Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 357 Janvier 2024

Les cours des broutards se sont repliés précocement en raison de la sécheresse et d’un marché trop dépendant de l’Italie au cœur de l’été. L’offre durablement en baisse a toutefois permis une stabilisation du marché qui devrait peu évoluer d’ici début 2020.

Des cotations stabilisées

Élevés au 1er semestre, les cours des broutards se sont repliés au 3ème trimestre avant de se stabiliser. A 2,43 €/kg vif en semaine 44 (-2% /2018), la cotation du Charolais U de 450 kg est pratiquement inchangée depuis septembre. Même situation pour le Charolais U de 350 kg qui a atteint 2,59 €/kg (-2%/2018) en semaine 44. Les cotations des broutards croisés connaissent une évolution similaire : à 2,73 €/kg la cotation s’est maintenue depuis septembre (-5% /2018).

Très stables depuis 2 ans, les cours des femelles pourraient s’orienter à la baisse en race charolaise : à 2,58 € /kg en semaine 44, la cotation de la Charolaise U de 270 kg a perdu 10 centimes (-3% /2018). Ceci semble s’expliquer par l’encombrement récent du marché des jeunes bovins femelles finies en Italie. Les prix des laitonnes restent toutefois assez élevés comparés aux années passées.

Une offre durablement en baisse

Avec 763 000 têtes au 1er octobre, les stocks de mâles de races allaitantes de 6-12 mois étaient en repli de -1% /2018. Ce recul apparait modeste comparé aux stocks 2018 déjà très dégradés du fait de l’effondrement des naissances allaitantes au 2nd semestre 2017 (-15%). Le manque d’offre est donc beaucoup plus net comparé à 2017 (-7%) et 2016 (-8%).

L’offre de broutards ne devrait pas s’étoffer dans les prochaines semaines. Les stocks de mâles allaitants de 0 à 6 mois sont en effet en forte baisse : à 675 000 têtes soit -6,5% /2018, -1,5% /2017 et -9% /2016. Cette baisse est la conséquence directe de la décapitalisation du cheptel et du recul des naissances qui en découle. Sur janvier-septembre, 2,613 millions naissances de veaux allaitants ont été enregistrées en France, soit -176 000 ou -6,5% /2018. Si l’on observe l’évolution des naissances en campagne, de juillet à juin, la tendance est la même. Sur les 3 premiers mois de la campagne 2019-2020, la BDNI a enregistré 629 000 naissances de veaux allaitants, soit -7,5% par rapport à 2018-2019. L’offre en broutards devrait ainsi rester durablement réduite.

Les femelles tirent l’export à la hausse

Sur les 9 premiers mois de 2019, les exportations de bovins français de 4 à 16 mois de races allaitantes ont augmenté de +2,5% /2018, à 845 000 têtes. Cette progression est entièrement due aux envois dynamiques de femelles qui ont totalisé 299 000 têtes, soit +7,5% /2018, et +29% /2014 ! Dans le même temps, les exportations de mâles étaient stables par rapport à 2018, mais en repli de -5% /2017.

Ce développement des envois de femelles est dû à une forte demande du marché italien pour cette catégorie d’animaux et à la décapitalisation du cheptel français qui « libère » des génisses non utiles pour le renouvellement. Sur les 3 premiers trimestres 2019, l’Italie a importé  656 000 broutards français soit +2,5% /2018, mais -1,5% /2017. Parmi ces animaux on dénombrait 260 000 femelles soit +9% /2018 et +10% /2017.

Les envois de broutards français vers l’Espagne sont en fort repli par rapport à 2017 et 2018, années marquées par un marché du JB très attractif en Espagne. Sur 9 mois, 126 000 broutards ont traversé les Pyrénées, soit -9,5% /2018 et -12,5% /2017.

Demande dynamique en Algérie et au Maghreb

Depuis le début de l’année, le dynamisme du marché algérien ne se dément pas malgré une situation politique tendue. 50 000 bovins français ont rejoint l’Algérie entre janvier et septembre 2019, soit 58% de plus qu’en 2018 et près du double par rapport à 2017. La demande reste concentrée sur des broutards lourds avec un attrait particulier pour la race Aubrac. Sauf incident politique ou sanitaire, les envois devraient se poursuivre dans les prochaines semaines, malgré un durcissement des exigences de l’Algérie sur les poids et l’âge des animaux. A compter du 1er décembre 2019, les broutards expédiés en Algérie ne devront plus dépasser 450 kg vifs et 14 mois. Cette nouvelle règle pourrait être pénalisante au 1er semestre 2020, lorsque l’offre française sera à l’étiage.

Des envois plus modestes se poursuivent vers la Tunisie (6 100 têtes en 9 mois soit +35% /2018) et le Maroc (2 200 têtes en 9 mois x2 /2018). Ces deux destinations ciblent des animaux plus légers et plus proches de la demande des engraisseurs français que l’Algérie qui demande des broutards similaires à ceux envoyés en Italie.

La bonne tenue des exports sur les pays tiers s’explique par une demande soutenue, mais également par une moindre pression de la FCO sérotype 8 selon les opérateurs. En 2018 certaines quarantaines contenaient plus 50% d’animaux positifs, de fait interdits de vente sur pays tiers.

Un marché apaisé faute d’offre

Alors que l’offre s’annonce durablement réduite, les marchés de broutards devraient peu évoluer au cours de l’hiver. Le seul créneau qui pourrait s’engorger est celui de la femelle charolaise destinée à l’Italie. Les animaux lourds de qualité supérieure, adaptés au marché italien, devraient être recherchés alors que la sécheresse a pu pénaliser les croissances.