Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 342 Septembre 2022

La production de lait cru reste en retrait chez les principaux pays exportateurs. Seule l’Argentine maintient pour le moment des hausses de volumes. Toutefois, là aussi, le maintien de cette dynamique est remis en question pour les mois à venir.

Argentine : La météo menace la croissance de la production dans les mois à venir

En Argentine, la collecte sur l’année 2021 a été particulièrement soutenue avec des hausses mensuelles allant de +3 à +8% /2020. La météo a globalement été favorable, les rendements laitiers se sont améliorés selon des sources locales.

Ces volumes de lait supplémentaires ont principalement servi à l’augmentation de la fabrication de fromages (+11% sur les dix premiers mois de 2021 /2020). La consommation intérieure semble marquer le pas notamment en laits conditionnés. Leurs fabrications ont donc baissé de janvier à octobre (-4,6 % /2020) pour se réorienter vers des produits d’export comme la poudre maigre (+2,6% sur janv-oct21 /2020) et les poudres grasses (+10%) ainsi que le beurre (+12%).

Malgré la forte demande internationale et la hausse des disponibilités fabriquées, les exportations argentines de produits laitiers peinent à décoller. D’un côté, elles sont pénalisées par une monnaie instable et en constante dévaluation ; de l’autre, les perturbations du fret mondial limitent aussi les capacités d’export du pays.

Pour l’année 2022, les voyants restent bons et incitatifs pour une production en hausse. L’USDA table d’ailleurs pour le moment sur une hausse de +1% par rapport à 2021. Toutefois, la météo pourrait venir perturber ces prévisions optimistes. En effet, le phénomène climatique de la Niña se renforce (variation des courants marins du Pacifique entrainant du sec en Argentine).

Le déficit de précipitation se creuse (graphique 1), limitant la pousse de l’herbe comme le bon développement des maïs et des sojas. La disponibilité en fourrage diminue donc tandis que le prix des matières premières (maïs et soja) augmente également dans le pays. Dans le même temps, les températures sont attendues supérieures à 40°C à la mi-janvier (graphique 2), ce qui représente dans la zone majoritaire de production de lait des températures supérieures de +10 à +15°C par rapport à la normale.

Graphique 1: Précipitations en Argentine en % par rapport à la normale au 11 janvier 2022. Source : World Ag Weather

Graphique 2 : Température maximum attendue sur la période du 13 au 19 janvier 2022, prévisions au 12 janvier 2022. Source : World Ag Weather

Amérique du Sud : la conjoncture est défavorable

Les élevages laitiers du Paraguay et de l’Uruguay sont soumis aux mêmes difficultés météorologiques. La sécheresse y sévit aussi abaissant les disponibilités fourragères dans un contexte de matières premières pour l’alimentation particulièrement chères.

Au Brésil également, la situation est compliquée. Sur le troisième trimestre 2021, la collecte a baissé de -4 à -5% d’une année sur l’autre selon IBGE, un office gouvernemental. Selon des sources locales, la collecte de lait sur le quatrième trimestre a également fortement chuté. Les éleveurs sont confrontés à des problèmes météo pénalisant la production. Cependant, dans le même temps, l’envolée des prix à la consommation pousse les consommateurs à fortement réduire leur demande. De plus, les importations de produits laitiers argentins ont été accentuées cette année (frontière terrestre avantageuse par rapport aux problèmes sur le fret maritime et conjoncture favorable en Argentine permettant une moindre hausse des prix). Les importations de fromages en provenance d’Argentine ont augmenté de +17 % d’une année sur l’autre, tandis que celles de beurre ont été multipliées par 2,7 au détriment des poudres de lait qui s’affichent en baisse. Dans ce contexte, les prix du lait payé au producteur, qui avaient augmenté en milieu d’année, ont fortement réduit sur les derniers mois 2021 pénalisant encore plus les éleveurs.

Recul de la production dans les autres bassins exportateurs

Aux Etats-Unis, la production de lait continue de se tasser. Ainsi, au mois de novembre, la production est pour le moment estimée en baisse de -0,4% /2020. Pour le mois d’octobre, l’USDA a corrigé sa première estimation de -0,5% /2020 pour une hausse de +0,1% /2020.

En Nouvelle-Zélande, la collecte a continué de décroître durant le printemps austral (-2% en novembre /2020). La coopérative Fonterra a annoncé, dans un communiqué de presse début janvier, que la collecte n’avait pas non plus été bonne durant les fêtes de fin d’année. Ces mauvais chiffres de production conduisent celle-ci à revoir en baisse de -1,7% son estimation de production pour la campagne 2021-22.

En Australie, la collecte a également reculé en novembre de -1% par rapport à celle de novembre 2020.

Comme la production européenne est elle aussi en repli, la production laitière agrégée des 6 principaux exportateurs reste avec une évolution négative en novembre de -1 % /2020.