Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 359 Mars 2024 Mise en ligne le 25/03/2024

La Pologne, qui exporte chaque année entre 80 et 90% de sa production de viande bovine, essentiellement sur le segment de la RHD européenne, a vu de nombreux débouchés se fermer à partir de début mars. Les prix des bovins ont alors fortement chuté. Avec le déconfinement et la réouverture des restaurants, les prix polonais ont regagné quelques centimes mais ils restent très bas. Le retour à la normale du commerce dépendra du dynamisme du tourisme en Europe cet été.

Les prix polonais patinent

Les prix de la viande bovine et des bovins finis en Pologne ont bien du mal à se relever de la crise du coronavirus. Alors que le prix de la viande bovine polonaise avait déjà été mis à mal par plusieurs scandales sanitaires en 2019, il a décroché à partir de la mi-mars 2020 lorsque l’Europe presqu’entière a décidé de se confiner pour lutter contre la propagation du virus et que la filière polonaise perdait son principal débouché, la restauration européenne. Avec le déconfinement progressif, les prix ont rebondi mais restent à de très bas niveaux. A 3,42 €/kg en moyenne selon le Ministère de l’Agriculture, les arrières de JB polonais sortie abattoir restaient inférieurs de 3% à leur bas niveau de 2019 et de 12% au niveau de 2018.

Les difficultés à valoriser la viande avaient été anticipées par les abatteurs qui ont baissé leurs prix d’achat dès l’annonce de la fermeture des restaurants en Italie. En 8 semaines, entre mi-mars et début-mai, la cotation du JB O polonais entrée abattoir a perdu 40 centimes/kg de carcasse, avant de reprendre 23 centimes en 4 semaines à 2,76 €/kg de carcasse début juin, puis de stagner jusqu’à retrouver son très bas niveau de 2019 fin juin. Il y a un an, la filière polonaise subissait en effet le contrecoup du 2ème scandale sanitaire de l’année (750 tonnes de « steaks hachés » contenant du gras et de la peau livrés à des associations caritatives en France).

Les vaches de réforme, destinées principalement à la fabrication de burgers pour les fast-foods ont été les plus durement touchées par la chute de la demande dûe au confinement. La cotation de la vache O polonaise est tombée au plus bas à 2,25 €/kg de carcasse avant de se relever en mai. Elle stagne depuis à un bas niveau et se situait à 2,39 €/kg fin juin (-8% /2019 et -17% /2018).

Les abattages de gros bovins en baisse de 15% en avril

En avril, seuls 121 000 gros bovins ont été abattus en Pologne (-15% /2019 et -18% /2018), dont 67 000 mâles non castrés (-14% /2019 et -16% /2018), 35 000 vaches (-14% et -20%) et 19 000 génisses (-21% /2019 et 2018). Ces dernières sont principalement destinées au marché italien qui a fortement réduit ses achats à partir de mars.

Réorientation des exportations de viande bovine en mars

En mars, la Pologne a exporté 25 000 téc de viande bovine réfrigérée (+2% /2019 et -22% /2018). Les flux avaient été affectés en 2019 par le premier scandale sanitaire de l’année : un journaliste d’investigation embauché dans un abattoir de Varsovie avait révélé fin janvier que des bovins étaient abattus malades et leur viande commercialisée dans plusieurs États membres. Ceci avait réduit les exportations polonaises en février et mars.

En mars 2020, la mise en place du confinement en Italie et en Espagne a conduit à de fortes baisses des volumes expédiés vers ces pays en mars, -25% vers l’Italie à 5 600 téc et -6% vers l’Espagne à 1 800 téc. Les flux ont été réorientés vers l’Allemagne (+29% à 5 500 téc), les Pays-Bas (+19% à 2 900 téc) et le Royaume-Uni (+54% à 1 900 téc).

L’aide au stockage privé peu utilisée

Les opérateurs polonais ont souscrit à l’aide au stockage privé subventionné par la Commission européenne à hauteur de 442 tonnes sur les 2 175 tonnes notifiées en tout du 7 mai au 3 juillet. Ces volumes restent faibles au regard de ce qui avait été prévu (25 000 téc). La mesure concerne les quartiers arrières de bovins de plus de 8 mois, de conformation O ou plus, sans distinction de catégorie. Chaque entreprise à la possibilité de stocker la viande pendant 90, 120 ou 150 jours. Cette aide au stockage est ouverte depuis le 7 mai.