Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 360 Avril 2024

Les livraisons de lait dans l’Union européenne en 2023 sont ressorties globalement stables par rapport à 2022. Il y a toutefois une forte hétérogénéité entre les pays et entre les deux semestres. En effet, si la production a augmenté en début d’année, les problèmes météo et la baisse des prix du lait ont entrainé un changement de tendance pour la seconde partie de 2023.

Poursuite de la baisse du cheptel européen

En 2023, le cheptel laitier européen enregistrait une nouvelle baisse pour la 8ème année consécutive. Il est passé sous la barre des 20 millions de têtes pour atteindre 19,7 millions de têtes en décembre 2023 (soit -311 000 têtes, ou -1,5% /2022 selon les dernières estimations).
Le cheptel allemand, de 3,7 millions de têtes, a enregistré le plus fort repli (-97 000 têtes soit -2,5% /déc 2022). Les abattages y sont ressortis en très légère hausse sur l’année 2023 (+0,2% /2022). Le cheptel a surtout baissé par de moindres entrées de génisses. En France, le cheptel laitier a reculé de -2,1% à 3,17 millions de têtes (soit -66 000 têtes). La décapitalisation a ralenti en fin d’année 2023 car le prix du lait demeure attractif et les fourrages conservés sont lactogènes et en quantités suffisantes. Le cheptel néerlandais s’est replié en 2023 à 1,5 millions de têtes (-1,5% soit -24 000 têtes).
Sur 2023, parmi les pays les plus producteurs de lait, seul le cheptel polonais ressort en croissance (+31 000 têtes à 2 millions de têtes soit +1,5%). Après une très forte restructuration des élevages et une forte décroissance de ce cheptel depuis l’entrée dans l’UE, l’envolée du prix du lait en 2022 et début 2023 a probablement boosté les investissements et agrandissements d’ateliers. Le cheptel irlandais s’est quant à lui stabilisé à 1,5 millions de têtes en 2023 mais les abattages sont en nette hausse sur le début de 2024.

Collecte stable en 2023

La collecte laitière européenne s’est établie à 143,7 Mt en 2023 soit un niveau similaire à l’an passé mais avec deux semestres aux antipodes. Au 1er semestre, les éleveurs ont profité d’une conjoncture attractive malgré la baisse progressive des prix du lait. La collecte a donc augmenté (+0,8% /2022). Puis, après un 3ème trimestre stable, la collecte a fortement décroché en fin d’année (-0,8% au 2nd semestre) principalement à cause de problèmes météo (vagues de froid, tempêtes et humidité excessive).

En Matière Solide Utile (MSU), la collecte annuelle a toutefois augmenté de +0,7% à 10,8 Mt (soit +73 000 t) car les taux moyens de matières grasses et protéiques sont ressortis en hausse par rapport à 2022 (respectivement à 4,11% et 3,44% contre 4,09% et 3,42% en 2022).

Au 1er semestre, la dynamique européenne a été tirée vers le haut par les collectes allemande et néerlandaise. La vague de froid en fin d’année a atténué cette progression. Néanmoins, sur l’année, la collecte allemande a augmenté de +430 000 t, soit +1,4% par rapport à l’an passé. De même, les collectes néerlandaise, belge et polonaise sont restées dynamiques (respectivement +132 000 t, +150 000 t et +242 000 t /2022).

Outre la collecte française, la collecte irlandaise s’est nettement repliée en 2023 (-376 000 t /2022 dont les trois quart de cette baisse sur le dernier trimestre). En effet, les conditions humides durant l’automne ont poussé les éleveurs à anticiper la mise en bâtiment et le tarissement des vaches.

Dans le sud de l’Europe, les tendances sont inverses : hausse en Espagne (+15 000 t) et baisse en Italie (-84 000 t). En Italie, les prix de l’aliment sont restés élevés par rapport à la baisse des prix du lait, entrainant une baisse des marges pour les éleveurs. Par ailleurs, la météo chaude et sèche de cet été a accentué la baisse de production. A l’inverse, en Espagne, la météo a été plus propice que les années précédentes ce qui a poussé les éleveurs à moins abattre de vaches et permis un sursaut de production durant l’été.