Les marchés des produits de l’élevage de ruminants N° 361 Mai 2024

Les abattages de bovins en Irlande ne cessent de progresser. Ce n’est pas le cas des cotations qui stagnent face à une offre en réformes abondante. Le déconfinement quasi-total du Royaume-Uni avec la réouverture des restaurants début juillet pourrait participer à fluidifier le marché. En attendant, les exportations irlandaises ont été fortement affectées par la pandémie en avril dernier.

Les abattages prennent un rythme soutenu mais le retard n’est pas encore rattrapé

La pandémie de Covid-19 semble désormais s’éloigner de la filière bovine irlandaise. Fin juin, il n’y avait aucun cas actif de la maladie dans les abattoirs et 95% des travailleurs touchés par le virus étaient de retour au travail, d’après Meat Industry Ireland (MII). L’indicateur hebdomadaire du Ministère de l’Agriculture montre que les abattages de gros bovins restent globalement en retrait en cumul sur les 27 premières semaines de l’année (-4% /2019), malgré un début de rattrapage post-confinement. Presque toutes les catégories sont affectées à l’exception des bœufs (+6% /2019) dont les abattages avaient été limités en 2019 en anticipation d’un Brexit dur. La filière avait alors favorisé la production de JB à destination de l’Europe continentale. C’est loin d’être le cas aujourd’hui avec des abattages de JB au plus bas (-32% /2019).

Les abattages de vaches sont également en retrait (-7% /2019). Ils ont été sérieusement affectés par la réduction des débouchés de la RHD domestique et de l’export pour la RHD et la transformation.

Hormis pour les jeunes bovins, les abattages sont repartis à la hausse au fur et à mesure des déconfinements annoncés à travers l’Europe. Sur les 4 dernières semaines (24 à 27), les abattages de gros bovins étaient en progression (+5% /2019). Les abattages de vaches (+10% /2019 sur la même période), de génisses (+6%) et de bœufs (+21%) se faisaient à un rythme élevé. Ce n’était pas le cas pour les JB (-37%).

Si les effectifs de réformes  sont encore importants, l’offre en animaux finis plus jeunes devrait être limitée à court terme. Les données du Ministère de l’Agriculture montrent qu’au 1er mai, le nombre de bovins de boucherie âgés de 12 à 24 mois (-10 000 têtes /2019) comme celui des animaux âgés de 24 à 36 mois (-83 000 têtes) étaient en net recul par rapport à 2019.

Les prix stagnent, en attendant la fin du confinement du Royaume-Uni ?

Fin juin, la République d’Irlande est entrée en « phase 3 » du déconfinement, signifiant la réouverture des restaurants et des bars avec service de restauration à table. La réouverture complète des bars et restaurants restant prévue en « phase 4 » du déconfinement, à partir du 20 juillet.

La filière bovine est cependant bien plus dépendante des évolutions dans les autres pays où elle exporte, notamment le Royaume-Uni. La réouverture partielle ou totale de la restauration rapide puis de la RHD un peu partout en Europe avait participé au redressement des cours irlandais courant mai. Depuis, avec des abattages de bovins en hausse, des stocks de réformes sur pieds en ferme et des débouchés somme toute plus limités qu’à l’accoutumée, les cours sont sous pression depuis plusieurs semaines.

En semaine 26, le cours irlandais de la vache O était relativement stable pour la 3ème semaine consécutive à 2,73 €/kg éc, loin des niveaux des années précédentes (-6% /2019 ; -17% /2018).

La demande en bœufs et en génisses reste ferme et rencontre une offre globalement importante. La cotation de la génisse R a stagné sur une semaine, mais a perdu 2 centimes en un mois. Elle a atteint 3,65 €/kg éc (-5% /2019 ;-12% /2018). Le cours du bœuf R, notamment exporté vers le Royaume-Uni, est stable depuis un mois, à 3,61 €/kg éc (-7% /2019 ; -12% /2018) en semaine 26. Le bœuf irlandais ne bénéficie pas de l’embellie constatée depuis plusieurs semaines au Royaume-Uni : l’écart de prix avec le bœuf britannique a augmenté et atteint 42 centimes. C’est 13 centimes de plus qu’il y a un mois.

La réouverture des restaurants au Royaume-Uni, qui a eu lieu le 4 juillet dernier, pourrait cependant bénéficier à la filière irlandaise qui a vu ses exportations plonger pendant de la pandémie.

La pandémie a limité les exportations irlandaises vers l’UE

Sur les quatre premiers mois de 2020, les exportations irlandaises de viande bovine réfrigérée et congelée ont plongé à 146 000 téc (-12% /2019 et -3% /2018). Les principaux clients de l’Irlande ont nettement réduit leurs importations.

C’est en avril, 1er mois complet de confinement, que les baisses ont été les plus marquées : vers le Royaume-Uni (-24% /2019), les Pays-Bas (-32%), la France (-57%) ou encore l’Italie (-42%).