Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

En France et au Royaume-Uni, la situation reste inhabituelle : les cours rebondissent après Pâques. Début mai, la cotation des agneaux irlandais a en revanche chuté, illustrant un engorgement du marché. En Espagne, d’importants envois de vifs vers les pays arabes, pour le Ramadan, soulagent ponctuellement les éleveurs. En Océanie, tandis que la cotation australienne continue de s’apprécier malgré un impact certain du Covid-19 sur les exports, le cours néozélandais poursuit sa chute.

France : la cotation continue de croître après Pâques

En semaine 17 (se terminant le 26 avril), l’offre limitée fait progresser le PMP de l’agneau français, à 6,37 €/kg soit + 7 centimes d’une semaine sur l’autre. La situation est toujours très inhabituelle : le moindre recours aux viandes importées pour valoriser l’agneau français a semble-t-il provoqué une chute des disponibilités supérieure à la baisse de la demande. En outre, la production nationale d’agneaux est estimée en baisse cette année. En semaine 18, l’offre est restée limitée et la préférence nationale est toujours en vigueur chez la plupart des détaillants : la cotation, qui a gagné 13 centimes en une semaine, à 6,50 €/kg, rejoint son niveau de l’an passé.

Selon les détaillants, les achats des semaines 16 et 17 auraient été en-deçà des attentes, particulièrement chez les bouchers détaillants où les clients auraient privilégié le porc et la volaille. La météo pluvieuse sur la moitié sud de la France limite les achats de grillades.

Pour les abatteurs, ces deux semaines ont été correctes bien qu’ils aient fait face à quelques difficultés pour fournir leurs clients en agneaux français. En effet, les distributeurs n’avaient jusque-là pas repris les importations pour continuer de vendre du français mais ils auraient alors eu des difficultés à répondre à la demande des consommateurs. Contrairement aux craintes, il n’y aurait pour le moment plus de reports d’une semaine sur l’autre en bergerie. On s’attendait à ce que certains agneaux surnuméraires sortent après Pâques (retenus en fermes pour ne pas alourdir le marché) mais ça ne semble pas être le cas. Les agneaux d’herbe ne sont pas encore sortis mais sont attendus de pied ferme.

Selon les données d’Interbev (Ovinfos : échantillon = plus de 80% des notifications entrée abattoir en France), les abattages de la semaine 17 furent meilleurs que ceux de la semaine 16. Ils sont en hausse, de respectivement +4% et +10%, par rapport aux semaines S+1 et S+2 après Pâques en 2019: les deux premières semaines du Ramadan animent quelque peu le commerce malgré le confinement. Les abattages de cet échantillon en semaine 18 sont en baisse par rapport à la semaine 18 de 2019 (aussi une semaine de 4 jours), illustrant une offre française en recul.

Face aux faibles disponibilités en viande française (le made in France ne suffit pas à fournir la demande, pourtant en recul avec le confinement), les distributeurs pourraient avoir à nouveau davantage recours aux importations afin d’approvisionner leurs rayons.

Les achats d’agneaux espagnols perdureraient (5 000 agneaux importés très récemment), mais pas de quoi déstabiliser le marché.

Espagne : situation compliquée pour le secteur des petits ruminants

Selon la DG Trésor, à ce jour, les secteurs agricole et agroalimentaire espagnols maintiennent dans leur ensemble leurs activités : la circulation des marchandises et des animaux vifs persiste et l’approvisionnement des commerces alimentaires de détail est sécurisé. Les prix de vente aux consommateurs sont globalement stables, mais les effets de la crise sont très hétérogènes selon les filières. En ovin viande, suite à la fermeture de la RHD (canal de distribution primordial pour la filière), l’Espagne fait face à d’importants stocks de viande en frigo et sur pied en élevage.

Les expéditions de bétail vivant, principalement vers les pays du pourtour méditerranéen, sont jugées essentielles, selon El País. Seuls ces pays sont preneurs d’ovins qui se sont alourdis faute d’avoir été commercialisés normalement.

Les exportations d’agneaux vifs ont été conséquentes en avril, vers l’Arabie Saoudite (21 500, un record) et vers la Jordanie.

De janvier à fin avril, le port de Tarragone (l’un des deux ports espagnols autorisés par le Ministère de l’Agriculture à charger du bétail sur pied) a enregistré un bond d’activité avec près de 94 000 ovins exportés, contre 20 000 en 2019 sur la même période (source : PortalPortuario).

Royaume-Uni : la distribution n’a pas compensé la perte de la RHD

Selon AHDB, les ventes supplémentaires de viande rouge aux ménages sont loin de compenser la chute d’activité avec la RHD. En effet, au Royaume-Uni, malgré des ventes au détail plus élevées, la demande globale en viande rouge, dont la viande ovine, est désormais inférieure à ce qu’elle était avant le confinement lié au coronavirus. L’assouplissement du confinement pourrait entraîner une augmentation des ventes d’agneaux, mais le Royaume-Uni continue de faire face à une augmentation des cas de Covid-19.

En semaine 17, le prix de la carcasse est toujours en hausse, après avoir chuté pour Pâques. Bien que les agneaux de la nouvelle saison aient commencé à entrer sur le marché, un nombre réduit de ventes aux enchères et des déficits de la demande n’ont pas réussi à améliorer sensiblement l’approvisionnement britannique, expliquant potentiellement ce soutien de la cotation.

Selon Farming UK, l’épidémie de Covid-19 a aussi perturbé les exportations, ce qui a contribué à une baisse des prix des ovins. Les usines de transformation n’ont pas fermé, bien que beaucoup aient ralenti la cadence, selon Stuart Ashworth, directeur des services économiques chez Quality Meat Scotland (QMS).

Irlande : après une hausse post-Pâques, les cours s’effondrent début mai

Selon l’Irish Farmer Journal, début mai, le commerce se stabilise, comme la demande des abattoirs.

Les acheteurs ont été relativement actifs au cours du week-end de la semaine 18 pour sécuriser les achats d’agneaux de printemps dans le but de compenser la baisse des disponibilités en hoggets, « agneaux » de plus d’un an. Le commerce des ovins démarre la semaine 19 de manière stable, après la forte baisse des prix enregistrée la semaine précédente. Il ne semble pas que la hausse des cours reprenne de sitôt : selon les transformateurs l’offre reste abondante, surtout en agneaux de printemps, mais c’est la demande qui pose problème. Le Ramadan ne semble pas avoir tiré suffisamment les achats à l’export.

De janvier à avril, les effectifs d’ovins abattus ont été supérieurs de 121 000 têtes d’une année sur l’autre, ce qui a davantage pesé sur le marché et fait baisser la cotation. L’Irlande pourrait éventuellement bénéficier de la mise à disposition par l’Union européenne d’aides au stockage privé (APS) pour la viande ovine prochainement.

En Irlande, des clusters associés à des usines de transformation de viande ou de désossage ont été identifiées fin avril, a selon le Ministre de l’Agriculture irlandais. La société Dawn Meats a rapporté avoir stoppé les opérations sur l’un de ses sites, après que quelques travailleurs aient été testés positifs. Toutefois, l’activité a été globalement maintenue dans les secteurs de la viande porcine, de l’agneau et de la volaille au cours des dernières semaines.

Nouvelle-Zélande : la chute des cours se poursuit

Les prix de l’agneau de Nouvelle-Zélande devraient toutefois trouver un soutien à mesure que l’offre se resserre et que la forte demande chinoise commence à se reconsolider.

AgriHQ signale que les coûts de transformation élevés et l’incertitude de la demande sur les marchés d’exportation de grande valeur ont été le moteur principal de cette baisse de la cotation néozélandaise. Les conditions météorologiques, sèches, et les niveaux saisonniers élevés de l’offre ont complété la baisse des prix. Les prix de la poitrine et des quartiers avant d’agneau se sont raffermis en Chine, alors que le pays commence à montrer des signes de reprise. Cependant, comme pour les exportateurs australiens, la fermeture de la restauration aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l’UE reste un défi.

Fin avril/début mai, les conditions de confinement se sont assouplies en Nouvelle-Zélande, ce qui devrait aider à relancer la consommation. En règle générale, les prix de l’agneau de Nouvelle-Zélande atteignent leur plus bas niveau à cette période de l’année.

Australie: probable chute de la production en vue d’une reconstitution du cheptel ovin

Selon Meat and Livestock Australia (MLA), les pluies récentes ont poussé de nombreux éleveurs australiens à débuter la reconstitution de leur cheptel ovin, tombé à un niveau historiquement bas. La réduction des abattages depuis le début de l’année reflète cette décision générale, maintenant que la saison est terminée.

Au cours du 1er trimestre 2020, les exportations de viande ovine sont restées stables, malgré l’incertitude causée par la pandémie de Covid-19, selon le MLA. La Chine offre un certain soutien, tandis que la fermeture de la restauration sur d’autres marchés clés comme les États-Unis a réduit la demande en viande ovine australienne. Cela affecte en premier lieu les découpes à plus haute valeur vendues à la restauration commerciale aux États-Unis

Selon Rabobank, le niveau historiquement bas du cheptel ovin australien compenserait l’impact du Covid-19 sur la filière: compte-tenu de la situation d’approvisionnement en Australie, il n’y aura probablement pas de baisse spectaculaire des prix à moins que la situation ne se dégrade fortement et que plusieurs installations de transformation ferment en raison de l’épidémie de Covid-19. De plus, la faiblesse du dollar australien, malgré une récente hausse, soutient l’industrie locale dans un contexte économique mondial ralenti.