Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

Avec la sortie du régime des quotas laitiers et le basculement dans un régime de concurrence, la production laitière a vécu un changement majeur qui s’est notamment traduit par une augmentation des écarts de valorisation et de prix du lait payés aux producteurs. C’est dans ce contexte qu’ont été portées plusieurs réflexions sur l’avenir de la production laitière en zone de montagne pour le compte de FranceAgriMer et du CNIEL. Dans ces zones qui pèsent pour plus de 20% des exploitations et près de 15% des volumes laitiers nationaux, les coûts de production élevés laissent craindre une sensibilité accrue à la volatilité des prix des intrants et du lait en comparaison des zones de plaine dont les coûts de production sont inférieurs. La montagne se retrouve sous la menace d’une migration du lait vers les zones les plus compétitives alors même que la production laitière participe fortement à la dynamique économique des territoires d’altitude au travers de la préservation des paysages et de la biodiversité, des emplois directs et indirects et des produits laitiers spécifiques à leur patrimoine.

L’étude « La filière lait de montagne et ses dynamiques pour les années à venir », réalisée pour le compte de FranceAgriMer, a ainsi permis de faire un état des lieux de la dynamique laitière dans les différents massifs montagneux français. Si de nombreux défis comme par exemple celui du renouvellement des générations d’éleveurs ou la préservation de l’accès au foncier agricole sont communs aux acteurs de tous les massifs, les situations restent disparates. Ainsi, si les massifs de l’Est (Jura et Savoie) ont su, grâce à la montée en puissance de leurs AOP et IGP, concilier volume, prix du lait et donc revenu des éleveurs, plus des 2/3 du lait de montagne français restent insuffisamment valorisés et subissent de plein fouet la concurrence avec la plaine sur des produits de grande consommation

En parallèle, l’interprofession laitière (CNIEL) a souhaité que soient aussi étudiées d’autres régions laitières montagneuses européennes. Les filières laitières sud-tyrolienne et bavaroise ont été sélectionnées. Dans ces deux régions alpines, des démarches de valorisation spécifiques autres que les démarches AOP ont permis de créer de la valeur ajoutée en rencontrant certaines attentes des consommateurs et d’apporter des prix du lait plus élevés et plus stables aux producteurs. Les solutions élaborées, les rapports de force entre acteurs, les soutiens politiques régionaux voire nationaux, sont autant de sources de réflexion pour la filière française.

Lien : Dossier Économie de l’Élevage n°494 Décembre 2018