Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

La réduction de l’offre permet de soutenir les prix des jeunes bovins sur le marché européen, malgré une demande freinée par les répercussions de l’inflation. La sécheresse inquiète la filière espagnole.

ITALIE : offre toujours très limitée

En Italie, les sorties de jeunes bovins sont considérablement limitées depuis l’automne dernier. En effet, les engraisseurs avaient réduit les mises en place au printemps en raison des incertitudes sur les effets de la sécheresse et de la guerre en Ukraine. Les envois de broutards français ont par ailleurs été ralentis par le manque de disponibilités exportables.

D’après l’Anagrafe nazionale zootecnica (BDNI italienne), les abattages de bovins de 1 à 2 ans étaient en fort recul sur les 3 premiers mois de l’année : -22% /2022 pour les mâles de 12 à 24 mois à 158 000 têtes et -15% pour les femelles à 127 000 têtes.

Les prix des jeunes bovins mâles et femelles sont restés parfaitement stables à la bourse de Modène. Seules les cotations des mâles charolais ont perdu 3 centimes mi-avril, mais se sont stabilisées depuis, à 3,57 €/kg vif pour le Charolais extra (+8% /2022) et 3,44 €/kg vif pour le Charolais de première catégorie (+9% /2022). Sur la bourse de Padoue, le mâle charolais a amorcé une très lente baisse saisonnière (-5 centimes en 4 semaines), à 3,40 €/kg vif en semaine 19 (+6% /2022).

L’inflation est repartie à la hausse en avril selon Istat (+8,3% /2022 contre +7,6% en mars), malgré un ralentissement sur les produits alimentaires (+12,6% /2022 contre +13,2% en mars). L’inflation en viande bovine, qui demeure bien plus modérée, a poursuivi son ralentissement (+6,8% contre +7,9% en mars). Elle est également moindre que pour les autres produits animaux (+8,3% pour la volaille, +7,6% pour le porc, +17% pour les œufs et +18% pour les produits laitiers).

ESPAGNE : des prix bien orientés mais une sécheresse bien inquiétante

En Espagne, les prix des JB restent bien orientés malgré un marché national morose. Le pouvoir d’achat des ménages est durement affecté par l’inflation, qui aurait rebondi à +4,1% en avril sur un an après un ralentissement en mars à +3,3%. Seul le retour du tourisme, avec une « excellente fréquentation lors des vacances de Pâques » selon l’organisation Exceltur, permet de maintenir un peu de dynamisme sur le marché intérieur. Par ailleurs, la demande pour l’export en vif ne s’est finalement pas tarie avec la fin du Ramadan, plusieurs bateaux étant en préparation pour la mi-mai. Enfin, l’export de carcasse semble rester actif, notamment vers l’Italie et la Grèce.

Le JB U espagnol cotait 5,52 €/kgéc en semaine 18 (+9% /2022). Le JB R cotait 5,49 €/kg (+10%) et le JB O 5,28 €/kg (+7%).

L’inquiétude majeure pour la filière espagnole est désormais la terrible sécheresse qui touche le pays. Elle conduit actuellement à un début de décapitalisation allaitante dans les régions du centre et du sud, qui ne peut pas encore être chiffrée. Un article du quotidien national El Mundo évoque toutefois plus de 20 jours d’attentes pour les vaches de réforme en raison de l’engorgement des abattoirs. La sécheresse engendre également une nouvelle hausse des coûts d’engraissement. A titre d’exemple, le prix de la paille a doublé et dépasserait actuellement 150 €/t dans certaines régions.

ALLEMAGNE : offre et demande en retrait

En Allemagne, les achats des ménages de viande de bœuf ont chuté de près -15% /2022 au 1er trimestre d’après le panel GFK, alors que les achats de saucisses étaient quasiment stables et ceux de viande de porc et de volaille enregistraient des baisses nettement plus modérées (-5%). Les experts d’AMI l’expliquent par le prix plus élevé du bœuf dans un contexte de baisse de pouvoir d’achat sur un marché très sensible au prix.

L’inflation générale a toutefois ralenti en avril à +7,2% /2022 d’après Destatis, contre +7,4% en mars. Le prix de l’alimentation a même légèrement diminué par rapport à mars (de -0,1 point).

Les cotations des JB ont stoppé leur baisse début avril et sont stables depuis lors. Le JB U a même regagné 2 centimes à 4,78 €/kg de carcasse en semaine 18 (-13% /2022, mais +24% /2021). Celle du JB R se situait à 4,73 €/kg (-13% /2022 et +24% /2021) et celle du JB O à 4,51 €/kg (-14% /2022 et +25% /2021).

Les abattages de jeunes bovins restent limités. Sur les semaines 11 à 18, ils égalaient leur bas niveau de 2022 et restaient nettement inférieurs à 2021 (-5%). Le commerce est relativement équilibré.

POLOGNE : les prix se redressent

Les cotations des jeunes bovins polonais ont regagné entre 12 et 17 centimes en un mois pour revenir à 4,98 €/kg de carcasse pour le JB R (-3% /2022, mais +53% /2021) et 4,80 €/kg pour les JB O (-3% /2022, mais +52% /2021).

La production polonaise de jeunes bovins recule désormais depuis deux ans, par manque de petits veaux à engraisser. Ce repli fait suite à un long développement de la production de JB en Pologne depuis son adhésion à l’UE en 2004. Sur les deux premiers mois de 2023, les abattages polonais de gros bovins ont totalisé 271 000 têtes (-1% /2022), dont 143 000 mâles non castrés (+1% /2022).