Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

Le ralentissement de la collecte de lait de chèvre s’est accentué en fin d’année, sans pour autant effacer intégralement la croissance accumulée en début d’année. Simultanément, les importations se sont effondrées, en lien avec la baisse des disponibilités espagnoles. Les transformateurs ont ainsi dû fortement mobiliser les stocks de produits de reports pour maintenir des fabrications de fromages pourtant peu dynamiques.

Fin d’année 2018 en dents-de-scie

La collecte de lait de chèvre a connu une fin d’année mouvementée dans l’Hexagone. Alors qu’elle progressait de 2 à 5% sur le 1er semestre 2018, sa croissance a été freinée par la sécheresse et les températures estivales. Ce ralentissement s’est accentué durant l’automne, d’autant que les fourrages récoltés au printemps sont peu abondants et de mauvaise qualité, aboutissant même en novembre au premier repli enregistré depuis juin 2017 (-0,7% /2017). La collecte s’est cependant redressée en décembre (+2% /2017), tendance qui, si elle se confirme, pourrait annoncer une évolution positive du cheptel caprin.

Le ralentissement de la collecte de lait de chèvre en fin d’année, période de « creux », n’a gommé que très partiellement la bonne dynamique connue en début d’année. En effet, à près de 480 millions de litres, elle a progressé de 2,6% par rapport à 2017, soit un peu plus de 12 millions de litres supplémentaires. L’année 2019 pourrait démarrer plus laborieusement en raison de la baisse attendue des rendements, en lien avec la médiocre qualité des fourrages de 2018, mais son évolution dépendra de la dynamique du cheptel.

Le repli des importations se poursuit

Simultanément, le repli des importations s’est poursuivi. Alors qu’elles avaient explosé au 1er semestre avec une progression de près de 12% par rapport au déjà très élevé niveau de 2017, elles ont chuté en cours d’été. Les flux ont baissé de 7% en août, de 16% en septembre et se sont finalement effondrés de près de 27% au dernier trimestre. Il faut dire que la collecte du principal fournisseur, l’Espagne, s’est très nettement orientée à la baisse après l’été. Elle a baissé de 1 à 2% depuis juillet et a même chuté de près de 7% en novembre. L’activation d’un plan de lutte contre la tuberculose en Andalousie a boosté les réformes, dans un contexte de prix du lait bas et de hausse du prix de l’alimentation, principal poste de dépense des élevages espagnols. Néanmoins, le rebond du prix du lait pourrait relancer la production espagnole en 2019. Malgré cette baisse de fin d’année, près de 120 millions de litres de lait de chèvre ont été importés en 2018, soit un repli de 2,6 millions de litres (-2% /2017) par rapport au record de 2017, toujours près de 14% au-dessus du précédent pic de 2008.

L’approvisionnement total des industriels reste haussier

Malgré le ralentissement de la collecte et la baisse des importations, l’approvisionnement des industriels est resté haussier sur l’année. A quasiment 600 millions de litres en 2018, il a progressé de près de 10 millions de litres (+2% /2017). La collecte nationale a pesé pour 80% de l’approvisionnement total, contre 20% pour les importations de produits de report.

Des fabrications de fromages plutôt molles, d’ultra-frais plus dynamiques

Les fabrications de fromages de chèvre ont été plutôt molles en 2018, avec une évolution en « dents-de-scie » tout au long de l’année. Au bilan, à 101 000 tonnes, elles ont progressé de moins de 700 tonnes d’une année sur l’autre (+0,7% /2017). Il faut dire que le marché français est resté atone : les achats des ménages en libre-service des GMS sont restés globalement stables (+0,2% /2017), dans un contexte de prix légèrement haussier (+1% /2017). Mais, alors que la demande à l’export soit en mesure de tirer le marché selon certains transformateurs, les fabrications ont souffert de la baisse des disponibilités en fin d’année. En revanche, les fabrications de produits ultra-frais ont poursuivi leur forte croissance, avec près de 15,5 millions de litres embouteillés (+3% /2017) et près de 11 700 tonnes de yaourts (+13% /2017). Elles ont absorbé 4,5% du lait transformé en France.

Des stocks de produits de report très sollicités

Dans ce contexte de baisse saisonnière de la collecte et de disponibilités limitantes chez nos voisins européens, les transformateurs ont dû fortement mobiliser les stocks de produits de report pour maintenir des fabrications certes peu dynamiques, mais toujours croissantes. Alors qu’ils avaient atteint un niveau élevé au 1er semestre (en hausse de près de 60% par rapport à 2017 en juin), les stocks de produits de report ont chuté au 2nd semestre : à 5 400 tonnes fin décembre, ils se situaient près de 18% sous le très bas niveau de 2017. Cette situation, conjuguée à une probable baisse de collecte française en début d’année et des disponibilités limitées chez nos voisins européens, laisse présager des tensions pour la fourniture du marché début d’année 2019.