Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

La reprise de la production laitière dans les principaux bassins d’exportation en décembre (+0,9% /2018) permet de satisfaire une demande mondiale dynamique et freine la hausse des cours. Mais les mesures prises par les autorités chinoises depuis fin janvier pour contenir la dispersion du coronavirus pourraient avoir des conséquences sur la demande et les achats du pays, 1er importateur mondial de produits laitiers.

Poudre maigre : ralentissement de la hausse des cours mais des stocks très réduits

Les cours de la poudre maigre ont poursuivi leur hausse en janvier, mais à un rythme ralenti. A 2 670 €/t début février, la cotation ATLA progresse de 1% en 5 semaines et se situe 36% au-dessus de son niveau de 2019. En Europe également la progression a été freinée, avec en janvier une hausse de 1% d’un mois sur l’autre du cours départ Europe de l’Ouest, à 2 624 €/t (+33% /2019).

La progression de la production laitière dans les bassins exportateurs ne semble pas suffisante pour satisfaire la demande sur le marché mondial. Les fabrications européennes de poudre maigre auraient même diminué de 1,5% /2018 sur les mois de septembre à octobre et les exportations ont reculé sur les deux derniers mois de l’année 2019, par rapport aux volumes record enregistrés fin 2018. Sur l’année, les envois progressent cependant de 18% /2018, la hausse vers l’Asie (Chine, Indonésie, Philippines) permettant d’effacer le fort recul enregistré vers l’Algérie (-31%).

Les exportations étatsuniennes se sont envolées au dernier trimestre 2019 (+31% /2018 et +25%/2017), mais sur l’année elles demeurent inférieures de 2% à celles de 2018.

L’offre sera également limitée dans les mois à venir par des stocks réduits. Dans l’UE-28, fin novembre 2019, les stocks seraient descendus à 134 000 t d’après ATLA, soit pratiquement le niveau plancher de 120 000 t considéré comme le stock outil minimal en Europe. Aux Etats-Unis, les exportations dynamiques au dernier trimestre ont vidé une partie des stocks qui affichent, à 112 000 t fin décembre, le niveau le plus bas à cette période depuis 2017.

Beurre : stabilisation et convergence des cours

Les cours du beurre des principaux exportateurs sont demeurés quasi stables en janvier et ont convergé vers les 3 600 €/t. La cotation ALTLA du beurre spot a varié de 100 €/t  sur les 5 premières semaines de l’année pour afficher début février le même niveau que début janvier (3 600 €/t, -20% /2019). Le cours européen est resté stable autour de 3  650 €/t (-17% /2019) et le néozélandais a rebondi de 2% à 3 641 €/t, après un recul ponctuel en décembre 2019. A 3 736  €/t en janvier, les cours étatsuniens poursuivent leur recul entamé en juillet 2019 (-20% sur 6 mois) pour rejoindre les niveaux des produits européens et océaniens.

Les productions de beurre demeurent dynamiques à travers le monde. En Europe, elles ont progressé de 2,6% /2018 sur les 11 premiers mois, étant tirées par la demande internationale, la consommation intérieure demeurant stable. Les envois vers les pays tiers pont progressé de 37% /2018, avec de fortes progressions vers les États-Unis, les Émirats Arabes Unis, le Japon et la Chine. Les industriels ont puisé dans les stocks au cours de l’automne, qui sont revenus à des niveaux plus conformes à la période après une hausse en début d’année.

Aux États-Unis, la production de beurre enregistre une hausse de 5% /2018 au dernier trimestre 2019 et 0,8% /2018 sur l’année. Les stocks en fin d’année atteignent des niveaux historiques (+6% /2018 et +13% /2017). En Nouvelle-Zélande, la fin de l’année correspond au pic des fabrications de beurre, ensuite stockées pour être vendues pendant le creux de production laitière.

Fromages : fermeté des cours

Eu Europe, le cours de l’emmental allemand (peu échangé sur le marché international) s’est stabilisé depuis septembre 2019 à 4 600 €/t, son niveau le plus élevé depuis fin 2017. Le prix du gouda allemand a bondi de 4% d’un mois sur l’autre en janvier 2020, à 3 240 €/t, un cours plus atteint depuis l’automne 2017.

Après un recul entamé en septembre, le cheddar étatsunien a légèrement rebondi en janvier (+1% d’un mois sur l’autre) et affiche toujours un niveau très élevé (4 366 €/t, +34% /2019). Les stocks de fromages type américain étaient fin 2019, 7% inférieurs à leur niveau de fin 2018 et affichaient le plus faible volume depuis début 2018. Les fabrications de cheddar ont été cependant relancées fin 2019 pour satisfaire la demande nationale comme l’exportation. Le cours du cheddar océanien, plus compétitif que l’étatsunien, poursuit sa hausse, même si le rythme s’est ralenti en janvier (+1% d’un mois sur l’autre à 3 611 €/t).

Ainsi, sur l’année 2019,  les exportations étatsuniennes de fromages ont progressé de 4% /2018 et  les envois néozélandais affichent une hausse de 8%. Les exportations européennes ont été très dynamiques au second semestre (+10% /2018) et ont plus que compensé un début d’année morose, pour une progression  sur l’année de 6% /2018.

Des conséquences du coronavirus sur le commerce mondial encore difficiles à mesurer

L’épidémie qui touche la Chine depuis la fin de l’année 2019, pourrait, outre le bilan humain, avoir des répercussions sur le secteur laitier et déstabiliser les marchés.

Après une année 2019 dynamique où la production laitière chinoise a officiellement progressé de 4% pour atteindre 32 millions de tonnes, tirée par des prix élevés qui ont atteint les 0,5 €/litre, le secteur laitier chinois se retrouve à des degrés divers touché par cette crise.

Si la situation est loin d’être uniforme, un certain nombre d’éleveurs subit les conséquences des blocages routiers mis en place dans l’objectif d’enrayer la propagation du virus. L’approvisionnement en alimentation animale et la livraison peuvent ainsi être freinés ou interrompus, malgré les appels du gouvernement central à ne pas entraver la circulation des véhicules transportant des produits alimentaires, des animaux ou de l’alimentation animale.

Déjà affectée par la prolongation des vacances (écoles et cantines fermées), la consommation de produits laitiers subit maintenant les mesures de confinement dans certaines zones, les sorties limitées des habitants dans le reste du pays et le nombre réduit de touristes et d’hommes d’affaires. Si les achats des ménages, sur internet et dans les magasins seraient peu impactés, la demande dans les hôtels et restaurants serait en fort repli. Compte tenu de cette baisse de consommation, le lait collecté est souvent transformé en produits stockables (lait UHT, poudres) par les transformateurs dont certains ont déjà annoncé des baisses de prix payé au producteur.

Ce recul de la demande en Chine, pourrait, s’il se prolonge, affecter les importations de produits laitiers, notamment ceux utilisés dans la restauration hors-domicile. Mais, d’un autre côté, compte tenu des difficultés pour fournir un certain nombre de produits à travers la production nationale, le gouvernement chinois a annoncé vouloir faciliter les importations de produits alimentaires pour approvisionner le pays.

Les premières conséquences de cette crise, et les incertitudes sur sa durée et son ampleur, ont été visibles lors de la dernière enchère sur la plateforme Global Dairy Trade : le 4 février 2020  le prix moyen des transactions, tous produits et échéances confondus, a baissé de 4,7% en deux semaines.