays, dans les prix à la production, grâce à une demande qui n’a globalement pas faibli. La hausse des prix mondiaux a toutefois réduit le disponible consommable dans les pays exportateurs d’Amérique latine, en dopant les exportations vers l’Asie.

Moindre tension du marché en 2023

Début 2023, le soufflet est retombé et le marché mondial semble moins tendu. La production est annoncée en hausse au Brésil, au Mexique, en Australie, et dans la plupart des pays d’Asie. Les USA seront en retrait, de même que le Canada et l’Union européenne.